Chansons
Brad Mehldau à la Philharmonie: les Beatles sublimés par un grand du jazz

Brad Mehldau à la Philharmonie: les Beatles sublimés par un grand du jazz

21 septembre 2020 | PAR Lise Lefebvre

Le pianiste américain a clôturé en beauté le week-end Beatles à la Philharmonie, entrelaçant délicatement les rythmiques du jazz aux mélodies des Fab Four.

La grande salle Pierre Boulez est, pour ainsi dire, pleine, malgré l’épidémie, en ce dimanche qui sent encore bon l’été. Brad Mehldau s’avance dans la douche de lumière où l’attend le Steinway, salue, et attaque sitôt assis. Après un début nettement jazzy auquel se greffent subtilement des variations sur le refrain de I am the walrus, le pianiste développe la cellule rythmique initiale de Your mother should know en un swing qui réchauffe la salle d’emblée. Suivent un I saw her standing there qui lie intimement, en les superposant, les harmonies pop et les syncopes jazz, histoire de rappeler, au passage, les racines profondes du genre qui a conquis l’Occident dès les années 50. Dans For no one, la simplicité poignante de la mélodie, saisie dans les aigus, est sublimée par le contraste avec les notes descendantes de la basse, avant de s’épanouir et d’éclater dans un moment de free jazz éblouissant. Cette sobriété ciselée, cette liberté, on les retrouve dans Baby’s in black, où le rythme ralenti exalte la ligne de chant. Le public est totalement sous le charme de Brad Mehldau, qui joue les yeux fermés, l’oreille tendue vers le clavier, dans une symbiose constante avec son instrument.

La suite du concert déploie les mêmes merveilles, dispensant rigueur et folie à doses égales, sans qu’on oublie qu’on est en train d’écouter les Beatles. Et même au coeur des impros les plus échevelées, qui n’interviennent jamais gratuitement, c’est la structure qui prime; ainsi dans Maxwell’s silver hammer, où l’exposé de la mélodie principale vient encadrer les variations, un peu comme chez Bach. Bach que l’on retrouvera, incidemment, à la fin de A rose for Emily que le pianiste offre en bis. Mais peut-on parler de bis quand ce sont huit pièces qui s’enchaînent, pour la plus grande joie d’une salle enthousiaste ? Dans un français sans fautes, Brad Mehldau annonce et présente chacune d’elles, non sans avoir dit sa gratitude à tous; toujours soucieux de faire le lien avec la carrière des Beatles et ceux qu’ils ont inspiré, il passe de Paul McCartney à Billy Joel, avec, en cerise sur le gâteau, un Life on Mars splendide, baroque, élargi jusqu’à prendre une dimension symphonique. Passé à sa langue maternelle, Brad Mehldau déclare au public « It’s great to feel you », avant de remercier à nouveau. Avec l’humilité des plus grands.

Pour retrouver le concert en captation vidéo, c’est ici.

Et pour (re)découvrir une autre facette du pianiste, on recommande l’écoute de Round Again, le disque qu’il a enregistré avec quatre autres jazzmen de grand talent, dont le saxophoniste Joshua Redman (sortie juillet 2020).

 

 

 

Crédit visuel: ©Lise Lefebvre

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