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[Interview] Blandine Harmelin nous parle du Barrière Enghien Jazz Festival: « il faut tendre des ponts entre les générations, entre les styles et trouver l’harmonie »

[Interview] Blandine Harmelin nous parle du Barrière Enghien Jazz Festival: « il faut tendre des ponts entre les générations, entre les styles et trouver l’harmonie »

03 juillet 2014 | PAR Marie Charlotte Mallard

Après 5 jours de Festival, Blandine Harmelin Directrice du Barrière Enghien Jazz Festival revient sur sa programmation et nous explique sa vision jazz, son ouverture vers la soul et ses ambitions pour les années futures.  

blandine-Hermelin-theatre-du-casino-2-630x0Parlez-nous de cette 15e édition du barrière Enghien jazz festival, vous avez cette ligne directrice qui est l’ouverture à toutes les musiques venant du jazz, mais ne pensez-vous pas avoir un peu trop ouvert cette édition ? 

Il est vrai que c’est très « crossover », mais en même temps lorsqu’on regarde un à un les plateaux, ils ont tous une attache profonde avec le jazz, avec la couleur musicale du jazz. Ben l’Oncle Soul revisite les standards motown, voire jazz, parce qu’il est sur du Ray Charles également. Même s’il s’autorise certaines interprétations pop, c’est du relooking mais c’est du jazz. Pour ce qui est d’Ayo, elle est profondément soul, et même un titre comme Fire très hip-hop n’est pas une insulte au jazz. Je fais partie de ces personnes qui pensent que le hip hop provient du jazz. Avec Richard Bona la question ne se pose pas, encore qu’il a fait du flamenco.  Pour ce qui est de Jimmy Cliff, à cause des tubes interplanétaires on pense souvent à lui comme à un homme de variété, mais d’une part, c’est avant tout un reggaeman mais surtout ses sources sont jazz ! Quand vous écoutez Many rivers to cross, si ça ce n’est pas un titre jazzy ! Bien sûr on déborde comme tous les festivals. Il y en a d’ailleurs qui vont beaucoup plus loin que moi. Nous, nous avons une ligne très soul.

Cette ouverture n’émerge-t-elle pas aussi de l’envie de rendre l’évènement plus populaire en opposition au festival de jazz aux programmations très orientées et très instrumentales ?

C’est vrai que l’évènement a été scénographié pour être éclaté dans toute la ville avec des concerts gratuits. Forcément, cela sous-entend qu’il faut séduire les gens très vite pour qu’ils aient envie de rester. Mon axiome était de faire uniquement du vocal, parce que je suis venue au jazz comme ça. Toutefois, je mets la barre très haute, je veux des artistes de grande qualité pour inciter les gens à creuser. Il y a de somptueux musiciens, tous très professionnels et un point important pour moi était qu’il y ait à 80% de compositions et très peu de reprises. Le but est de s’ouvrir au grand public, mais pour amener le grand public à consommer plus.

Pourquoi se contenter du vocal et ne pas laisser une petite place à l’instrumental?

Il est vrai que cela manque, et j’ai donc pour ambition d’ouvrir un nouveau plateau uniquement instrumental, à l’amphithéâtre à côté. Quand je dis que je n’en fais pas du tout, il faut quand même nuancer, il y en a un peu, puisqu’il y a des groupes entre deux, du swing manouche ect… mais c’est vrai qu’une scène instrumentale manque, c’est l’ambition pour l’an prochain.

De manière générale dans votre programmation on a toujours de grands noms, des artistes plus que confirmés (Maceo Parker, Niles Rodgers ect…), et de très bonnes premières parties ou un très bon off avec de jeunes artistes, c’est important pour vous de faire rayonner la nouvelle scène ?

Il y a une phrase que je dis souvent : « il faut tendre un pont entre les générations et entre les styles ». On ne peut pas s’ouvrir à tous les courants sans s’ouvrir à la nouvelle génération, c’est impossible. C’est eux qui nous montrent le chemin, en effet, ils ont digéré toute cette musique qu’ils ont apprise, dont ils se sont imprégnés comme des éponges.  C’est comme ça que les mariages se font et que la musique évolue. C’est comme ça souvent dans le théâtre, quand vous aviez Pierre Mondy qui faisait appel à Christian Clavier c’était parce que la jeune génération amenait un sang neuf à l’ancienne génération.

