Musique
« Le cortège du Thchoulent » à la conquête du « Shtetl »

« Le cortège du Thchoulent » à la conquête du « Shtetl »

23 mai 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le Tchoulent est un plat que les Juifs d’Europe de l’Est cuisinaient pour le Shabbat, le repos hebdomadaire. Ce plat de viande et de féculents mijotait une nuit durant. Aujourd’hui, la tradition se perpétue dans les familles ashkénazes, Milena Kartowski fait de ce plat un « Cortège » pour un spectacle cabaret étonnant.

Milena Kartowski a 23 ans et une voix de diva, il faut imaginer le timbre d’Aretha Franklin au service du Yiddish, la langue que parlaient les Juifs d’Europe de l’Est avant la Shoah. Cette langue, elle vit encore, à Brooklin, à Jérusalem et même à Paris. Le combat de cette toute jeune femme est de rendre actuelle cette langue rattachée à une époque disparue.

« Le cortège du Tchoulent » est un festin. Sous la forme d’un cabaret, la chanteuse, accompagnée de trois musiciens talentueux, nous raconte une jolie histoire. Nous sommes vendredi, en fin d’après-midi, la tension monte dans le petit village, le Shtetl. C’est bientôt l’heure du Shabbat et la tante Faiga a préparé une ribambelle de plats qu’il  faudra tous goûter sous peine d’incident diplomatique! On se marre pas mal dans ce spectacle, où le Poulet se transforme en Tofu, le vendeur de Bagel déprime et où la pomme de terre est reine, mais sa forme alcoolisée fait passer le tout comme il faut jusqu’au vendredi suivant.

Du point de vu musical, ce spectacle est une bombe, voix incroyable, clarinettiste, batteur et pianiste aux inspirations jazz pouvant circuler aussi bien dans le blues ou le reggae pour un moreau hommage à Bob Marley, véritable climax du spectacle.Les chansons sont efficaces, entrainantes et touchantes. La veine des artistes Klezmer à l’image de David Krakauer et So Called arrivent aujourd’hui à percer les murs hors d’un public communautaire. C’est bien l’enjeu de ce spectacle qui malheureusement reste cloisonné dans sa culture. Les chansons sont en yiddish et même si les présentations glamour de Miléna Kartowski traduisent les textes, au fond, ils ne peuvent être audibles que pour des personnes familières du mode de vie ashkénaze avant la Shoah.

L’aspect romancé du Cortège en fait un objet tant théâtral que musical. Il est alors regrettable que beaucoup de termes demeurent sans traduction provoquant des « private joke » excluantes. Reste un concert mémorable et une chanteuse à suivre d’extrêmement prés. Une diva est née.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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