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Hamlet et le romantisme à la française, captation et streaming à l’Opéra royal de Wallonie-Liège

Hamlet et le romantisme à la française, captation et streaming à l’Opéra royal de Wallonie-Liège

14 mai 2021 | PAR Victoria Okada

Depuis le mois d’avril, l’Opéra royal de Wallonie-Liège retrouve sa vivacité grâce à une série de captations-streaming. Intitulée « Un instant d’Opéra – notre scène vient à vous ». Cette série permet à l’équipe et aux musiciens de l’Institution — qui devait fêter ses 250 ans avec pompe au cours de cette saison — de se mobiliser pour combler six mois d’absences sur scène et se préparer ainsi à la réouverture.

Le quatrième concert de la série, « Hamlet et le romantisme à la française » est en quelque sorte un programme de repli involontaire du Hamlet d’Ambroise Thomas prévu à l’affiche en octobre dernier. Mais ni Hamlet ni Ophélie n’ont jamais pu chanter leurs airs ; le jour de la générale tomba l’annonce du confinement, laissant les portes du théâtre fermées pour  longtemps !

Depuis le 13 mai et ce pour 10 jours, Jodie Devos et Lionel Lhote incarnent enfin les deux personnages de la tragédie.

La captation a été réalisée le 30 avril dernier pour laquelle nous avons fait un petit saut jusqu’à Liège. Avant de commencer l’enregistrement, le chef Guillaume Tourniaire procède à quelques échauffements et à des ajustements de « balance » avec le prélude de Werther. Invité pour la première fois à Liège par Speranza Scappucci (la directrice artistique de l’Opéra de Wallonie), Guillaume Tourniaire, rompu dans le répertoire français, met son savoir-faire au service de la musique. Sous sa direction, chaque pupitre de l’orchestre montre sa compétence établie. Les cordes sont soyeuses dans des pianissimi, le cor solo joue avec grande assurance, la flûte solo agile à souhait (dans Le Toréador d’Adam), et la clarinette réalise une intimité de musique de chambre (Entracte de l’acte IV de Hamlet). Si, à cause de la distanciation physique imposée par les règles sanitaires, le son est un peu dispersé dans la salle, le mixage fait son travail pour le montage du film.

Hamlet est l’occasion pour Lionel Lhote de faire la démonstration de son art. Malgré l’absence du public, il est bien engagé dans son rôle; son chant est accompagné de gestes et de mouvements comme s’il était dans une « vraie » représentation. Excellent dans les expressions graves et tourmentées (« Vains regrets ! », « Être ou ne pas être »), il est formidablement exubérant dans la chanson bachique. Jodie Devos, l’une des enfants de la Maison, ne semble pas explorer toutes ses capacités dans Hamlet, même si l’air d’Ophélie est superbement interprété. En revanche, dans l’air « Frère, Voyez ! Du gai soleil plein de flamme » de Werther, elle incarne pleinement son personnage et nous entraine dans les sentiments de Sophie. Marc Laho peine à respirer la veine romantique de Werther, et c’est avant de pouvoir l’entendre davantage que nous avons dû quitter la salle pour prendre le chemin du retour. Dans la diffusion sur internet, il chante avec de plus en plus d’aisance dans Les Pêcheur de perles de Bizet. Ce fut donc notre regret de ne pas être témoin de sa montée vocale.

L’air final du concert, vu et entendu toujours dans le streaming, « Ah ! vous dirai-je, maman ! » extrait du Tréador d’Adolphe Adam, est une occasion rêvée d’admirer une fois de plus Jodie Devos dans un magnifique art de colorature. Le trio belge fonctionne merveilleusement et suscite une irrésistible envie d’assister enfin à des représentations d’opéras dans cette belle maison.

Le concert en ligne est disponible du 13 au 23 mai.

photos © Opéra Royal de Wallonie-Liège 

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Victoria Okada

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