Musique

Julie Roué : «C’est en voulant faire de la musique que je suis tombée sur le cinéma»

Julie Roué : «C’est en voulant faire de la musique que je suis tombée sur le cinéma»

25 mars 2019 | PAR Yaël Hirsch

Julie Roué était l’une des trois voix de la Masterclass (lire notre live-report) du Festival International du Film d’Aubagne, ce samedi 23 mars 2019. Compositrice pour le cinéma, et à la tête de deux projets musicaux, About Luke (sur la scène de l’Alimentation générale ce printemps) et Carte Contact, Julie Roué nous raconte son métier et ses projet.  Rencontre avec une compositrice aux multiples talents.

Quel est votre instrument ?

Au départ, c’est le piano, mais je ne prétends pas être une très bonne interprète.  Je joue de plusieurs instruments mais pas très bien. J’ai même fait de la cornemuse irlandaise et les cornets indiens mais je ne suis pas instrumentiste !

Comment avez-vous commencé à composer pour des films ?

Quand j’étais adolescente,  je faisais de la musique mais je n’ai jamais imaginé que c’était un métier possible et j’ai fait des études pour être ingénieur du son à l’école Louis Lumière et je suis devenue monteuse son. Mais des étudiants m’ont demandé de faire de la musique pour leur film de fin d’études. C’est en voulant faire de la musique que je suis tombée sur le cinéma.

De Carte Contact à About Luke, on peut dire que vous multipliez les univers et les références…

J’aime bien dire que j’ai des personnalités multiples parce que j’ai l’impression de papillonner dans tous les sens. Dans les films aussi, je vais puiser dans des genres très variés et j’aime bien cela. Dans Carte Contact, il y a un esprit des années 1980 mais des paroles en français ce qui est important pour moi. On sort un EP le mois prochain et l’on joue à l’International le 9 avril. Je débute vraiment sur scène ce qui est très improbable pour moi. Et la rencontre s’est faire faite sur un film. Angèle, la chanteuse de Carte Contact est réalisatrice, elle a étudié les arts graphiques et les arts décos. J’ai fait la musique de ses derniers courts métrages, puis pour le film Jeune Femme, Léonor Seraille la réalisatrice voulait que j’écrive une chanson sur laquelle Laëtitia Dosch allait danser. Et je me suis dit que si je faisais cette chanson seule, elle allait être à l’image de ce que je vais avec About Luke, trop douce. Donc je suis allée chercher Angèle parce que je savais qu’elle avait cette voix râpeuse et cette énergie un peu rentre-dedans et on a trouvé cela chouette de faire une chanson ensemble et de continuer.

About Luke se lance ce printemps, avec également un aspect vidéo…

Comme j’ai eu la chance de connaître pas mal de gens qui font des films, il y a « The Luke film project » ce qui est autour de la sortie de l’album, où j’ai demandé à des réalisateurs de choisir une chanson et d’en faire un clip. Sachant qu’il n’y a pas de budget, donc c’est fait à partir du ressenti et des moyens du bords. Pour l’instant, une vidéo est en ligne, de Claire Juge, une réalisatrice de documentaire avec qui je travaille en ce moment. 

Dans vos compositions pour les  films aussi, vous aimez métisser …

Ce qui fait ma signature c’est le côté chanson. Tout le monde a compris que j’aime bien la pop et on me demande souvent des chansons. Je ne fais jamais deux fois la même la chose, même si je vais chercher souvent du côté de la soul, du jazz et de la musique électronique répétitive.

Comment est-ce de travailler pour une série comme « HP » plutôt que pour un film ?

Le travail en lui-même est différent dans le sens où ce n’est pas la même temporalité pour un film. On fait beaucoup de musique en amont du montage pour que les monteuses puissent se servir et construire les épisodes efficacement car le temps de montage est très réduits là ou dans un film, il y aurait plus d’allers-retours. Là je fournis une espèce de bibliothèque de musique, les monteuses s’en emparent et le mettent là où elles en ont besoin et je peaufine après elle. Là où le projet de la musique de la série HP est unique, c’est qu’elle s’est trouvée exactement là où j’étais avec le projet About Luke. La réalisatrice Émilie Noblet m’a vraiment encouragée à utiliser un langage que j’étais en train de développer personnellement. Du coup, il y a une vraie homogénéité dans la série.

