Musique

Jazz sur son 31 : Live Report Benny Golson

Jazz sur son 31 : Live Report Benny Golson

19 octobre 2011 | PAR Neil Saidi

Mercredi 12 octobre 2011, un des derniers « Giants » du Jazz, le saxophoniste Benny Golson, a enchanté le public de l’Altigone, salle de spectacle de la ville de St-Orens-de-Gameville, située dans la périphérie toulousaine. Le saxophoniste était entouré de trois musiciens non moins exceptionnels, Kirk Lightsey au piano, Douglas Sides à la batterie, et le français Gilles « Gillie » Naturel à la contrebasse.

Les quatre musiciens arrivent sur scène sous les applaudissements du public, costume beige pour monsieur Golson, cheveux gominés, petite moustache, il en impose.  A 82 ans Benny Golson est toujours en pleine forme, et toujours aussi blagueur. Chaque musicien prend place sur scène, Benny Golson se dirige vers le pianiste Kirk Lightsey et lui demande de jouer un « La » pour accorder son sax, pendant que le pianiste lui donne le « La » Benny Golson joue un « La bémol », deux notes complètement dissonantes, puis s’exclame : « Perfect !». Après cette petite blague d’introduction, il se replace au centre de la scène, donne le tempo, et c’est parti. Chaque musicien se présente en prenant un court solo, pendant ce temps Benny déambule sur la scène, il tape sur les cymbales de la batterie, puis va discuter avec le pianiste Kirk Lightsey, un ami de longue date – Je me rappelle de lui quand il avait encore des cheveux ! –  nous confiera-t-il après le morceau. Le quartet est très détendu, on sent les années d’expérience, Benny Golson n’a plus rien à prouver, il est là pour se faire plaisir, et tant mieux pour nous !

Même s’il aime par-dessus tout souffler dans son sax, Benny Golson aime aussi raconter des histoires, et ça tombe plutôt bien puisque nous adorons les anecdotes jazzistiques. Il se lance alors dans le premier récit de la soirée. Nous étions en 1960, le saxophoniste ténor Hank Mobley venait de quitter le groupe de Miles, qui était donc à la recherche d’un nouveau ténor, il demanda alors à son batteur de l’époque, Philly Joe Jones, qui était de Philadelphie tout comme Benny Golson et John Coltrane. Philly proposa à Miles de faire appel à John Coltrane. Coltrane accepta et se mit donc à faire des aller-retours quotidiens entre Philadelphie et New York. Un jour, il demanda à Benny s’il n’avait pas une composition en stock, et il se trouve que c’était le cas. Il donna la partition à Coltrane qui l’emmena avec lui à New York et qui enregistra le morceau avec Miles. Peu de temps après, beaucoup de jazzmen se mirent à jouer et enregistrer le morceau. Quelques années plus tard, Miles demanda à Benny, « Mais sérieux qu’est-ce que t’as fumé avant d’écrire ce morceau ? ». Ce morceau s’appelle : « Stablemates ». C’est une version originale que nous propose le quartet ce soir, avec un long solo de batterie suivi d’un duo saxophone/batterie entre Benny Golson et Douglas Sides, on peine tout de même à entendre le saxophone de Benny Golson qui s’est installé derrière le batteur pendant son solo, et qui est donc couvert par le volume de la batterie. Les musiciens nous interprètent ensuite une autre composition de Benny Golson, « Pierre’s Moment », puis un blues en Fa. Le morceau suivant est une perle de l’histoire du jazz, et ce soir Benny Golson nous livre un scoop, il aurait composé ce thème en 20 minutes… Oui 20 (vingt, twenty, veinte), c’est bien cela. Persuadé qu’un morceau composé en vingt minutes ne pouvait pas valoir grand-chose, il fut surpris de la réaction d’Art Blakey qui eut un coup de cœur pour ce thème, magnifique disons-le, c’est « Whisper not ». Nous avons droit à un solo de piano impressionnant, rien d’harmoniquement fou, mais quel swing dans les doigts de Kirk Lightsey ! C’est trop bon ! Et lorsque le pianiste baisse soudainement le volume, il est derechef suivi par ses compères contrebassiste et batteur qui s’alignent sur sa nuance, un jeu comme on aime l’entendre, nourri par l’écoute et le partage. Suit le solo de contrebasse de Gilles Naturel, on entend Benny Golson s’exclamer : « Ouiii Gillie, Mmmh ouiii Gillie ! ». Le saxophoniste est un vrai showman. Il nous annonce le morceau suivant, une composition du pianiste Kirk Lightsey intitulée « Spring is Here », Benny Golson tient à ce que nous sachions que Kirk Lightsey a une excellente formation classique, cette composition en est la démonstration, derrière son piano, Kirk Lightsey se marre, et tout au long de la soirée d’ailleurs, il a l’air d’un personnage très jovial et agréable, avec qui on a envie de jouer. Pendant que Kirk Lightsey joue, Benny Golson prend place sur sa chaise et écoute avec attention, Gilles Naturel utilise l’archet et accompagne le pianiste sur certains passages. Une composition influencée par la musique d’Igor Stravinsky, on reconnaît dans le thème la mélodie du « Sacre du Printemps ». « C’est comme ça que je veux jouer quand je serai grand ! » lance Benny Golson à la findu morceau.

Peut-être ne le saviez-vous pas, mais Benny Golson n’a pas toujours joué du jazz, du moins c’est ce qu’il nous apprend ce soir. Dans sa jeunesse à Philadelphie, il cherchait désespérément un groupe qui avait besoin d’un saxophoniste. Et, un jour, un groupe de R&B de passage à Philadelphie lui proposa de partir en tournée. Il accepta, et prit la route avec ce groupe. Pendant cette tournée, il fit la rencontre d’une dénommée Betty, dont il tomba follement amoureux. C’est à cette époque qu’il composa le fameux standard « Along came Betty ». C’était le grand amour entre Betty et Benny, il envisageait de l’épouser, de fonder une famille avec elle. Seulement, un matin en se réveillant, elle n’était plus là (Dur dur la vie !). Plus tard, pendant une tournée en compagnie d’Art Blakey et les Jazz Messengers, il rencontra une autre femme, Bobby. Inquiet à l’idée que le même scénario se reproduise, il ne perdit pas une seconde pour l’épouser ! Depuis lors, il ne cesse de se demander s’il ne devrait pas remplacer le nom du morceau par « Along came Bobby », but too late !

Le quartet sera rappelé à deux reprises. « Blues March », un autre standard composé par monsieur Golson pour le premier rappel, et le fameux « Now’s The Time » du grand maître Charlie Parker lors du second rappel.

 

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