Le festival a donc maintenant 15 ans, comment et pourquoi l’aventure a-t-elle débutée ? Quelle était l’idée de départ ?

Nous étions en renouvellement de cahier des charges. Il faut savoir qu’un casino ne peut s’ouvrir dans une ville que s’il a signé un cahier des charges avec celle-ci. Il doit apporter un certain nombre de choses dont un triptyque: de l’animation, du jeu et de la restauration et ensuite on passe un contrat avec la ville. La ville voulait un festival et nous avait fait savoir que dans le cadre du renouvellement, le concours s’ouvrait officiellement à tous nos concurrents ainsi qu’à nous. Il fallait donc qu’on crée un festival.

Il y avait un choix possible entre un festival de classique et un festival de jazz. C’est moi qui allais devoir œuvrer et je me retrouvais plus facilement dans le jazz. Pour créer ce genre d’évènement, on regarde également comment on va sténographier cela dans une ville, j’avais repérer des endroits, avec en ligne de mire le lac, même si nous n’avons pu le faire tout de suite. Il y avait déjà eu des festivals de la voix, un centre culturel se créait autour de la musique, je trouvais donc naturel de se positionner sur un festival de jazz. J’ai été pionnière dans le sens où j’ai très vite axé le festival sur la soul music, et la funk. Et depuis beaucoup d’autres festivals se sont ouverts, et ont pris les mêmes artistes. Aujourd’hui, ils se rendent vraiment compte que cela parle aux gens que cela fait partie de leur mémoire. Quand vous voyez des musiciens comme Nile Rodgers, son apport à la musique est indéniable.

Quelle notoriété a aujourd’hui ce festival ? Quels sont vos retours de la part des professionnels comme du public ?

La dernière remarque que j’ai eu est de quelqu’un qui tient un stand, elle m’a dit : «  ils sont venus, malgré la pluie, c’est qu’il y a du charme dans ce festival ! ». Vous savez, je crois qu’on a du succès que quand il y a une harmonie, entre les gens, les choses, quand tout est décliné en toute logique et harmonie. Un professeur de musique me disait qu’il fallait toujours viser l’harmonie. Cela peut être dans l’esthétique d’une programmation, l’esthétique dans la manière dont les stands et les espaces sont arrangés ect… On a réussi cela je pense, à trouver une cohérence.

Grâce à cela, je crois qu’on a de l’avenir, qu’on peut vraiment durer. Il y a de la crise c’est compliqué, mais j’ai l’impression que l’on correspond. Vous savez quand un artiste sort un tube, il devient tube parce qu’il correspond à une attente du public à un moment donné, alors que quelques mois plus tôt il serait passé inaperçu. Ce festival correspond à quelque chose que les gens attendaient. Je vous ai dit tout à l’heure que j’ai ouvert les portes de la soul music et il est vrai que c’est devenu un peu un festival de soul mais je ne vais pas renier le jazz qui m’a amenée à la soul music. Tout doit vraiment communiquer sans barrière, sans clivage. Je pense qu’on a de belles heures devant nous si on garde cette tendance, avec des gens qui émergent tout en reconnaissant ceux qui ont tracé le chemin, et continuant d’écouter le public.

Pour l’édition 2015 que pouvez-vous nous annoncer, qu’est -ce-qui se dégage ?

J’ai quelques idées dans les jeunes générations. Il y a des jeunes artistes que je n’ai pas pu passer cette année et que je passerais l’an prochain, mais pour le reste non il est encore un peu tôt.

Une idée des gens que vous rêveriez d’avoir ?

Mon grand rêve – mais elle ne viendra jamais –  ce serait Aretha Franklin, Shirley Bassey j’aimerais beaucoup également. Mais tant d’autres, j’ai des tonnes de gens en tête, des artistes fabuleux, Keith Jarrett, Wynton Marsalis, mais j’en ai eu tellement déjà, j’ai eu énormément de la chance. Ibrahim Maalouf, très clairement aussi, j’aurais déjà beaucoup aimé l’avoir cette année, mais nous n’avons que 5 jours, j’ai dû faire des choix. Avec Ibrahim, je sais que je peux remplir deux salles sans problème, on sent qu’il y a un supplément d’âme dans sa musique.

Visuel: Blandine Harmelin / Capture écran

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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