Musique

Interview de Kula Shaker : Qui a besoin d’un come back?

24 août 2010 | PAR Yaël Hirsch

A l’heure où tous les groupes anglais faisaient de la «Brit Pop » légère et sucrée au bon goût d’Oasis, les Kula Shaker se sont faits remarquer par leur rock psychédélique complètement inspiré par la spiritualité Hindoue. En 1996, leur premier album « K » est une claque musicale qui bat le record des meilleures ventes de tous les temps, avec 600 000 albums arrachés la semaine de sa sortie. Après un deuxième album, en 1999, « Peasants, Pigs & Astronauts », le groupe se sépare… Pour se retrouver et revenir avec un nouvel album très attendu, 10 ans après. « Pilgrim’s progress » est dans les Bacs depuis le 29 juin, et vous aidera à traverser l’automne. Pas de Nirvana, non, surtout pas de fin des affaires humaines …mais une vraie résurrection où la musique de Kula Shaker, apparaît assagie, mûrie, et toujours en chemin dans sa quête de sens.

Rencontre  d’humour et de musique avec le lumineux Crispian Mills (le chanteur et compositeur) et le charismatique Alonza Bevan (bassiste).

« Pilgrim’s progress » est souvent présenté comme votre « come back » après la reformation du groupe, 10 ans après le succès phénoménal de « K » et de « Peasants, Pigs & Astronauts ». Préférez-vous parler de retour ? De renaissance ? Ou simplement de nouvelle étape ?

Crispian Mills : Qui a besoin d’un « come back » ?

Alonza Bevan : Oh non !

CM : Je pense que c’est difficile de mettre en scène un grand « Come back » pour un groupe comme nous. Nous avons toujours été fragiles dans notre création et si on nous met trop de pression, on se dissout. C’est ce qui est arrivé la dernière fois. Nous avons besoin de suivre la musique, suivre son processus de création. Si on met en scène un « come back », c’est comme se lancer dans une campagne militaire. Il faut tout mettre en place, des finances, aux médias et partenariats, en passant par les dates de tournées. C’est comme Jules César envahissant la Grande-Bretagne. Pour nous, cela étoufferait la musique. Pour certaines personnes, ça marche, mais pas pour nous. Pour nous ce nouvel album est bien sûr… une réincarnation !

Un nouvel album est une nouvelle vie ?

CM : Oui c’est une belle façon d’y penser, un album est une nouvelle vie, une chance d’apprendre du nouveau.

Pourquoi « Pilgrim’s progress » commence-t-il par, « Peter Pan, Rest in Peace », qui semble être une chanson de deuil. Une sorte de deuil de l’enfance?
CM : « Peter Pan » n’est pas vraiment une chanson de deuil. La mort n’existe pas. Il y a un type de compréhension qui considère que la mort est une illusion, et si l’on pousse le raisonnement plus loin c’est même une blague. C’est comme un tour de magie. L’idée de la chanson est que Peter Pan est enterré par les fées. Mais les fées ne pleurent pas vraiment l’enfant, car elles savent que la mort n’existe pas. Elles jouent donc la comédie. La procession des fées, leur cavalcade, est une mise en scène où elles prétendent être solennelles et graves, mais en fait c’est une blague. Et à la fin de la chanson, nous pensons être arrivés à créer quelque chose qui devient en fait très drôle. Mais il y a aussi peut-être aussi une tristesse, dans cette chanson, une tristesse douce.

Y-a-t-il beaucoup d’ironie dans l’album ?

CM & AB : Je pense que l’on doit se maintenir dans le rire et l’amusement. Cela ne veut pas dire que tout l’album n’est fait que d’ironie.
Il y a beaucoup de rire dans le CD Par exemple dans la chanson « Barbarella », nous pensions à Serge Gainsbourg et Jane Birking qui joueraient un porno des années 1970.

Y-a-t-il moins d’inspiration musicale hindoue dans cet album ?

CM : Je ne dirais pas qu’il y en a moins, mais elle se voit de manière différente. C’est un nouveau code, une nouvelle combinaison. Une fois que tu as été touché par ces influences, elles seront toujours là. Prends par exemple George Harrisson, si tu écoutes même ce qu’il a fait avec John Lynn pour ELO, il n’y a pas une seule cithare dans cette musique, mais si tu regardes les paroles, la personne reste la même dans un style différent.

Il y a beaucoup d’instrumentation indienne dans « Pilgrim’s progress » mais elle est moins visible que par exemple dans le morceau « Govinda » sur notre premier album « K », qui avait vraiment marqué parce qu’il se démarquait : il n’y avait pas d’anglais dans les paroles, et à l’époque en GB tout le monde était super enthousiaste à l’idée d’être un « Bloke », vivre sainement, aller à la gym et boire des bières avec les potes, on détonnait en rabat-joies à amener un peu de spiritualité. Cela a permis à notre album de se faire remarquer, mais on ne peut pas s’en tenir à une formule. Revenir sur l’album à succès et reproduire. Il faut se laisser porter par la musique, mener son chemin et avancer.

Avec « Pilgrim’s progress », on pourrait dire que nous avons commencé à faire de la musique pour occidentaux. Du genre des westerns de John Ford. Mais il reste l’influence hindoue. Par exemple, il reste du Hindi au début de « Modern blues ».

Y’a-t-il un chemin que l’auditeur pourrait suivre ou découvrir dans l’album « Pilgrim’s progress » ?

CM (parodie de ton sentencieux) : Non, le pèlerin doit aller à son propre rythme (éclat de rire). Mais je recommanderais d’éviter la fonction « shuffle » de l’i-pod. Pour commencer, je crois qu’il n’est pas mal d’écouter l’album d’une traite, dans l’ordre où nous le proposons, mais après, c’est à toi de choisir.


Vous avez commencé avant l’été une tournée mondiale, dont une grande partie se passe en Asie. Quel effet cela fait-il de revenir sur scène ?

CM : C’est une grande partie du travail du groupe. Pour les autres albums, nous avons commencé par la scène et avons enregistré les albums après. Pour « Pilgrim’s pogress », nous avons commencé par la composition et l’enregistrement de l’album. Le passage au live est à chaque fois un grand défi. C’est assez différent de l’album. Par exemple, il n’y a pas de violoncelles sur scène. C’est un peu comme faire des reprises de nos propres titres. Il faut réinterpréter pour revenir à l’émotion.

Enfin, dernière questions pour notre webzine www.laboiteasorties.com qui se concentre sur la vie culturelle parisienne. Quel est votre endroit préféré à Paris ?

AB : J’aime les catacombes !

CM : J’aime les bords de la Seine, de nombreuses vieilles légendes y circulent. C’est comme si tu étais hors du temps. C’est pareil à Londres, j’adore les bords de la Tamise. Paris et Londres sont parfois très similaires : ce sont deux vieilles cités hantées par des fantômes.

Kula Shaker, « Pilgrim’s progress », ADA/ Naïve, sortie le 29 juin 2010, 15 euros.

Premier single, “Peter Pan RIP”, à télécharger sur le site du groupe.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

One thought on “Interview de Kula Shaker : Qui a besoin d’un come back?”

Commentaire(s)

  • Felicity

    Excellent album que ce Pilgrim’s Progress, je l’écoute en boucle, particulièrement Barbara Ella, Only Love, Winter’s call, Ophelia, All Dressed que j’apprécie énormément.

    août 26, 2010 at 22 h 55 min

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