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[Live report’]: Barrière Enghien Jazz Festival, de la douceur d’Agathe Iracema à la ferveur de Dee Dee Bridgewater

[Live report’]: Barrière Enghien Jazz Festival, de la douceur d’Agathe Iracema à la ferveur de Dee Dee Bridgewater

26 juin 2015 | PAR Marie Charlotte Mallard

Hier soir s’ouvrait la 16ème édition du Barrière Enghien Jazz Festival avec au programme la jeune franco-brésilienne Agathe Iracema, mais surtout la grande et inimitable Dee Dee Bridgewater, qui pour l’occasion, nous présentait le fruit de sa collaboration avec le trompettiste natif de la Nouvelle Orléans, Irvin Mayfield et son groupe the New Orleans 7. Une soirée où le jazz fut aussi doux que fou, aussi délicat qu’extravagant.  

Si l’on devait trouver un point commun entre Agathe Iracema et Dee Dee Bridgewater outre leur répertoire, ce serait la facilité avec laquelle elles s’emparent de la salle, chacune avec son propre style. Ainsi, la douceur, la tendresse et l’élégance d’Agathe, séduisent et ravissent autant le public que l’exubérance, le sel comique et la puissance de Dee Dee Bridgewater le transportent.

A peine arrivée sur scène, Agathe séduit par sa grâce et sa beauté comme le lui fera remarquer le public, répondant à son compliment. C’est avec le classique I’ve got a Crush on you de Gershwin, enregistré sur son premier album Feeling Alive qui mêle standards et compositions personnelles, que la jeune artiste débutera le concert. Un titre qui nous laissera apprécier la souplesse vocale, le timbre à la fois suave et claire de la jeune femme, ses graves pleins et affirmés comme ses aigus délicats et raffinés qu’elle laisse finement résonner abaissant la nuance pianissimo toujours plus loin. Elle enchaînera avec My one and only love, standard de Guy Wood et Robert Mellin repris par toutes les grandes voix du Jazz, de Ella Fitzgerald à Sarah Vaughan en passant par Franck Sinatra, George Benson ou encore Chet Baker. Tendre balade sentimentale, slow que la belle transformera avec un tempo plus allant apportant par la même au titre une touche d’exotisme. A la faveur de ses racines brésiliennes c’est tout naturellement qu’elle interprétera Favela dans sa langue paternelle, puis une de ses compositions Got Loss. Un titre à l’allure alanguie qui nous permettra d’apprécier ses graves sensuels, son large éventail de couleur et l’aisance de la jeune chanteuse. Elle clôturera cette première partie avec Softly as a morning sunrise, de Sigmund Romberg et Oscar Hammerstein II, ré-arrangés ici par J.S Jimenez, à la rythmique sautillante et rebondie. En bis, comme pour enjoindre le soleil à accompagner le festival elle interprétera une nouvelle fois une composition brésilienne. Sa fraicheur, son élégance et sa simplicité ne manquera pas de charmer le public.

Après l’entracte, place à l’inimitable Dee Dee Bridgewater qui avec son nouvel album -dont le jeune trompettiste Irvin Mayfield est à l’origine- rend hommage au berceau du Jazz, la Nouvelle-Orléans. Irvin Mayfield et The New Orleans 7 arrivent sur scène et nous embarquent en quelque notes à peine dans cette mythique ville de Louisiane, nous gratifiant au passage de chorus décoiffant en guise de présentation de chacun des instrumentistes. De chaleureux applaudissements accueilleront une Dee Dee rayonnante, énergique qui plus qu’un concert ce soir nous a offert un véritable stand up musical, tant elle fit preuve d’un humour débordant. Une liberté de ton, de parole et de mouvement qui permit une sublime interaction, un moment de cohésion et de partage décomplexé. Après une présentation à la fois pleine de charme et d’autodérision de ses musiciens, la diva enchaine avec le premier titre, One fine thing, titre récent d’Harry Connick Jr, auquel elle confère un côté rétro made in New Orléans et dont les graves moelleux, sensuels et légèrement rauques séduisent immanquablement. Un premier titre dont les improvisations donnent à entendre toute l’étendue et majesté de sa voix, la diva maniant les sauts d’octaves à la perfection. N’oublions pas les instrumentistes qui nous enflamment tous les uns à la suite des autres par des improvisations époustouflantes. Elle poursuivra avec une composition de Duke Ellington, popularisé par Mahelia Jackson Come Sunday. Place ici aux sensibles vocalises qui laisseront penser que sa voix semble extensible à l’infini. Basin Street du nom d’une des rue de la Nouvelle-Orléans sera le théâtre des chorus les plus déments, et le témoin de l’immense liberté de Dee Dee comme de l’absolue complicité qu’elle entretien avec Irvin Mayfield et ses musiciens. Ainsi, l’artiste montrera à quel point le jazz est intrinsèque à sa personnalité, à quel point il l’habite, imitant tour à tour trombone, et trompette, et défiant de la voix ses instrumentistes. Rien ne semble pouvoir arrêter Dee Dee de faire le show et le public se régale autant de la qualité musicale qu’il se délecte de ses extravagances. Elle poursuivra ses exubérances musicales avec Big Chief de Dr John, figure musicale emblématique de la ville et emportera définitivement l’adhésion du public.

Porté par la ferveur des artistes, l’on oublie le temps qui passe à tel point que l’on est surpris lorsqu’arrive ces derniers titres. Alors qu’Irvin souhaite lui faire chanter un titre qu’elle n’a jamais interprété sur scène et seulement enregistré il y a longtemps Dee Dee fait part avec humour au public de son manque d’engouement à cette perspective. Pour marquer son refus, elle entonne Bad, de Jackson que les musiciens s’empressent de reprendre brièvement le temps d’un refrain et choisi finalement de donner What a Wonderfull world. A cette occasion, elle s’installera sur le devant de la scène, faisant venir sa fille à ses côtés, s’allongeant et posant sa tête sur celle-ci. Une interprétation bouleversante d’émotion, un moment d’intimité entre mère et fille dont la tendresse outrepassera leur bulle pour se transmettre au public. C’est sur le tonitruant Treme song que se clôturera le concert, dont l’énergie, la vivacité entraînera la salle à se lever tandis que les artistes descendront de scène pour investir les allées.

Une prestation d’une grande générosité, emplie de délires attachants autant qu’émouvant. Une ouverture conviviale donc pour le festival jazz d’Enghien qui donnera également à entendre ce soir Emilie Gassin et Hindi Zahra, puis en concert gratuit sur la scène du lac samedi soir, Tiken Jah Fakoly, et qui se clôturera par le concert de Marcus Miller dimanche en fin d’après-midi en accès libre sur la scène du lac également.

© Pascal Thiébaut, toutes ses photos ici

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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