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[Interview] Melody Gardot revient avec son quatrième album, « Currency of Man »

[Interview] Melody Gardot revient avec son quatrième album, « Currency of Man »

01 juin 2015 | PAR Delphine Habert

Trois ans après son album The absence, la chanteuse, compositrice et poly-instrumentiste Melody Gardot revient avec un quatrième album en studio, Currency Of Man, qui sort aujourd’hui. Elle a pu  consacrer quelques minutes à Toutelaculture lors d’un passage à Paris.

Quelle a été votre première expérience musicale marquante en tant qu’auditrice, dès votre plus tendre enfance ?

Melody Gardot : C’était probablement ma mère qui me chantait des chansons quand j’étais bébé. Elle m’a appelé Melody parce qu’elle chantait pour moi quand j’étais dans son ventre.

Quel type de chansons ?

M.G. : Je ne sais pas, j’étais dans son ventre.

Quelles sont les personnes qui vous inspirent le plus dans votre travail ?

M.G. : J’ai la chance d’être entourée de grands artistes, des gens créatifs, qui sont très inspirants. Je pense qu’en tant qu’artiste on devient très vite fatigué de soi-même, on a ce besoin d’être entouré de choses stimulantes, tout le temps. Parfois c’est le silence, parfois c’est la ville, mais le plus souvent c’est d’être en présence d’artistes qui voient ce que l’on fait, pour nous encourager ou nous dire avec honnêteté que certaines choses sont mauvaises. Il n’y a aucun mal à avoir cette forme d’honnêteté, ce qui compte c’est le respect. En disant qu’une œuvre est bien ou mal, cela permet d’évoluer, de s’influencer l’un l’autre, et j’aime ça. Que ce soit des musiciens, des peintres, ou autre, qu’importe. Si un ami restaurateur me demande de tester ses plats, c’est mon job d’être honnête avec lui et de lui dire ce que je pense vraiment.

En voyageant, vous devez faire beaucoup de rencontres, découvrir de nouvelles cultures, cela aussi vous inspire ?

M.G. : Oui, c’est vraiment très inspirant. J’étais à Oman en janvier, et je sais que je voudrais faire un projet en arabe, ce serait génial, j’adore les mélodies de là-bas. Ils m’ont entendu chanter et m’ont dit que je pourrais chanter en arabe, je ne parle pas un mot mais ils veulent m’aider. J’aimerais travailler avec un poète arabe et commencer à écrire sur ce que j’ai vu à Oman, j’ai vu les choses les plus belles qui existent là-bas. Je me disais que la vie est vraiment belle, j’ai beaucoup de gratitude par rapport à ce que m’apporte la vie dans ces moments -là.

Quand vous composez une chanson, commencez-vous par écrire les paroles ou la musique ?

M.G. : Je fais tout en même temps : la mélodie, les paroles, le rythme, tout à la fois. Sauf quand il s’agit de poésie. Les poèmes peuvent prendre du temps à être mis en musique. Mais habituellement tout vient en même temps, c’est une sorte de package.

Dans votre dernier album, Currency of Man, vous avez composé et écrit tous les morceaux ?

M.G. : Oui, mais deux chansons ont été coécrites. J’ai composé le morceau « Preacherman » avec mon batteur. On était en train de discuter, autour d’une bouteille de vin et nous pensions à quelque chose de très choquant. On était juste ensemble et on a écrit. Les gens se voient le vendredi soir pour boire des coups, aller dans des bars ou des boîtes et boire, ils sortent. Les compositeurs de chansons se retrouvent aussi, jouent de la musique, boivent ensemble, c’est une sorte de communauté. C’est dans ce contexte qu’on a écrit « Preacherman ». Pour l’autre morceau, Jesse Harris, qui est un grand ami écrivain, est venu me voir avec une autre amie, on a essayé d’écrire quelque chose.

Dans cet album, qu’est ce que vous avez voulu transmettre, quel message avez vous voulu faire passer ?