JEUNE FEMME – Bande Annonce from Shellac films on Vimeo.

Comment s’est passé l’écriture de la musique de Jeune femme, de Léonor Seraille ?

Le scénario m’est arrivé dans les mains, parce que j’avais déjà fait un moyen métrage avec Léonor Sérail qui s’appelait Body donc elle savait qu’elle allait faire appel à moi et pour Body on avait beaucoup puisé dans des chansons que j’avais faites qui habitaient le film : des titres qui passent à la radio et résonnent avec l’état émotionnel de ce personnage. On a voulu recommencer cela, à partir du scénario on a vu des moments où la musique devait parler pour le personnage. Je suis aussi passé sur le tournage pour une séquence qui n’est pas resté dans le film et qui était une scène de karaoké où Laëtitia Dosch devait chanteur une chanson mexicaine et qui était extraordinaire. J’étais venue soit-disant pour la coacher en chant, mais en fait, elle n’en avait pas besoin : elle passait par une palette d’émotions incroyable, tout. Elle était dans une frénésie d’énergie où tout le monde était à la fois à fond et à bout. Ce qui est dingue sur jeune femme, c’est que c’est une équipe très féminine et c’était aussi beaucoup de gens pour qui c’était le premier long métrage et il y avait une envie de prouver et d’être à tous les postes. Et depuis c’est vrai que j’aime beaucoup passer sur les tournages pour capter l’énergie qui se dégage de l’équipe, des comédiens. Car c’est vrai que sinon le métier de compositeur est assez solitaire : on est beaucoup seul avec son ordinateur, c’est froid.

Vous avez la musique du Parc de Damien Manivel ?

Oui mais ce film est exceptionnel car il y a moins d’une minute de musique. Je crois que dans la première fois qu’il a été projeté à Cannes, il n’y en avait pas du tout et que pour que cela fasse un peu moins rêche à la fin, ils en ont ajouté un peu. J’ai du mal à m’attribuer un film pour lequel j’ai composé mois d’une minute … Mais comme c’était mon premier long, au début j’étais heureuse de l’ajouter au CV…

Vous êtes vraiment si peu nombreuses, les femmes, à la composition de musique de films ?

Il est difficile d’avoir des chiffres et cela change selon qu’on fait de la musique de film ou pour la télévision. Il y a 6 % des compositeurs de films qui sont des compositrices, ce qui fait qu’on est encore en dessous de la moyenne des compositeurs recensés à la Sacem. Je n’ai pas d’explication mais j’ai quelques hypothèses. Il me semble qu’on est à un poste qui est considéré comme un poste de direction et l’on sait bien que plus l’on monte dans la hiérarchie et plus les femmes se heurtent à un plafond de verre. Il y a aussi le fait que c’est un métier technique et il y a peu de femmes dans les métiers du son. Et puis il y a autre chose qui me semble important : c’est l’absence de modèle de femmes compositrices. Alors je sais que de la génération avant la mienne, l’on cite souvent Béatrice Thiriet et Marie-Jeanne Serero. De fait, elles étaient les seules pendant très longtemps mais si je me rappelle mon adolescence, on ne les remarquait pas. On pourrait parler de Wendy Carlos, qui a composé notamment la BO de Orange mécanique qui avait choisi de devenir femme puisque c’était une transsexuelle.

Il y en a très peu mais je suis persuadée que les femmes arrivent. D’abord parce qu’en ce moment, il y a une vraie prise de conscience du retard à rattraper avec des questions de quotas. Et puis, il y a de plus en plus de réalisatrices et de productrices et je suis persuadée qu’elles vont suivre la marche. Je travaille énormément avec des réalisatrices, il y a une évidence et une façon de s’entendre., même si en ce moment je termine la BO d’un film de Erwan Le Duc avec Fanny Ardant, Swan Arlaud et Nicolas Mory. Mon combat serait que les quotas du CNC, défendus par le collectif 50/50 pour 2020 incluent aussi le poste de musique. Pour que sans que cela soit trop violent comme 

visuel  (c) Julie Balagué

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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