Musique

Hannah Szenes : le destin d’une femme combattante

08 mars 2013 | PAR Arnaud Berreby

« Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible » : Albert Camus.

En cette saison qui mord et que nous fuyons en nous réfugiant au plus vite dans nos intérieurs, je repense soudainement à toi, Hannah et je t’imagine seule et tremblante dans ton cachot qui te servit d’avant dernière demeure…

 

Hanna Szenes naît en 1921 en Hongrie, issue d’une famille peu concernée par le judaïsme.

En cette fin d’années trente, pressentant les terribles évènements à venir, elle décide pourtant de se tourner vers cette religion et d’émigrer  en terre d’Israël, à l’époque la Palestine sous mandat britannique.

Elle rejoindra, avec beaucoup d’autres volontaires, les rangs de l’Armée de sa Royale Majesté afin de lutter contre l’ultime ennemi commun.

L’idée est de parachuter en Europe dans les territoires occupés par les nazis des natifs de ces pays afin qu’ils organisent une rébellion intérieure.

Malheureusement, à la frontière hongroise, elle est arrêtée et conduite à la prison de Budapest.

Elle est torturée, suppliciée afin qu’elle avoue les codes de son émetteur qui servait à communiquer avec la résistance, mais elle ne parlera pas.

Sa propre mère est convoquée, elle peine à reconnaître sa fille tellement elle est défigurée, on la menace également, mais elle ne parlera pas.

On la laisse nue, affamée, attachée, ses liens creusant sa chair bleutée de froid, mais elle ne parlera pas.

Elle n’implore personne ni ne supplie : elle se tait.

Elle ne s’agenouille pas : elle fait face.


Certains parlent, d’autres écoutent.
Vous savez bien, dans une collectivité il y a ceux qui regardent et ceux qui agissent.

 

D’aucuns restent debout tandis que d’autres s’assoient à la première occasion, s’allongent ou parfois se couchent même, abattus moralement avant de l’être physiquement devant l’adversité ou la suprême autorité.

Non Hannah ne sent plus rien mais elle se souvient de son pays.

Elle ne ressent plus rien mais elle se rappelle.

Parce que Hannah est déjà en extra-territorialité vis-à-vis de sa pauvre carcasse, son esprit sanctuarisé s’envole vers Sdot Yam, le kibboutz qui était devenu sa nouvelle terre d’accueil, si jeune pourtant déjà si ridée des stigmates des combats passés et à venir.

Sdot Yam, cette terre qui tutoie l’antique Césarée, riche d’eucalyptus et de lauriers roses, qui se cambre devant une Méditerranée étrangement fougueuse en cette région, là où elle trouvera l’inspiration pour écrire, entre autres, : « Une promenade vers Césarée » :

 

 

« Mon dieu, mon dieu,

« Puisse subsister à jamais

« Le sable et la mer,

« Les eaux jaillissantes,

« Le rougeoiement du ciel,

« Les prières de l’homme… »

 

Mais alors ce dieu dont il est question ne serait-il pas le dernier des anars se moquant des conventions établies, crachant sur nos larmes, riant de notre détresse ?

Où est-il écrit que les bons doivent nous être arrachés précocement tandis que les ordures se meurent tranquillement, bienheureux débris, dans leur lit entourés de leur racaille dégoulinante ?

Le compositeur David Zahavi composera une délicate mélodie sur ce texte.

Régina Spektor, Sophie Milman et la grande Ofra Haza l’interprèteront en anglais ou en hébreux.

Nous vous offrons à écouter la version sensible d’Ofra, la merveilleuse israélienne d’origine yéménite elle aussi disparue trop tôt, des suites du Sida, contaminée par un mari infidèle qui ne connaissait à la capote que sa fonction de couverture de sa Porsche.

Hannah n’avait pas 23 ans, le 7 novembre 1944, quand ses bourreaux l’on conduit au peloton d’exécution : elle refusera d’être bandée, ses yeux secs tournés vers


l’est, son cœur cognant, tambourinant, amoureux fou de Zion, un demi- sourire vainqueur aux lèvres : elle n’a pas parlé.

« Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible. »

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