Musique

La saison 2011-2012 de l’Opéra de Paris

14 mars 2011 | PAR La Rédaction

Nicolas Joel a dévoilé sa troisième saison à la tête de l’Opéra national de Paris. Confortée par les très bons scores de la « grande boutique » qui affichent fièrement une fréquentation record, une forte progression des abonnés et une bonne santé financière, la direction actuelle poursuit sans dévier les voix empruntées depuis 2009 et propose une saison dans la continuité, prônant la primauté de la musique et l’anti-révolution scénique. Le public (environ 800 000 spectateurs) se verra ou non flatté par cette absence d’audace mais trouvera forcément son bonheur face aux affiches prometteuses en stars lyriques qui seront presque toutes présentes sur les scènes de l’Opéra Bastille et du Palais Garnier, il sera peut-être moins séduit par la nouvelle politique tarifaire proposée.


Après le gros chantier du Ring wagnérien, le répertoire se concentre à nouveau sur l’Opéra français qui revient en force. Roberto Alagna et Inva Mula chanteront Faust de Gounod en ouverture de saison à l’Opéra Bastille, Natalie Dessay sera la Manon de Massenet, puis Renée Fleming l’Arabella de Strauss, on verra Laura Aikin dans Lulu, Violetta Urmana et Vladimir Galouzine dans Cavalleria rusticana et Pagliacci… Séduisant mais peu original, ils ont déjà chanté ces rôles sur toutes les plus grandes scènes et festivals internationaux.

Des nouvelles productions annoncées, peu en sont vraiment. On commence avec La Cenerentola de Rossini, son metteur en scène Jean-Pierre Ponnelle est mort en 1988, cela donne une idée de la date de création mais cette production tient au coeur de Nicolas Joël qui, après Strehler, n’en finit pas de ressusciter les morts. Le diptyque Mascagny/Leoncavallo a été déjà créé à Madrid et existe même en DVD. Des trois productions signées par Giancarlo del Monaco à Paris (Andrea Chénier, Francesca da Rimini), aucune n’a réellement vu le jour sur nos scènes, belle arnaque! L’Hippolyte et Aricie de Rameau mis en scène par Ivan Alexandre dans un style néo-baroque épouvantable à la manière de Benjamin lazar est importée de Toulouse.

Les distributions sont classieuses. Le directeur musical de la maison Philippe Jordan dirigera entre autres La Forza del destino de Verdi, Stéphanie d’Oustrac, Klaus Florian Vogt, Joseph Kaiser, Jennifer Larmore, Marcelo Alvarez, Karine Deshayes, Ludovic Tézier, Patricia Petibon, Véronique Gens, Sarah Connolly, cela représente du beau monde et on ne s’en plaindra pas. En revanche les metteurs en scène invités de Jean-Louis Martinoty à Jean-Claude Auvray en passant par Coline Serrreau, semblent peu inspirant et confirment la nécrose scénique de ces dernières années, si on écarte de ce jugement Georges Lavaudant qui fera la mise en scène d’une version opératique de La Cerisaie de Tchekhov sur une musique de Fénélon, une création commandée par l’Opéra de Paris.

On se consolera avec des reprises, certaines indispensables comme La Lulu mis en scène par Willy Decker dont est repris aussi La clémence de Titus plutôt que celle des Hermann, le Tannhäuser de Carsen qui bénéficie d’une très belle distribution (Christopher Ventris, Stéphane Degout, Sophie Koch et Nina Stemme qui fera enfin ses débuts à l’Opéra de Paris), le travail de Robert Wilson sur le Pélleas et Mélisande de Debussy, Stéphane Degout sera Pelléas, et Peter Mattei retrouvera le Don Giovanni de Michael Haneke, il était le créateur génial de cette version sombre et radicale commandée par Gerard Mortier au cinéaste autrichien. Sinon, c’est reparti pour le Barbier de Séville de Coline Serreau, pas terrible et avec quasiment le même casting qu’il y a deux ans, Rigoletto par Savary (avec le duc interprété par Piotr Beczala quand même) et l’Amour des trois oranges de Deflo qui nous paraissent déjà bien routiniers. Beaucoup de productions paraissent franchement anciennes, Nicolas Joël a remplacé la Salomé de Lev Dodin actuellement au répertoire pour remettre celle d’André Engel, exhumée des archives de l’ère Berger (Angela Denoke chantera le rôle-titre) mais La Dame de pique de Tchaikovski montée par le metteur en scène russe sera redonnée. Même chose pour La Veuve joyeuse de Lavelli, l’opérette sera interprétée par Susan Graham et Bo Skovhus.

La saison de la danse prend une tournure presque plus classique que d’habitude avec Cendrillon et la Bayadère de Nourrev ainsi que les ballets de Cranko et Macmillan mais reste tout aussi enthousiasmante. Après Le sacre du printemps à Noël dernier, la compagnie de l’opéra reprend l’Orphée et Eurydice de Pina Bausch. Il y aura aussi le très beau Roméo et Juliette de Berlioz de Sasha Waltz. Le danseur étoile Jean-Guillaume Bart fera la création pour Paris de La Source de Délibes. A découvrir!

N’oublions pas que la mission de l’Opéra de Paris est d’amener la musique au plus grand nombre. Si les retransmissions dans les salles de cinéma le permettent indéniablement, elles ne peuvent remplacer l’émotion vive d’une représentation véritable. Pourquoi alors ne pas davantage démocratiser l’accès direct à l’opéra et fermer les salles de spectacle aux mélomanes sans argent. Un symbole plus qu’autre chose, la désagréable disparition des places debout à 5 euros en fond de parterre à la Bastille. Nicolas Joël place sa saison « sous l’aile de la musique », écrivant en introduction dans la brochure que « rien ne nous emmène plus haut que la musique », les habitués des billets de dernières minutes en feront l’expérience une fois relayés en septembre prochain dans les hauteurs de l’immense salle où ils assisteront désormais aux spectacles de côtés dans les galeries. Quel gâchis et quel mépris pour le travail de conquête d’un nouveau public qui a été réalisé précédemment et pour les spectateurs.

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La Rédaction

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