Musique
Julien Daian quintet & DJ Borz : Jazz paradoxe

Julien Daian quintet & DJ Borz : Jazz paradoxe

28 mai 2011 | PAR Pascal

Il y a  plus d’un an sortait l’album du saxophoniste français le plus New-Yorkais Julien Daian et de son alter ego du mix DJ Borz, Boris jeanne. Comme la musique classique, le jazz puise dans les sources viticoles dont la mise en « albums » ressemble fort à une mise en bouteille et à des catalogues permanents que le temps bonifie. Et ce, paradoxalement à la musique de variété. Le jazz selon Julien Daïan a pourtant son propre paradoxe, une vérité qui lui est propre, intemporelle et moderne à la fois, celui du temps et du contretemps. Le jazz a une histoire et un sens comme peuvent l’avoir des religions plus que des faits historiques, une sensibilité et un concept propres à chaque musicien, compositeur, ou auditeur dont les interprétations se suivent sans se ressembler et les tubes ont pour nom « standards » quand ils passent à la postérité et dans la bouche ou entre les doigts d’une ou d’un autre. Premier album sonne comme premier roman. A la fois le plus « authentique », le plus intime et également le plus difficile à livrer, à éditer, à produire et faire entendre. Sur la place Denfert-Rochereau, un autre lion rugit dans ses gammes et improvisations, le charnel Julien Daïan, saxophoniste de jazz tout en notes rondes et claires, pertinent, moderne et classique, habillé d’une culture swing et blues à la Charles Mingus avec un chapeau mou sur la tête, ombrant ses yeux d’enfant façon Wayne Shorter, et respirant l’air de ce matin de mai avec les lèvres de Jackie Mac Lean. Le jazz français se porte à merveille, il suffirait de le faire entendre.

Le premier album, French paradox, autoproduit, était groovant à tous les étages, que ce soit dans un univers Balkan, des balades, un jazz électro voir électro funk. Pour autant son éclectisme avait un trait d’union, la jeunesse de son compositeur et interprète, son histoire imprégnée d’alcools sans âge, mais vénéré des amateurs vrais qui connaissent la moindre cave de spécialiste. Le jazz, on l’aura remarqué est souvent associé aux vignobles ou à la bonne bouche, nullement contradictoire avec sa profondeur intérieur, autre paradoxe. Art parfait de la modernité rencontrant le classique, tel une sculpture ou une installation contemporaine inscrite dans l’histoire de l’art et dont les matériaux seraient dans leur temps, voir d’avant-garde. Retour sur les matériaux du quintet et de son alto ego.

« Je suis une sorte de Bukowski qui ferait des fautes d’orthographe. »

Dans l’idéal du musicien, Julien Daian serait le leader d’un projet personnel. Quoi de plus jouissif que d’écrire et jouer, et pourquoi pas, seul, entouré de boîtes et de pads programmés ? Il ne se définit pas comme parfait, et serait même plutôt complexé, mais comme on peut l’être face à un Art Pepper ou un Dexter Gordon ou encore un Stan Getz. Si la technique reste prépondérante, sa capacité créatrice de compositeur est en dessus des normales estivales « Je suis une sorte de Bukowski qui ferait des fautes d’orthographe. » En tout état de cause, un premier album à réaliser, laisse finalement peu de place à l’ego, quoique l’on puisse en penser. L’écoute et l’attention se porte sur les autres, leur jeu, leurs partitions, leur bien être, la qualité de l’ensemble. Bien sûr, l’album porte son nom. « Quelle gloire d’avoir son quintet. Cependant la créature, le créé prend le dessus, emporte ta vérité, ce que tu mijotais et tentais depuis dix ans, comme un premier roman. Et, la gestion et les évènements l’emportent. Alors, tu t’interroges sur ce que tu auras à donner pour le second. Aura-t-il plus la maturité, le recul, le « composé à jouer » ; sera-t-il éloigné de ce que je suis ? ». Et votre serviteur de le rassurer en lui disant que dire « Je t’aime à la nouvelle femme de sa vie porte peut-être une autre et plus de vérités qu’avec son premier amour. »

