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Jazz à la Villette : Emile Parisien et Ravi Coltrane

Jazz à la Villette : Emile Parisien et Ravi Coltrane

13 septembre 2022 | PAR Cloe Bouquet

C’est un concert spécial saxophone et spécial hommages (et Amérique) que nous ont offert Emile Parisien et Ravi Coltrane dimanche 11 septembre 2022 à la Philharmonie de Paris, dans le cadre du Festival Jazz à la Villette.

En effet, après « Louise« , titre éponyme de l’album du sextet d’Emile Parisien en hommage à la sculptrice Louise Bourgeois, c’est « Jojo » qu’on entend, en hommage à leur ami et musicien Joachim Khün, suivi de « Memento« , un morceau (et même une suite) composé par Emile Parisien pour sa maman.

Quant à Ravi Coltrane, il nous livre « Cosmic Music », « a contemporary exploration of the music of John and Alice Coltrane », ses parents.

Emile Parisien sextet

« Louise », « Jojo » et « Memento », donc. Ca tricote toujours autant, et Emile Parisien danse toujours en jouant de son instrument. Des progressions d’accords toujours plus fantasques et la guitare de Manu Codjia donnent un côté psychédélique à la musique du sextet. Le deuxième titre particulièrement, qui peut faire penser au bebop de Thelonious Monk, évoque le free jazz qu’a pratiqué Joachim Khün.

Au début de « Memento », Roberto Negro semble figurer le cliquetis d’objets brinquebalés par le vent en pinçant les cordes de son piano. Ce début est original, et suivi par une fougue monumentale ; Roberto Negro paraît en colère contre son piano tant il joue fort et vite. On peut se perdre dans ce tourbillon sonore d’un jazz très moderne, et un solo de Joe Martin à la contrebasse permet de calmer un peu le rythme et de nous rendre, donc, plus attentifs. Vient alors un morceau composé par le pianiste, « Il Giorno Della Civetta (le jour de la chouette)« , titre d’un roman policier de Leonardo Sciascia publié en 1960, dénonçant la mafia italienne ; d’où, probablement, son ambiance inquiétante, avec un rythme lancinant aux percussions (Nasheet Waits).

Le sextet termine par « Madagascar » de Joe Zawinul, avec l’excellent Theo Croker à la trompette.

Ravi Coltrane

Même s’il a joué aux côtés de musiciens légendaires ayant joué avec son père, Ravi Coltrane ne s’était jamais autant penché sur ses morceaux.

Il commence par une composition personnelle, qu’il ne nomme pas, puis ne joue que la musique de ses parents… qu’il ne nomme pas non plus. On aurait aimé connaître le titre de ces morceaux qu’on ne reconnaît pas forcément à l’écoute si l’on n’est pas un ou une grand(e) amateur(rice) du célèbre saxophoniste.

C’était la première fois que son fils, qu’il n’a connu qu’un avant de décéder, jouait en Europe depuis la pandémie. Il s’agit d’un lieu important pour Ravi, puisque sa mère décédée en 2007 y avait donné son dernier concert en 2005, et a vécu à Paris de ses 20 à ses 22 ans.

Malgré cette modernité très technique du jazz, la technique est, davantage qu’en première partie, au service de la musicalité et de l’expressivité. On y trouve aussi plus d’alternance entre fougue désorganisée (en apparence) et calme, douceur, mélodie. Bref, plus de nuances, d’une finesse assez impressionnante de la part du saxophoniste, qui captent l’attention et rendent sensible au discours musical.

Ravi Coltrane laisse beaucoup de place à ses musiciens : on a pu ainsi remarquer ses brillants contrebassiste (Rashaan Carter), mais surtout pianiste et batteur, Gadi Lehavi et Elé Howell, qui jouait à Paris pour la première fois. Cette humilité se ressent dans sa voix et ses paroles : le fils Coltrane a l’air admirable tant par sa musique que par son humanité, sa générosité et sa gentillesse.

 

Visuel : McCoy Tyner et Ravi Coltrane au Newport Jazz Festival à Newport, Rhode Island, 13 août 2005

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Cloe Bouquet

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