Musique
Jules César à Garnier, Laurent Pelly en manque d’inspiration

Jules César à Garnier, Laurent Pelly en manque d’inspiration

21 janvier 2011 | PAR La Rédaction

Jules César à l’Opéra Garnier est l’évènement de ce début d’année qu’on attendait à plus d’un titre mais qui laisse un amer goût de déception. L’œuvre d’Haendel est une merveille, l’équipe artistique et le casting annoncés sont de qualité. Emmanuelle Haïm fait ses débuts dans la fosse de l’Opéra de Paris et le metteur en scène Laurent Pelly retrouve sa muse, la star lyrique Natalie Dessay.

Ce qui agace profondément, c’est le sentiment que Laurent Pelly se débarrasse de l’action et donne l’impression de ne pas avoir envie de raconter l’histoire, déjà complexe, de l’opéra dont on perd complètement le sens. Quand on pense aux foudres qui se sont abattues sur des metteurs en scène comme Warlikowski ou Tcherniakov qui ont signé des productions autrement plus pertinentes ces dernières années à l’Opéra de Paris parce qu’ils se donnaient, eux, la peine de lire en profondeur les textes des livrets et en retiraient des possibilités d’interprétation riches et multiples. Ici, c’est bien simple, Pelly s’attaque à l’œuvre avec bien trop de légèreté et de superficialité, privilégiant l’anecdote au sens profond. Le metteur en scène fait preuve d’un certain savoir faire, d’ailleurs on repère de nombreuses autocitations sans retrouver pour autant l’inventivité et l’humour de ses autres productions. On est très loin de Platée ou des Offenbach. Ce Jules César ressemble à la panne d’idées ! Le tape-à-l’œil du décor assez laid et la monumentalité des moyens ne comblent pas le vide dramaturgique de sa lecture. Comme Pelly aime travailler sur les anachronismes et que cela lui réussit plutôt bien d’habitude, il nous plonge dans la réserve d’un grand musée dans laquelle s’affaire un groupe de travailleurs d’aujourd’hui en jean ou en blouse à la réfection des œuvres d’art, des sculptures antiques à la peinture classique du siècle des Lumières. Le dispositif est encombrant et bruyamment manipulé. Les personnages sont les œuvres elles-mêmes qui prennent vie sur scène et font irruption, en toges et en armures, dans cet espace froid en chantier. Ils occupent l’avant-scène très mal éclairée tandis que derrière eux un ballet parasite d’allers-venues ne cesse. On y transporte une débauche de copies de statues, des colonnes, des caisses… et la tête de Pompée décapité sur un chariot à roulette. L’accumulation agace, le gigantisme encore plus. C’est bien inutile.

On se délecte de la beauté et de l’abondance des arie. Lawrence Zazzo n’a pas une voix très puissante mais séduit par sa finesse musicale. Christophe Dumaux dans un rôle moins important, a plus d’abattage, il paraît plus solide dans le chant et plus à l’aise scéniquement. On a aimé la voix sombre et belle de Varduhi Abrahamyan dans Cornelia comme celle d’Isabel Leonard qui campe un vaillant Sextus.

On ne peut qu’apprécier l’engagement total de Natalie Dessay, son appétit de la scène, son énergie communicative, mais là, elle est insupportable. Elle a beaucoup travaillé avec Laurent Pelly et ils ont atteint ensemble des sommets de théâtre. Le metteur en scène ne semble plus la diriger avec la même rigueur et leur travail devient extrêmement complaisant. Il la laisse tout faire et elle ne s’en prive pas. En tenue déshabillée, elle court et saute partout, monte sur n’importe quel tabouret ou praticable. Pourtant, le théâtre porté à son meilleur naît aussi de contraintes et de maîtrise! Sa première entrée, plutôt scabreuse, n’est pas un cadeau car plutôt que d’être mise en valeur, elle ne peut évoluer convenablement sur son immense praticable égyptien, et ce n’est que le début d’une série de fausses bonnes idées. Artiste généreuse et enthousiaste, elle s’amuse beaucoup, paraît souvent en forme vocalement et quand, par bonheur, elle se laisse aller à plus de sobriété, notamment dans les moments plus lents et tragiques, elle est bouleversante. Le Se pietà est magnifique.

Arrivé au bout de presque quatre heures d’ennui et de bête agitation, « juste Ciel ! » a-t-on envie de soupirer pour paraphraser la reine Cléopâtre.

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La Rédaction

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