Musique

Le Hollandais, l’Italienne et Onéguine font la rentrée de l’Opéra de Paris

18 septembre 2010 | PAR Christophe Candoni

L’Opéra national de Paris ouvre sa saison avec trois anciennes productions datant de l’ère d’Hugues Gall (directeur de l’institution de 1995 à 2004). Le Vaisseau fantôme de Wagner et Eugène Onéguine de Tchaïkovski, tous les deux mis en scène par Willy Decker, sont à l’affiche de l’Opéra Bastille, tandis que le Palais Garnier reprend L’Italienne à Alger de Rossini vu par Andrei Serban. Ces premières représentations nous ont parues inégales à cause de défaillances tantôt musicales, tantôt scéniques.

Le Vaisseau fantôme jette à nouveau son ancre sur la scène de l’Opéra Bastille. James Morris est le Hollandais volant, condamné à l’errance éternelle à moins qu’une femme lui jure une fidélité salvatrice. Les moyens vocaux ne sont plus ceux d’autrefois et le chanteur fatigué se trouve parfois en difficulté, notamment à l’acte I. Néanmoins il assure au risque d’être poussif. Par contre, Matti Salminen impose encore dans Daland vaillance vocale et charisme physique. Nous sommes davantage à la fête à l’acte II dès l’entrée de la magnifique Adrianne Pieczonka, triomphatrice de la soirée, dans l’exigent rôle de Senta. On apprécie, à ses côtés, la voix toujours juvénile et le beau chant de Klaus Florian Vogt dans Erik sans bien comprendre pourquoi le metteur en scène a fait du personnage un pareil nigaud. L’orchestre se galvanise au fur et à mesure de la représentation sous la baguette de Peter Schneider diversement inspiré. Les canoniques éléments romantiques (la brume, la tempête, l’orage, la nuit, les forces naturelles…) intéressent peu Willy Decker qui opte pour une mise en scène psychologique centrée sur le personnage de Senta. Prisonnière des murs blancs d’un intérieur bourgeois, elle rêve d’aventure : un immense tableau marin et une haute porte sont autant d’ouvertures vers son imaginaire exalté dans lequel figure un étrange fantôme à délivrer. L’idée est intéressante mais la direction d’acteur manque de passion et d’intensité.
Jusqu’au 9 octobre 2010 à l’Opéra Bastille (en alternance)

Comme Senta, Tatiana rêve d’évasion, d’amour et se nourrit d’art, de littérature et de chansons pour assouvir son désir. Willy Decker a recours à une même épure scénique, plus proche de l’abstraction (le plateau nu, des hauts murs, peu de meubles et d’accessoires) pour mettre en scène Eugène Onéguine, le chef-d’œuvre de Tchaïkovski. La première partie, teintée des couleurs rougeoyantes de la campagne, est plutôt convenue : fête champêtres et farandoles de villageois agrémentent la vie rurale et recluse des Larina. Puis, lorsque Lenski provoque Onéguine en duel, le décor s’assombrit, l’atmosphère se glace. Le cristal de l’immense lustre brille et claque sans effacer la mort et l’amour contrarié qui pèsent sur l’intrigue. Onéguine, d’abord tant aimé par Tatiana, retrouve cette dernière lors d’un bal chez le prince Grémine à qui elle est mariée (Gleb Nikolski très limité dans le rôle) et lui déclare sa flemme. On ne refait pas le passé, il n’avait répondu favorablement à la lettre d’amour passionnée de la jeune fille, c’est désormais elle qui le repousse. Il ne se passe pas grand-chose d’exaltant sur scène mais on frémit grâce à la musique, belle à pleurer, et sur ce plan, le spectacle bénéficie d’un plateau vocal éblouissant soutenu par la direction passionnante et émouvante de Vasily Petrenko. Ludovic Tézier est un très bon chanteur, de plus en plus présent à l’Opéra de Paris, son Onéguine est saillant mais particulièrement mono expressif dan le jeu. La belle et touchante Olga Guryakova reprend le rôle de Tatiana qu’elle a déjà chanté sur cette même scène avec l’ampleur et les couleurs qu’on lui connaît et Joseph Kaiser (admirable Admète cet été au Festival d’Aix-en-Provence) joue pour la première fois à Paris Lenski avec une voix éclatante de clarté et subtilité.


Jusqu’au 11 octobre à l’Opéra Batille (en alternance)

Plus légère, L’italienne à Alger n’en est pas moins savoureuse. La partition du jeune Rossini de 21 ans est redoutable, elle requiert agilité et vélocité dans les vocalises, ce qui n’est pas un problème pour les solistes Vivica Genaux et Lawrence Brownlee qui brillent dans ce registre. L’exubérance de la mise en scène d’Andrei Serban aurait pu s’accorder à merveille avec la virtuosité débridée de la partition (dirigée par Maurizio Benini) mai il n’en est rien tant la production vue à Garnier est peu drôle. Evidemment, le livret ne permet sans doute pas une étude dramaturgique profonde (« Donnez-moi une liste de blanchisserie et je la mettrai en musique » disait le compositeur italien) mais le mauvais goût et la désinvolture du metteur en scène Andrei Serban, qui ne propose que du remplissage inutilement spectaculaire, avec moult décors et costumes, font défaut. Marco Vinco est un très bon Mustafa tant vocalement que scéniquement et se sort le mieux du naufrage.
Jusqu’au 8 octobre 2010 au Palais Garnier (en alternance)

Côté danse, les étoiles et les danseurs du ballet de l’Opéra de Paris (voir critique DVD du film de Frederick Wiseman »la Danse ») donnent à Garnier une soirée autour de trois pièces chorégraphiées par Roland Petit dont le poignant Jeune homme et la mort dans lequel on pourra voir Jérémie Bélingard, Nicolas Le Riche ou Stéphane Bullion.
La saison se poursuivra avec le Tryptique de Puccini composé de trois pièces rarement données du compositeur vériste que sont Il Tabarro, Suor Angelica et Gianni Schicci. Philippe Jordan dirigera la première nouvelle production de la saison à partir du 4 octobre. La mise en scène est assurée par Luca Ronconi, le directeur du Picolo Teatro de Milan et successeur du grand Giorgio Strehler dont on redécouvrira Les Noces de Figaro de Mozart à la même période. Le directeur de l’Opéra, Nicolas Joël a eu l’idée de reprendre cette légendaire production de l’histoire de la mise en scène lyrique en faisant appel au concours d’Humbert Camerlo qui avait assisté le Maître italien à la création en 1973 pour remonter le plus fidèlement possible la production du metteur en scène disparu. Luca Pisaroni, Ludovic Tézier, Karine Deshayes, Ekaterina Syurina, Erwin Schrott et Julia Kleiter sont annoncés pour deux séries de représentations en octobre-novembre 2010 puis en mai-juin 2011.
L’Opéra contemporain n’a cessé d’occuper une place de plus en plus importante ces dernières saisons notamment grâce au formidable travail de Gerard Mortier en matière d’élargissement du répertoire. La mise en scène qu’Olivier Py proposera de Mathis le peintre d’Hindemith avec Matthias Goerne dans le rôle de l’auteur du Retable d’Issenheim dirigé par Christoph Escenbach sera sans aucun doute l’évènement lyrique de l’automne.

www.operadeparis.fr

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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