M.G. : En tant qu’écrivain, vous écrivez d’abord pour vous-même, et ensuite vous ouvrez les pages de votre journal pour le montrer à quelqu’un. Vous créez d’abord quelque chose pour vous-même, parce que vous essayez de comprendre quelque chose, que ce soit de l’amour, de la compassion ou une simple histoire. Vous écrivez parce que vous ressentez. De vos émotions vous commencez à composer et puis… ça sort ! Et dans ma vie, récemment, j’ai voulu écrire des histoires sur les gens qui m’entourent, sur leurs vies. Je voulais écrire sur la beauté de ces vies, sur ces personnes qui, aux yeux de notre société, ne sont généralement pas admirés pour ce qu’ils font. Ce qu’est cet album est une collection de chansons qui sont une sorte d’hymnes à ces personnes. C’est basé sur leurs histoires, mais je ne les nomme pas, et de toute façon c’est impossible de décrire leur histoire entière dans une seule chanson. Je regarde simplement différentes facettes de leur existence et les commente. Ce n’est pas politique, ce sont simplement des histoires. Bien sûr, je parle de sujets forts, mais j’exprime simplement mon point de vue.

Vous vous inspirez du jazz, de la soul, de la musique classique mais aussi du blues dans cet album. Le blues est omniprésent, à travers l’harmonie, mais aussi ces petites touches instrumentales qui arrivent méticuleusement…

M.G. : En écoutant l’album j’entends les personnes qui y ont contribué, cette énergie, je ressens tout cet amour. Ce n’est pas l’album d’une personne, c’est un peu comme un bébé, une explosion d’amour. Je suis très honorée d’avoir travaillé avec les musiciens de l’album, nous avons tous placé la barre très haute, je suis très exigeante, et ils aiment faire des choses de qualité.

Vous avez déjà collaboré avec Larry Klein sur l’album My One and Only Thrill. Comment cette nouvelle collaboration est née ?

M.G. : On s’est vu à Paris, il y a un an et demi, par hasard, on était dans le même hôtel, on est juste tombé l’un sur l’autre. Il travaillait sur un projet, j’étais aussi très occupée, on a échangé sur nos projets, nos vies et je lui ai juste dit que je voulais enregistrer un album, on a simplement parler des possibilités de travailler ensemble à nouveau. La vie est comme ça, je pense que les bonnes personnes apparaissent dans la vie au moment où on en a besoin. C’est comme pour Maxime et Clément, je les ai rencontré sur un projet autour de Nina Simone et je me suis dit « ce sont eux ! », je les ai rencontré au moment où j’avais besoin de les rencontrer, je crois beaucoup en ce flow. Je n’essaye pas de planifier ou de forcer les choses, j’attends que les bonnes choses arrivent.

Êtes vous inspirée par la musique de films ?

M.G. : Je suis inspirée par la musique qui « coule », et très souvent, ce style de musique n’est disponible que sur des bandes originales de films, parce que plus personne ne fait de musique comme ça aujourd’hui. Quand j’achète un album, je l’écoute du début jusqu’à la fin. Je veux savoir ce que l’artiste a réalisé, de bout en bout. Je n’achète jamais un morceau seul, ce n’est pas ma manière d’écouter de la musique. Je voulais faire un album comme une bande originale de film, de sorte que l’auditeur puisse voire un film se dessiner sous ses yeux quand il l’écoute.

En jazz, et dans la musique en général, les femmes ont tendance à être sous-représentées. Comment vivez-vous votre statut d’artiste en tant que femme ?

M.G. : C’est génial ! Bien sur, il y a plus d’hommes que de femmes musiciennes, mais certaines se détachent, je pense à Esperanza Spalding par exemple. Dans mon groupe, je préfère travailler avec des hommes parce que ma personnalité s’adapte mieux à celle des hommes. Avec eux c’est un équilibre sympa, et même si je suis très féminine, je travaille comme un homme.

Visuels : © Universal/LDD

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Delphine Habert

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