Musique

Idir, question d’identité

Idir, question d’identité

31 octobre 2012 | PAR Nassim Zouaia

Alors que l’Algérie vient de célébrer le cinquantenaire de son indépendance, un individu des plus discrets a vécu en live cet évènement en 1962. Idir, le précurseur de la world music a combattu toute sa vie, en vers et en musique, pour défendre la culture kabyle largement bafouée par le gouvernement arabophone. Il revient pour notre plus grand plaisir pour une tournée nationale qui débute le 24 Novembre à Lyon, il sera à l’Olympia à Paris les 4 et 5 Novembre 2012.

Une carrière due au hasard

 

En 1973 il remplace au pied levé une chanteuse pour laquelle il a composé une berceuse! A Vava Inouva qui sera un tube et va lancer sa carrière. Ce sera un tube  dans 77 pays avec une traduction en 15 langues! C’est la première fois qu’un chanteur algérien connait une gloire internationale, bien avant Khaled.Grande première d’autant plus qu’il chante en Tamazight, la langue de la minorité kabyle alors que les seuls grands succès internationaux issus de pays arabes, tels Oum Kalsoum pour l’Egypte ou la Libanaise Fayrouz s’expriment en arabe.

 

Un peu d’histoire…

Lors de  la conquête de l’Algérie par l’Empire arabe au début du VIIIè siècle les kabyles, « indigènes » de ce qui deviendra plus tard l’Algérie s’opposent aux conquérants, rapidement conquis puis islamisés par Oqba Ibn Nafi ils finissent par se rallier à l’Empire et deviennent eux-mêmes force conquérante. Saviez vous que Charles Martel n’a pas arrêté les arabes mais des armées berbères qui se lançaient à la conquête de la France ?

On ne peut pas dissocier Idir de l’histoire de l’Algérie post-coloniale, représentant d’une minorité opprimée il a choisi d’utiliser sa notoriété pour défendre, de manière on ne peut plus pacifiste, la culture et la langue kabyle qui, à l’époque n’était pas reconnue comme langue officielle alors que les kabyles représentent 25 % de la population.

Le mouvement du « Printemps berbère » se déclenche en 1980 par un évènement anodin, l’interdiction d’une conférence sur la poésie Kabyle par l’écrivain Mouloud Mammeri qui provoquera ensuite une série de manifestations, le président de l’époque, Chadli Benjedid répond de manière lapidaire « L’Algérie est un pays arabe, musulman ». Le mouvement ne s’affaiblit pas et aboutit en 1995 à la reconnaissance de la langue Tamazight comme langue officielle au même titre que l’arabe.

 

Un homme de conviction

Paradoxalement, Idir n’aime pas la scène, il n’y trouve pas de satisfaction, rien de bien surprenant pour ce petit homme discret et d’une timidité maladive. Pourtant il se produit sans hésiter pour des causes qui le touchent, ainsi en Juin 1995 il est l’initiateur avec Khaled de l’association « L’Algérie la vie » avec un concert qui réunit plus de 6000 personnes pour la paix et la tolérance. La symbolique est là, les deux chanteurs algériens les plus connus, Khaled l’arabophone et Idir le kabyle font cause commune. Il rend aussi hommage à Matoub Lounès assassiné en 1998 par des extrémistes.

En 2001 surtout, il se mobilise pour l’identité kabyle lors du 21ème Printemps berbère au Zénith de Paris  alors qu’en Algérie la Kabylie s’embrase.

Avant d’aller applaudir Idir dans votre ville je vous invite à revoir le sublime « Avava Inouva » dans la vidéo ci-dessous.

 

Visuel (c) Pochette  Music Amazigh


R.I.P Terry Callier
La question de la commémoration de la Guerre d’Algérie en France
Nassim Zouaia

One thought on “Idir, question d’identité”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *