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Anne Paceo : « Dès qu’il y a une émotion, il y a de la musique qui jaillit ! »

Anne Paceo : « Dès qu’il y a une émotion, il y a de la musique qui jaillit ! »

02 mars 2020 | PAR Geraldine Elbaz

Créée en 1954 par Eddie Barclay, la revue Jazz Magazine fête ses 65 ans avec Women in Jazz, un festival 100% féminin et une belle programmation en perspective : du 19 au 21 mars 2020, la 5ème édition du Jazz Magazine Festival nous offre le temps de 3 soirées 5 concerts mettant à l’honneur jeunes talents et artistes confirmés de la scène jazz. Nous avons rencontré pour l’occasion la batteuse émérite Anne Paceo, qui donnera un concert en sextet à l’Alhambra le 20 mars et nous présentera Bright Shadows, son nouvel album.

Bonjour Anne, vous avez 35 ans, 6 albums à votre actif, vous parcourez le monde qui vous inspire musicalement, vous participez à de nombreux festivals de jazz, vous raflez tous les prix, et vous avez été élue encore une fois Artiste de l’année aux Victoires du Jazz 2019, mais quel palmarès ! Un petit mot sur votre parcours hors normes?

Je ne sais pas si mon parcours est « hors normes ». J’ai une sorte de détachement par rapport à tout ça. Mon chemin est guidé par mes rêves et mes envies et je ne pense pas en terme de carrière ou de palmarès. Alors évidemment ça fait très plaisir de recevoir des récompenses mais je me remets tout le temps en question, je travaille beaucoup, je me demande toujours comment faire mieux, et ces prix sont pour moi des occasions de jouer plus, d’écrire plus, d’avancer, de continuer à réaliser mes rêves, et d’être heureuse.
Cela me donne aussi plus confiance en moi, et ça me conforte dans le fait que le chemin que je prends – rester fidèle à moi-même – est le bon et que je n’ai pas besoin de faire des trucs « commerciaux » pour que ça marche.
Tout s’est fait assez naturellement sans que j’aie à me poser mille questions finalement. Je crois aussi à ma bonne étoile, j’estime que j’ai beaucoup de chance dans tout ce qui m’arrive.

Vous participez au prochain Jazz Magazine Festival – Women in Jazz – avec un concert très attendu le 20 mars à l’Alhambra, comment s’est créée cette opportunité de participer à ce festival?

Cela faisait deux ans qu’on en parlait avec l’équipe du Jazz Magazine, ce sont des gens que j’adore, comme Fred Goaty par exemple et qui m’ont toujours soutenue, depuis le début. Jusque là ça n’avait pas pu se faire pour des questions d’agenda et donc je suis ravie de le faire cette année !

Parlez-nous de votre dernier album Bright Shadows, pour lequel vous « chantez votre poème au monde ».

Bright Shadows est un disque que j’ai mûri pendant un peu plus de deux ans, peut-être trois, il est habité de toutes les histoires, problématiques, questionnements qui m’ont traversée pendant l’écriture, la question migratoire, le colonialisme, le temps qui passe, les histoires d’Amour … Ça a été une période très forte, et émotionnellement riche. Et chez moi, dès qu’il y a une émotion, il y a de la musique qui jaillit.
Bright Shadows est dans la continuité de Circles mais j’ai voulu pousser le bouchon autant du côté des textes que du côté « musique sans frontières » en cassant les barrières des styles musicaux et en faisant appel à des chanteurs et musiciens qui viennent d’horizons très variés. En ce sens je trouve que c’est l’album qui me ressemble le plus, et j’ai eu vraiment l’impression de me mettre à nu. Donc je me suis mis une grosse pression. Les précédents albums avaient très bien marché et je ne voulais pas « décevoir ».
Au final je suis très heureuse de l’accueil qu’il a eu.

Vous composez à partir d’onomatopées, pas à partir du rythme?

