Musique

L’Opéra de Paris ressuscite Les Noces de Strehler

27 octobre 2010 | PAR Christophe Candoni

Le directeur de l’Opéra de Paris, Nicolas Joël, a décidé de reprendre la mise en scène des Noces de Figaro de Mozart par Giorgio Strehler, plus classique et donc plus conforme à ses gouts artistiques, plus consensuelle aussi que la version de Marthaler inscrite en 2006 au répertoire de l’institution. « Légendaire », « historique », les superlatifs ne manquent pas pour qualifier la production qui sans conteste a fait date dans l’histoire de la mise en scène lyrique. Le spectacle, dont on doit la recréation à Humbert Camerlo, l’assistant du Maître italien, revient en grandes pompes à l’Opéra Bastille puisque deux séries de représentations sont prévues sur la saison, la première a débuté hier soir.


Cette mise en scène des Noces de Figaro n’a pratiquement pas quitté l’affiche de l’Opéra de Paris pendant plus de trente ans mais c’est à Versailles qu’elle a vu le jour, à l’Opéra Royal en 1973, juste avant son entrée au Palais Garnier. Instiguée par Rolf Liebermann, la production était sa réponse sans appel aux attaques les plus virulentes dont il était la cible, elle a connu un triomphe rare dans de nombreuses maisons d’opéras comme La Scala et le MET de New-York avant d’entrer dans le grand vaisseau de la Bastille (Strehler s’y était d’abord opposé) où elle est reprise aujourd’hui. Sous la baguette de Solti, un prestigieux casting était réuni : José Van Dam, Mirella Freni, Gundula Janowitz, Gabriel Bacquier et Frederica von Stade. Aujourd’hui, ce sont les excellents Luca Pisaroni (Figaro), Ludovic Tézier (Almaviva), Ekaterina Siurina (Suzanna), Barbara Frittoli (La Comtesse) et Karine Deshayes (Chérubin) qui chantent sous la baguette de Philippe Jordan.

La très belle mise en scène de Strehler, novatrice à l’époque sur le plan théâtral, mettait en évidence tout ce qui est contenu dans la musique sans chercher à dire autre chose et réalisait un mariage idéal de la musique et du théâtre. Obsédé par la vérité et la justesse des situations, Strehler servait la musique par le jeu sans aucune volonté pléonastique. Pourtant la dimension dramatique occupe une place aussi importante dans son travail qui comporte un réjouissant écho à son répertoire de prédilection, celui de Goldoni et de la Commedia dell’arte, aux artistes de théâtre itinérant à qui renvoie la grande panière au centre du plateau au premier acte.

Humbert Camerlo ne conteste pas l’idée que le spectacle a forcément changé car si sa délicate tache est de reconstituer le travail scénique et les intentions de jeu de Giorgio Strehler, mort il y a une quinzaine d’années, il admet nécessaire de laisser « l’interprétation des chanteurs s’inscrire harmonieusement dans l’univers voulu ». C’est heureux car si l’idée de revoir le spectacle est plaisante et même utile pour sa mémoire et sa transmission auprès de la nouvelle génération, il n’empêche qu’on peut y voir un retour en arrière coriace et un exemple supplémentaire des directions conservatrices que prend l’Opéra de Paris sous la conduite de Nicolas Joël. Son prédécesseur Gérard Mortier avait osé clore plus de trente ans de monopole de cette production en proposant aux spectateurs une nouvelle lecture des Noces de Figaro, une esthétique radicalement différente, contemporaine et antibourgeoise dans les ors et dorures du Palais Garnier, et la vision de l’iconoclaste Christoph Marthaler, pleine d’humour et d’insolence, de dérision et de gravité, finalement très mozartienne. Alors nul doute que cette reconstitution de la production de Strehler trouvera une fois de plus un légitime succès mais l’opéra se doit de continuer à réinventer sa forme, de chercher des nouvelles possibilités d’interprétation des œuvres, de créer grâce aux grands metteurs en scène contemporains, de refuser d’être un musée mais bien un art vivant.

Les Noces de Figaro, du 26 octobre au 24 novembre 2010 et du 13 mai au 7 juin 2011. A l’Opéra Bastille, Place de la Bastille et 120 rue de Lyon (13 arr.) M° Bastille. 08 92 89 90 90. www.operadeparis.fr

Retransmission sur France 3 le 3 novembre 2010.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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