Jazz

Un 37e Jazz sous les Pommiers ouvert sur le monde

Un 37e Jazz sous les Pommiers ouvert sur le monde

13 mai 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Hier, la trente-septième édition de Jazz sous les Pommiers a fermé ses portes sous la bénédiction des saints de glace. La chaleur était à chercher dans les salles et sur les scènes avec une nouvelle fois, une Anne Paceo au sommet.

Une édition record

Denis Le Bas, directeur du Théâtre Municipal de Coutances et du Festival Jazz sous les Pommiers, parle d’une « victoire collective » avec une « fréquentation record ». 94% de taux de remplissage et 41000 billets ont été émis. La période a été très marquée par les grèves SNCF et Air France auxquelles se sont ajoutées les annulations massives de trains en dehors du calendrier social, imposant une logistique folle. Les 350 bénévoles ont fait d’incessants trajets en voiture pour véhiculer les artistes et les professionnels. Le festival a pu avoir lieu, avec une « qualité et diversité des concerts dans des styles marqués ».

Effectivement, cette journée de clôture a été marquée par une définition large du Jazz.

14h30-Magic Miror -Madeleine et Salomon

En début d’après midi, Clotilde Rullaud et Alexandre Saada présentaient une version resserrée de leur album A woman’s journey, (2016 (Tzig’Art)). Elle à la voix et à la flûte, lui au piano et au Rhodes. Le concert est ponctué d’une vidéo, à aucun moment omniprésente, qui mêle de belles images rétros essentiellement en noir et blanc. Le casting est fou ici, composé des grandes voix des chanteuses américaines engagées : Nina Simone, Marlena Shaw, Billie Holiday, Joan Baez, Janis Joplin… Mais aussi Elaine Brown, la seule femme qui a dirigé les Black Panthers. Aucune volonté ici d’illustrer ni de raconter. Cette « Journey », ce voyage est une revisite réussie de l’exercice si classique du piano bar. C’est quand ils étirent et improvisent que le jazz explose.  « Mercedes Benz » de Janis Joplin devient blues, « At 17 » de Janis Ian prend des allures graves. Le résultat est ultra glamour sans perdre en exigence. Ils seront au Sunside le 16 juin 19h

15H45-Théâtre-Anne Paceo-Bright Shadows

« Anne Paceo a pris toute la place et toute la dimension de la résidence » nous confiait Denis Le Bas quelques heures après le concert. Celle qui succède à Airelle Besson a présenté en première  mondiale son nouveau projet : Bright Shadows.  Elle avait l’année dernière, également en clôture du festival, joué son alors dernier album, Circles et le futur Fables of Shwedagon. Bright Shadows sortira en janvier, avec des dates à suivre au 104 et à la Philharmonie.

La grande nouveauté est qu’Anne Paceo chante ici, rassurez-vous, dans délaisser sa batterie ! Postés en arc de cercle dans un geste égalitaire, Tony Paeleman (claviers) Christophe Panzani (saxophone), Pierre Perchaud (guitare), Florent Matéo (voix) et Ann Shirley (voix) ont déroulé ce futur album superbe. Les accents pop sont fréquents avec des refrains marqués. Elle ouvre sur « Le cri », une ode aux chemin des migrants, et avance vers des routes plus personnelles qui l’amènent à quitter son instrument pour venir chanter en avant scène en compagnie de « ses amis ». Les voix sont très fortes ici. Florent Matéo a la tessiture de Woodkid et Anne Shirley celle de Sandra Nkake. Pop et jazz, soul et hipser, Bright Shadows navigue dans des eaux de beauté et peu importe le style. Il y a un duo suspendu entre la batterie et le piano où les instruments changent de rôle. Le souffle est central dans ce groupe où les ensembles ne perdent jamais de vue les individus. Le sublime « Caille Silencio » laisse les poings battre sur les cœurs pour apporter une autre pulsation et les oiseaux de « Contemplation » résonnent encore longtemps après la fin de ce concert parfait qui a déchaîné le public.

18h-Cinéma-Mammal Hands
Le trio anglais originaire de Norwich a bien eu du mal à passer après le style Paceo. Jordan Smart au saxophone,son frère Nick Smart au piano et Jesse Barrett à la batterie et aux percussions ont pour l’essentiel déroulé leur Shadow Work sorti en 2017 chez Gondwana Records. Tout le concert ne fut qu’une boucle unique laissant peu de place à chacun et donnant la sensation d’une chorale uniforme. Un jazz bien trop classique.

22h15-Théatre-Trio Lopez/ Petrakis/ Chemirani
Voici le genre de rencontres que les Pommiers adorent provoquer. Voici du jazz international sans identité arrêtée. Ils sont trois, assis. Efrén Lopez à la Lyre crétoise et l’Oud crétois, Stelios Petrakis à vielle à roux, au lavta, à l’oud, à l’oud crétois et aux pédales, Bijan Chemirani aux percussions: zarb, daf, bendir, doira riq, pumkin.
Temps suspendu au cœur des Mille et une nuits, où se sont rencontrés tous les ports de la méditerranée sans les enfermer dans leur territoire. Leur album Taos est sorti en 2017 chez Buda Music. On ne sait plus si il faut les écouter où les regarder jouer tant les mains ici courent de façon virtuose.

Une façon merveilleuse de dire au revoir à Jazz sous les Pommiers et à l’année prochaine, du 25 mai au 1er juin pour une trente-huitième édition à suivre.

Visuels : ABN

Cannes 2018, Quinzaine des réalisateurs : « Joueurs », Tahar Rahim et Stacy Martin dans un drame électrique.
Cannes 2018, ACID, « Cassandro the Exotico » : Entretien avec Marie Losier, réalisatrice de tableaux vivants underground
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]