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[Interview] Joyce Jonathan : « plus belle la vie »

[Interview] Joyce Jonathan : « plus belle la vie »

10 octobre 2013 | PAR Jean-Christophe Mary

joyce-jonathan-album-caractere-30650_w1000Révélée en 2010 par le site « My Major Company », Joyce dévoile ce soir son nouvel album sur la scène du Trianon. Retour sur une sucess story hors du commun.

Bonjour Joyce. Ce sont les internautes qui vous ont révélée il y a trois ans . Pouvez-vous en quelques mots nous raconter cette belle histoire ?

J’ai rencontré Michael Goldman, co-fondateur de Mymajorcompany, lorsque j’avais 16 ans. J’avais posté quelques-unes de mes compositions sur MySpace, ça m’a permis d’obtenir un premier rdv avec lui. À l’époque, mymajorcompany n’existait pas encore, Michael Goldman était producteur indépendant. Il m’a parlé du concept qui était encore à l’état de projet et m’a proposé d’en faire partie. Deux ans plus tard j’étais lancée sur le site, et en mai 2008, 486 producteurs internautes avaient misé sur mon projet et me permettaient d’enregistrer mon premier album.

Depuis, vous avez enchaîné concerts, signé sur une major…Avez-vous l’impression de vivre un conte de fée ?

Je fais le métier dont j’ai toujours rêvé et je me rends compte que c est une grande chance. Ce qui a changé ma vie, c’est la rencontre avec un public qui me soutient de concerts en concerts et que je sens présent pour la sortie de mon deuxième album.

Deux tubes « Je ne sais pas », « Pas besoin de toi », 200 000 albums…comment gère-t-on un succès si soudain ?

Très bien ! C’est très épanouissant et ça m’a donné encore plus d’assurance et de confiance pour enregistrer mon deuxième album.

J’ai découvert que votre premier album avait été enregistré en mandarin…ce qui n’est pas banal…

C’est une langue que je parle un petit peu, mais ce sont surtout mes parents qui le parlent et qui m’ont initié à cette culture. Après la sortie de mon premier album en France, il y a 3 ans et demi, j’ai eu envie de faire traduire quelques-unes de mes chansons en chinois, sans savoir que mon disque pourrait également sortir en Asie. J’en ai eu l’opportunité quelques mois après, suite à une demande de Warner Asie. Je suis donc retournée en studio enregistrer ces 4 versions, et c’est un album français et chinois qui est sorti là-bas. J’ai eu un super accueil, je me suis retrouvée sur les plus grands plateaux télés et numéro 3 des charts taïwanais ! Le deuxième album sortira selon le même schéma.

Cette première expérience avec Louis Bertignac aux manettes cela vous aide-t-il aujourd’hui à comprendre les rouages du métier ? Eviter certaines erreurs ?

Complètement. Faire un premier disque, surtout aux côtés de Louis Bertignac, était très formateur et m’a permis de vraiment savoir imposer mes envies et mes choix pour mon deuxième album. Je l’ai d’ailleurs enregistré avec une autre équipe, en Belgique.

Alors que l’industrie du disque s’enfonce un peu plus chaque jour dans la crise, Mymajorcompany.com est –il le modèle économique de demain ?

Il permet à la maison de disque de ne pas prendre de risques financiers puisque les fonds proviennent des internautes. Après, il y a quand même des investissements supplémentaires afin de promouvoir le disque, mais dès ce moment-là, le système redevient « traditionnel » puisque le disque sort aussi dans les bacs et sur internet, par les mêmes procédés qu’une maison de disque classique, et l’artiste est de la même manière soumis à la « baisse du marché du disque » (fiou, j’ai jamais été aussi sérieuse dans une réponse !)

De quelles artistes pop folk et pétillantes vous sentez-vous le plus proche ? Rose ? La Grande Sophie ? Carla Bruni ?

C’est quelque chose qui est difficile à déterminer moi-même ! Ce sont en tout cas trois artistes que j’écoute et que j’apprécie, et qui ont chacune quelque chose de très personnel. Je pense que c’est le plus important, de pouvoir écouter une chanson et de tout de suite en trouver son interprète.

J’imagine que composer des titres aussi personnels exige un maximum  d’inspiration et beaucoup d’énergie. On y laisse des plumes à trop se livrer ?

Non au contraire, ça me fait beaucoup de bien. Je me délaisse de sentiments, d’une histoire vécue ou non, et je me sens beaucoup plus légère après.

Vous semblez avoir un don pour l’écriture, peindre les images avec des mots. De quelle manière travaillez-vous l’écriture ?

Je vous en remercie ! J’écris mes chansons très spontanément, comme je raconterais une histoire à quelqu’un, donc je ne travaille pas scrupuleusement (oui j’ai dit ce mot) chaque chanson. Je décris simplement un état ou une sensation.

Les paroles de vos chansons abordent les sentiments liés à la famille, l’amour, l’amitié. Vous vous mettez souvent à nu dans vos textes. Les « mots » sont importants pour guérir les « maux » ?

