Musique
La ‘World Music’: Rien et tout

La ‘World Music’: Rien et tout

20 juin 2011 | PAR Moriane Morellec

La musique aujourd’hui, quel que soit le style, les influences, l’origine se doit d’être étiquettée et d’être placée dans une catégorie pour pouvoir la juger en tant que rock, jazz, classique. Quand les influences sont multiples, la musique un peu trop avant-gardiste ou au contraire inspirée par des sons plus ‘ethniques’, elle se doit d’être placée dans la catégorie « World Music » ou « musique du monde » – sorte de catégorie par défaut. Alors, la « World Music», un rien ou un tout?

Qu’est-ce c’est la ‘World’?

La « World Music » ou Musiques du Monde en français est un courant musical qui peine à se définir. Au sein de la catégorie « world music « se distingue une (grande) subtilité: le terme « musiques du monde» définit la diversité des cultures du monde et de leurs expressions musicales; la « musique du monde » est plus abstraite désignant soit une partie des musiques du monde (la musique du monde arabe, par exemple) soit une tendance musicale correspondant à un métissage entre musiques actuelles et musiques traditionnelles – d’où l’ambiguïté permanente quant à la définition de la « World ». Ni un genre à part (puisqu’il inclut les musiques pouvant contenir des composantes ethniques ou traditionnelles), ni un genre global (puisqu’il exclut les musiques qui font partie des courants mainstream comme la pop, le rock, le classique, le jazz, le rap…), la World se coince aux frontières des tendances musicales contemporaines tout en étant un courant fourre-tout et transversal.

D’où ça vient la « World »?

C’est le musicologue allemand Georg Capellen qui a utilisé pour la première fois en 1906 le terme « weltmusik » dans un essai intitulé Ein neuerexotischer Musikstil (Un nouveau Style de musique exotique). Robert E. Brown, ethnomusicologiste américain a ensuite inventé le terme « World Music » en 1960, d’abord utilisé par Brown pour nommer l’intitulé de son cours « World Music/Ethnomusicology ». Dans les années 1960, les ethnomusicologues utilisent le terme « musiques du monde » pour des musiques traditionnelles propres à chaque pays, ainsi que pour des musiques actuelles incorporant de instruments ou techniques traditionnelles. L’expression anglo-saxonne « world music » s’applique aujourd’hui à toutes les musiques qui fusionnent les musiques actuelles avec des musiques « traditionnelles » ou « folkloriques ». Par extension, l’ethno-jazz, le reggae, la country et même le folk-rock peuvent être classifiés comme « musiques du monde » puisqu’ils proviennent de mouvements dits traditionnels. Le terme « musiques du monde » s’est aussi démocratisé suite à l’utilisation du terme par les maisons de disques, pour faciliter la classification des groupes. La « World Music» est donc le métissage d’une culture à l’histoire et instruments propres, aux sons et tendances ancrés dans le paysage musical d’aujourd’hui.

Qui fait de la « World »?

Nombreux sont les labels qui produisent de la « World Music » aujourd’hui, mais le genre est difficile à vendre en tant que genre en soi – la connotation « folklorique » et « traditionnelle » étant souvent jugée comme négative. World Music Network, Crammed Discs, Folkways, Nonesuch Records (appartenant au Warner Music Group), Putumayo World MusicReal World (fondé par Peter Gabriel), ou encore World Circuit Records produisent régulièrement des groupes traditionnels ou issus de fusions. Si la définition académique de la « world music » est respectée (une musique de métissage aux influences, instruments et ancrages traditionnels) quelques aristes emblématique du mouvement « world » sont mondialement connus et facilitent la définition du genre: Johnny Clegg (afro-pop et Mbaqanga), Manu Dibango (world jazz), Carlos Núñez (folk celtique), la Compagnie Montanaro (nouvelles musiques traditionnelles et ouvertes), Jehro (calypso-reggae-pop-rock), Amadou et Mariam (world africaine), Rodrigo y Gabriela (folk-rock mexicaine) entre autres. Un courant que même les labels préfèrent voir nommés « World Music ».

Un contre-courant, la « World »?

La fondation Playing for Change, toujours dans la logique de la définition première, pourrait donc s’ancrer dans un mouvement de contre-world; en effet, ce sont des chansons d’envergure internationale (« Stand By Me » de Ben E. King, « Redemption Song » de Bob Marley ou « Imagine » par The Beatles) qui sont reprises par des musiciens du monde, jouées sur leurs intruments traditionnels – un banjo aux Etats-Unis, une veena (guitare slide) d’Inde, une percussion du Mali. Playing for change est-il de la contre-world puisque ce sont des musiques actuelles mêlées et interprétees de manière traditionnelle? La « World Music », pour les sociétés occidentales correspond aux musiques contenant des influences dites « traditionnelles ». Et pourtant, la musique française en Australie ou à l’île Maurice est classée comme « musique du monde », avec ou sans accordéon. La « World music » serait donc une catégorie purement géographique? En tout cas, il est sur que la « World Music » ou « Musiques du monde » du monde est un genre qui ne cesse d’évoluer, impossible à catégoriser mais qui finalement s’implique dans l’envie des musiques actuelles de (positivement) se mondialiser.

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Moriane Morellec

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