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[Live Report] Barrière Enghien Jazz Festival, Tiken Jah Fakoly et Marcus Miller, chaleur du reggae et exaltation flamboyante du jazz fusion

[Live Report] Barrière Enghien Jazz Festival, Tiken Jah Fakoly et Marcus Miller, chaleur du reggae et exaltation flamboyante du jazz fusion

30 juin 2015 | PAR Marie Charlotte Mallard

Ce dernier week-end de juin, le barrière Enghien jazz festival continuait d’explorer les frontières du jazz et de la soul et mettait à l’honneur l’ouverture et la mixité sur la grande scène du lac avec deux concerts gratuits, Tiken Jah Fakoly samedi puis Marcus Miller dimanche. A travers ces deux artistes c’est donc le continent africain qui était mis à l’honneur via le reggae revendicatif de Tiken et le projet Afrodezia de Marcus Miller né de sa collaboration avec l’Unesco autour de la route des esclaves.

Le soleil était au rendez-vous tout le week-end pour accueillir les spectateurs à l’occasion des deux grands concerts de fin de festival. Un soleil de plomb qui ne manquera pas de nous permettre de nous emporter un peu plus loin encore au cœur du continent africain, largement mis à l’honneur par les deux artistes. Samedi soir, la tendance était donc au reggae et à la poésie libertaire de Tiken Jah Fakoly. En première partie une jeune groupe issu du 92, Jahneration  qui mêle dub, légère nuances de rock avec l’électrique des guitares, un peu de caraïbe et de Jamaïque.

Très attendu, Tiken Jah Fakoly, représentant emblématique de la culture africaine, militant d’une Afrique libre et unie, pourfendeur des dictateurs et du néo-colonialisme, arrive sur scène en tenue traditionnelle et déclenche irrémédiablement les cris du public. Comme pour calmer l’ardeur des spectateurs et asseoir son autorité, il débutera par un de ses titres les plus calmes, Alou Maye. Après avoir remercié l’assistance d’être venu en nombre, et salué sa mixité, il enchaîne sur L’africain, une chanson portant aux nues le mélange des cultures du continent berceau de l’humanité. Un titre qui nous rappelera Africa, hymne à une Afrique libre et unie. C’est avec Ouvrez les frontières qu’il poursuivra, expliquant par la même les critiques qu’il a pu essuyer avec ce titre, rappelant qu’il ne souhaite pas la désertion de l’Afrique comme cela a pu lui être reproché mais qu’au contraire il revendique l’Afrique. Aussi rappelle-t-il en disant « Ils nous ont pris nos plages, ils nous ont pris nos terres et nous laissent d’autre choix que d’embarquer en mer » que la fuite de l’Afrique, et l’arrivé de migrants n’est à son sens aujourd’hui qu’une conséquence du neo-colonialisme. Un titre qui de fait n’est pas sans faire écho à la situation des migrants de Calais où de La Chapelle. C’est tout naturellement qu’il glissera sur Plus rien ne m’étonne, chanson qui évoque le partage arbitraire du monde par les puissants, et la délimitation despotiques de frontières, ne prenant en compte ni la population, ni l’histoire des terres. Tiken Jah en véritable électron libre parcourt la scène en tous sens, dansant, sautant à tout va. Chacune de ses chansons anime le public et les messages délivrés entre les titres ne manquent pas de requérir l’approbation de la foule. Les titres s’enchaînent par ailleurs très vite, ainsi entend-on Le prix du paradis extrait de l’album Dernier appel, puis comme une suite logique, Les martyrs et son fameux « Ils ont oubliés…. Qu’ils avaient tués, qu’ils avaient pillés …. ». Il offrira un final explosif et tonitruant en combinant trois de ses titres les plus populaires, Dernier appel, Françafrique et son « blaguer-tuer », puis clôturera sur  « Y’en a marre » et enflammera une dernière fois l’auditoire.

Après cette pause reggae, retour vers le jazz et la funk avec dimanche le concert du bassiste Marcus Miller. En première partie les Shaolin Temple Defenders propageront leurs ondes funk, entre reprises tel que le célèbre This is a man’s world et créations personnelles empruntent de Hip-Hop. Le public est réceptif au mélange et aux réminiscences d’Earth Wine and Fire qui en fin de journée ne manquent pas de faire danser la foule.

C’est après avoir collaboré avec l’unesco autour d’un projet sur la route des esclaves que Marcus Miller sort Afrodezia, un opus ou le jazz se mêle autant aux sonorités africaines que cubaines, ou  encore caribéennes. C’est sous de chaleureux applaudissements que débute Marcus Miller avec le titre Hilife, porté par une légèreté azurée et flûtée, empreint d’une douce funk que lui confère d’ailleurs la basse. Un titre proprement africain, par le chant ethnique nigérian qu’il propose. Un premier titre qui sera l’occasion d’une petite présentation musicale de son groupe, chaque instrumentiste s’illustrant dans des chorus tous aussi vitaminés les uns que les autres. Le public est réceptif et les improvisations ahurissantes déclenchent indubitablement cris et applaudissements. C’est avec un standard de la Motown, Papa was a Rolling Stone dont dont il apprécie particulièrement voire même amoureusement la ligne de basse, que Marcus poursuivra et où il s’illustrera d’un énorme chorus. Puis nous partons de l’Amérique et de ses côtes pour voguer au loin et débarquer sur le continent africain, avec le terrien et aérien B’s River. Cette fois ce sont les percussions qui sont mises en lumières et apportent la chaleur des contrés sénégalaises, et maliennes. Un titre, plus méditatif qui donnera lieu à une battle d’improvisation entre Marcus Miller et son guitariste. Le périple musicale et historique nous emmènera ensuite du côté de Trinidad avec Son of Mac Beth puis cuba avec le plus latins, We Were there avant de rendre hommage aux récentes victimes de la discrimination et de rappeler que le combat des ancêtres est toujours d’actualité. Le bassiste prendra ensuite la clarinette basse, instrument par lequel il a débuté la musique pour donner Preacher Kid, un titre plein de spiritualité et de propice à la communion. Voilà que sonne déjà la fin du concert, mais le public apparaît totalement sous le charme aux vues des nombreux applaudissements.

Aussi, c’est avec un rappel géant que Marcus quittera la scène. En effet, il nous gratifiera d’un set de plus d’un quart d’heure, une explosion d’improvisation,  un véritable moment de cohésion entre musicien comme avec le public. Une fin de festival où la mixité était à l’honneur, une fin d’après-midi musicale qui opère comme un souffle de liberté, surtout de vitalité, de jolies notes ensoleillées.

© Pascal Thiébaut – Toutes ses photos ICI

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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