Oh oui ! C’est la musicothérapie ! Soigner ses maux par la musique. C’est un domaine qui me passionne et que j’ai étudié lorsque j’étais en fac de psychologie. Les artistes sont souvent animés par un moteur universel : l’amour, le plaisir, la souffrance.

Qu’en est-il pour vous ?

Je parle très peu de mes sentiments dans mon quotidien. Je suis comme ça depuis toute petite. Écrire des chansons c’est pour moi un moyen très naturel de m’exprimer et de parler de ce que je ressens. Et puis, ça me permet de prendre de la distance sur mes histoires et d’en faire le deuil. C’est une forme de pudeur aussi parce qu’en chantant, je me mets une carapace et je peux prétendre que certaines histoires ne sont pas les miennes.

Votre univers se suffit à lui-même. Mais faites-vous parfois des reprises de gens que vous aimez bien ?

Oui, j’adore aussi chanter les chansons des autres. Récemment j’ai repris une chanson de Serge Lama, « D’aventures en aventures » en version guitare / voix. Elle est sur le disque de Jean-Félix Lalanne Une voix une guitare. Les reprises permettent aussi de s’exprimer vocalement et différemment. J’en fais pas mal en concerts. Sur la première tournée je reprenais ‘ »‘envoie valser » de Zazie et « Hallelujah ».

Dans un épisode de Plus belle la vie, vous chantez jouez votre propre rôle à l’occasion de la Fête de la musique dans l’épisode. Cela vous a donné envie d’aller plus loin côté cinéma ?

Pour le moment je préfère me concentrer sur la musique, mais c’est une expérience qui m’a beaucoup plu.

Avant le succès, avez-vous eu le temps de vous rôder dans le circuit des bars et des petites salles ? La rue, les terrasses de restaurants ou le métro, avez-vous essayé ?

Oui ! Quand j’étais petite j’avais une peur dingue à l’idée de chanter devant des gens, à tel point que j’avais besoin d’être complètement seule pour pouvoir chanter. Du coup, à 15 ans, j ai décidé de prendre cette peur en main, et de me forcer à me confronter aux regards des autres. Je suis alors partie un soir, chanter dans un petit bar mexicain de ma rue. Ca s’est finalement bien passe et les patrons du bar m’ont proposé de revenir régulièrement. Ca me faisait mon argent de poche ! À 16 ans, j ai rencontre le programmateur d’un bar branché de Paris, le Murano, il m’a engagé pour chanter avec ma guitare toutes les semaines là-bas jusqu’à mes 18/19ans. Puis à cette même époque j’ai commencé à faire des premières parties de chanteurs et d’humoristes. C’était dans des salles comme le Bataclan ou l’Olympia et un peu partout en France. Puis mon disque est sorti, et m’a permis de faire ma propre tournée !

Aimez-vous la scène ou bien est-ce un passage obligé pour vous ? Qu’est-ce qui vous attire dans l’exercice du live ?

J’adore ça. Et plus j’en fais, plus j’aime ça. J ai toujours une appréhension avant de monter sur scène, mais le trac est devenu stimulant et positif contrairement à mes premiers concerts pendant lesquels j étais pétrifiée et je ne pensais qu’à l image que je renvoyais. Aujourd’hui chaque concert est un voyage différent avec le public et c’est un sentiment incroyable de voir les lèvres se remuer sur mes paroles et j’aime l’idée que l’on puisse chanter une histoire commune tous ensemble.

Parlez-nous un peu de cette date à l’Olympia. C’est une forme de consécration pour vous ? Le départ de quelque chose ?

Oui ! J’ai fini la tournée de mon premier album par une date dans cette salle mythique. En plus c’était complet ce soir là ! Je vis à Paris depuis toujours donc c’est une salle dans laquelle j ai eu l’occasion de voir beaucoup de concerts, je n aurais pas pu imaginer que ce serait mon tour un jour et que tant de personnes feraient le déplacement pour me voir.

Vous connaissez bien les scènes parisiennes. En préférez-vous une particulièrement ?

J’adore la salle du Trianon, et j’aurai justement l’occasion d’y chanter pour la première fois le 29 octobre lors de ma deuxième tournée. Je trouve cette salle très intimiste, le son y est super, j’ai hâte d y être !

A quelques minutes d’entrée en scène, comment vous sentez-vous ? Avez-vous un rituel particulier ?

Excitée, je discute avec mes musiciens dans les loges, je vérifie que je n’ai pas un bout de persil dans les dents (quoique ça peut être un style), on se prend dans les bras avec tous les musiciens et techniciens, et hop c’est parti !

A Paris, avez-vous un « coin » secret, un endroit particulier où vous aimez flâner ?

Un endroit que je trouve sublime : la place Dauphine, près du Pont Neuf. On dirait un décor de cinéma. Et puis cet endroit est symbolique parce que c’est là-bas que je suivais mes premiers cours de piano quand j’étais petite.

29 OCTOBRE
JOYCE JONATHAN
Le Trianon. 80, boulevard de Rochechouart,18 e. . Loc. Lieux Fnac, Virgin, Ticketnet… A 19h30. 29.00 €

Vernissages de la semaine du 10 octobre
Tour d’Europe des grandes expositions : Berlin, Londres, Madrid …
Jean-Christophe Mary

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