« Entre harmonie et rythme, je suis résolument rythme. »

Julien Daian, remarquable compositeur et improvisateur, joue haut et fort et surtout en couleurs, toutes les couleurs du jazz qui appartiennent à sa culture et pour laquelle, il refuse de se poser des questions. Il s’est forgé une culture et ce qui sort est lui-même, et unique. Le jazz est à la fois compliqué et d’une gourmandise totale. Chaque expérience est un recommencement, une renaissance, une exigence de plus. « Entre harmonie et rythme, je suis résolument rythme. ». Ainsi, que ce soit en Big band, en trio ou dans toute formation, le lien est simple. Il est plus évident (pour lui) d’être ensuite dans l’harmonie quand on est baignés par le même riff, le même groove, le battement intérieur et ventral, totalement black. « Evidemment, le jazz est la plus évoluée des musique sur le plan harmonique. Un jazzman sur ce territoire, de par l’improvisation, ne peut créer sans ses lois universelles. Et le jazz est l’art suprême du développement de l’harmonie.»

« Gershwin, Mozart, Parker ont plus de points communs entre eux que Parker et Miles. Ils sont puissants sur le plan cérébral. Ils intègrent en un dixième de seconde toutes les données musicales, de la création au génie de l’interprétation et de l’improvisation du jeu qui frise l’instantanée donc l’élévation. »

Entre « le coup du hongrois » et « Dani », le premier album reflète une progression intéressante et relativement thématique avec cette dominante des « musiques du sud » sans volonté d’élitisme dans cette autobiographie musicale. Il fut réalisé sous l’œil bienfaisant de leur professeur et coach de la Bill Evans School (of Paris) Emile Spanyi. Si Julien et son alter ego, DJ Borz, souhaitent moins de liens à une musique « ethnique » dans le second album, les premiers titres sont entrain de naître en « live », mais n’ont pour le moment aucun trait d’union, si ce n’est la complicité de ce septet avec cette volonté de chercher l’expression d’une vérité, d’une authenticité, d’une fraîcheur proche de l’origine, du principe premier, du premier.

Les qualités complémentaires de ses musiciens :

Octave Ducasse (drums): la tendresse

Aristide Gonçalves (trumpet): le  feeling

Tomazo Montagani (bass) : la maturité

Thomas Cassis (keyboards) : l’ imaginaire

Boris Jeanne (DJ Borz) : la pertinence

Julien Daïan (saxophone) : le visionnaire

S’il n’était pas dans un idéal de soliste, solo, monos sur scène, parmi les « grands, morts ou vivants », il serait accompagné de Jackie Mac Lean (sax), et une section rythmique de feu : Charles Mingus (bass), Jeff Ted Watts (drums), Mc Coy Tiner (piano). Et, les huit standards qu’ils interprèteraient (à écouter sans modération) seraient :

  1. All blues (Miles Davies/Bill Evans)
  2. Start fell on Alabama (Frank Perkins, Mitchell Parish)
  3. My one and only love (Guy Wood, Robert Mellin dans la version de John Coltrane)
  4. Blue in green (Bill Evans)
  5. Appointment In Ghana (Jaky Mac Lean)
  6. It don’t mean a thing (Duke Ellington, Irving Mills)
  7. Moannin (Bobby Timmons, popularize par Art Blakey & The jazz messengers et immortalisé par Charles Mingus)
  8. Infant eyes (Wayne Shorter)

 

Le jazz, culture du paradoxe, quelle que soit son origine, est de l’ordre de la fusion, voire de la transmission de l’origine et de son interprétation, dont la copie serait un nouvel original. Dans ses yeux d’enfants, les créations de Julien Daïan nous promettent des vérités voyageant entre le mythe fondateur de racines et une personnalité empreinte de modernité, dans l’impatience du second album, le souffle long comme une seule et unique histoire d’amour, que l’on pourrait croire connaître par cœur, comme Charlie.

Pascal Szulc

 

 

 

 

 

 

 

 

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