Jazz

[Live report] Youn Sun Nah et Ulf Wakenius à Saint-Germain-des-Prés

[Live report] Youn Sun Nah et Ulf Wakenius à Saint-Germain-des-Prés

19 mai 2014 | PAR Delphine Habert

Jeudi dernier, Youn Sun Nah et Ulf Walkenius ouvraient la 14ème édition du Festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés devant un public  admiratif et comblé.

Dans ce cadre mystique qu’est l’Eglise Saint Germain des Prés, les sons se propagent, s’entremêlent. L’écho de la corde la plus basse de la guitare s’allonge, les sons s’amoncellent, comme si des instruments invisibles se joignaient à la fête. La chanteuse coréenne nous montre avant tout ses talents de vocaliste, elle utilise sa voix pour incarner des paysages, des personnages, des émotions, une certaine sensibilité que l’on peut toucher du doigt à tout moment. Avec son acolyte partenaire musical depuis sept ans, Ulf Wakenius, guitariste à la finesse et à la technicité sans faille, elle entraine notre imagination vers ses univers variés et attendrissants par leur réalisme et leur richesse musicale.

La voix cristalline de l’artiste impressionne par sa puissance, sa douceur et surtout par sa palette de timbres. Youn Sun Nah peint ses propres tableaux musicaux, retranscrit des scènes et paysages par la maîtrise de son appareil vocal et par sa gestuelle, en totale adéquation avec la sémantique des morceaux interprétés, propres compositions ou reprises. Elle peut imiter le vent du Mistral et l’arrivée de la tempête, nous dessiner les différentes couleurs de la mer puis nous transporter vers de nouveaux horizons. Chaque morceau est l’occasion unique de plonger le public dans un nouvel univers. Youn Sun Nah impressionne aussi par ses passages très rapides du grave à l’aigu, par ses crescendo et decrescendo puissants et sa facilité à déployer un éventail d’humeurs contrastées. Ulf Wakenius incarne avec justesse chaque univers, grâce à son talent d’arrangeur et d’improvisateur. Dans « Ghost riders in the sky », ses glissando joués au verre rappellent l’univers des westerns américains et son improvisation sur « Momento Magico »  nous fait voyager et rêver de contrées lointaines.

Cette formule acoustique dépouillée est peut être un moyen pour les deux musiciens de se dévoiler plus librement. Leur complicité se ressent sur scène par des regards tendres et des dialogues sonores parfaitement orchestrés. Leurs échanges sont tantôt homophones, tantôt contrastants, entrainant toujours l’émotion.

Acclamés par une foule de spectateurs comblés à la fin du spectacle, ils reviennent sur scène pour interpréter « Avec le Temps », faisant résonner avec justesse et beauté la poésie de Léo Ferré. Un moment émouvant, laissant couler quelques larmes. Un deuxième rappel a lieu, Youn Sun Nah interprète, cette fois seule, la chanson « Same Girl » de Randy Newman. Une berceuse pour, tout en douceur, nous dire au revoir, et on espère, à très bientôt.

Visuels : © Sung Yull Nah et © Stéphane Barthod

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Delphine Habert