Oui, je pars toujours de la mélodie et j’ai toujours composé en chantant des onomatopées qui parfois restent telles quelles et qui parfois deviennent des paroles. Dans le morceau Contemplation par exemple, ça part de « sama sama yéhé » et c’est devenu « summer summer’s here ». Sur cet album j’ai fait appel à Marion Rampal, Sandra Nkaké, Diana Trujillo et Florent Mateo pour écrire les textes. Je leur ai demandé de partir de mon « yaourt » et de lui donner un sens. Pour l’écriture je leur raconte mes histoires, je leur explique ce que j’ai vécu, ce que j’ai ressenti, ce qui m’a amené à écrire ce morceau, ce que j’ai envie de raconter,… pour qu’ils puissent trouver les mots justes.
J’aime bien aussi les onomatopées, qui ont d’une certaine manière un pouvoir magique. Par exemple dans Bright Shadows, il y a un morceau qui s’appelle Nehanda et dont les « paroles » ne sont qu’onomatopées, comme une langue imaginaire. Nehanda était la figure de proue de la lutte anti-colonialisme au Zimbabwe mais c’était aussi une medium. Et donc ça faisait sens de créer une langue imaginaire, incantatoire pour ce morceau.
J’aime bien avoir des morceaux sans paroles car chacun donne le sens qu’il veut, il y a plus de liberté d’interprétation. Les paroles peuvent forcer une émotion car elles donnent une direction.

La liberté est une valeur forte pour vous?

Dans mon métier, il y a quelque chose de très libre, je choisis les gens avec qui je travaille, je voyage partout, je vis souvent dans ma valise, je rencontre plein de monde. Donc oui il a un rapport fort à la liberté. Et puis j’essaye de mener ma vie librement et de me libérer des carcans que la société, l’histoire ou les religions nous imposent.

Avez-vous réservé des surprises à votre public pour le 20 mars?

Je me suis posée la question sur les surprises ! A chaque concert parisien on a eu des invités, des danseurs ou musiciens extérieurs. Avec le groupe, on tourne depuis plus d’un an et c’est de plus en plus fou et beau ce qu’il se passe sur scène. Et là, vu qu’à priori ça sera notre dernière date parisienne j’ai envie de retourner à l’essence, à la musique pour la musique, au groupe pour le groupe et je pense qu’en soi ça sera une surprise car le collectif a énormément progressé. Il y a un truc un peu magique qui se passe sur scène entre nous, et qu’il n’y avait pas au début. Et rien que ça, c’est incroyable.

Souhaitez-vous nous parler des artistes féminines qui composent ce festival? Natasha Rogers, la fratrie Abraham (Abraham Reunion), Leila Martial, Terez Montcalm?

Je ne connais pas personnellement Terez Montcalm mais je connais très bien Cynthia Abraham qui remplace parfois Ann Shirley sur Bright Shadows. C’est une grande chanteuse et bosseuse ! Je connais très bien aussi Leila Martial puisqu’on a enregistré et tourné mon 4e album Circles pendant 4 ans. J’adore son trio et sa liberté.
Natasha Rogers je la connais moins, mais c’est vraiment une super musicienne et percussionniste.
C’est une très belle programmation! Je vais d’ailleurs essayer d’aller écouter les copines pendant le festival.

Que peut-on vous souhaitez pour 2020?

D’écrire de la belle musique, de faire de beaux concerts, de continuer à tourner dans le monde entier, de rencontrer de belles personnes, de faire de beaux albums, qui touchent l’âme, et surtout beaucoup de bonheur et d’amour ! (Rires)
Pour moi le but de la musique est avant tout de provoquer des émotions et j’espère que cela sera le cas pour mes prochains concerts et albums, même si on ne peut pas le prédire.
Le 23 mai je jouerai à Coutances pour Festival sous les pommiers où je suis résidente, et je présenterai ma prochaine création S.H.A.M.A.N.E.S. L’idée c’est un voyage onirique entre le réel, l’imaginaire et l’au-delà. J’écoute pas mal de musiques de cérémonies chamaniques pour écrire, je m’inspire de cette énergie, du rapport entre la voix, le corps et les tambours, des transes que cela provoque. L’aspect thérapeutique est aussi intéressant, troublant.
Chacun de mes disques est un peu comme un carnet intime et raconte des périodes de ma vie. Là j’ouvre un nouveau chapitre…
La musique a toujours été dans ma vie, et pour moi jouer de la batterie et écrire, c’est comme mon foyer, mon pilier, ma base, la constante dans ma vie pleine de changements !

Interview avec Anne Paceo, dans le cadre du Jazz Magazine Festival
Women in Jazz
Du 19 au 21 mars 2020

Réservations L’Alhambra 

Visuel : ©Sylvain Gripoix 

La Corona-playlist (ultra-contagieux)
Un misanthrope joliment fidèle à Molière au Théâtre du Ranelagh
Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

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