Musique
GuestMe, le Deezer de la musique live pour les franciliens

GuestMe, le Deezer de la musique live pour les franciliens

23 février 2017 | PAR Mathieu Dochtermann

Disponible depuis le mois d’octobre à Paris, GuestMe se propose comme un nouveau mode d’accès à la musique live. Par le biais d’un système d’abonnement sans engagement, l’amateur peut choisir à volonté dans un catalogue de concerts en last minute. Toute la Culture jette un oeil à cette nouvelle idée: coup de génie ou feu de paille?

La culture en formule abonnement, avec accès illimité, on connaissait déjà : sans parler des musées ou théâtres, c’est notamment la formule des célébrissimes cartes d’abonnement cinéma, mais c’est aussi le concept de Spotify et autres Deezer Premium pour la musique enregistrée. Est-ce un modèle transposable aux concerts? De prime abord, la dispersion des acteurs dans le domaine, la nature éphémère de ces événements, la rareté et le prix des (bonnes) places, semble inviter à en douter.

Tel n’est pas, cependant, le pari de Guillaume Lalu et Julien Bornstein, qui ont lancé GuestMe fin 2016. Le principe est très simple: contre un abonnement sans engagement de 33€/mois l’utilisateur du service aura un accès illimité à un catalogue de concerts sur Paris. Un petit algorithme peut venir se greffer sur le service, au choix de l’utilisateur, et vient alors se brancher sur les services de musique type Deezer, Spotify etc. pour recommander des concerts en phase avec les goûts de l’abonné. Particularité temporaire, le catalogue a commencé avec deux orientations principales, rock indé et musiques électroniques, mais il a vocation à s’étoffer. Particularité définitive: les places sont mises en ligne en last minute, J-3 avant le concert, à 10h tous les jours.

Que des idées très malignes, pour alimenter des envies un peu compulsives de musique (pour qui n’a pas d’enfants à la maison). Le côté last minute ne devrait pas dérouter les jeunes urbains, déjà habitués à la ruée sur les articles remisés des ventes privées virtuelles… au contraire, c’est habile de la part de GuestMe, qui peut espérer retrouver la même dimension addictive, le même besoin de se connecter le premier tous les matins pour se ruer sur les bonnes places… Quant à l’interconnection avec les services de streaming musical, il devrait beaucoup séduire. La société nous a assuré ne pas faire du business de data, et ne pas monétiser les informations collectées sur les goûts des utilisateurs…

Le principal avantage d’un service tel que celui-là, si on en croit le fonctionnement des cartes d’abonnement cinéma notamment, reste tout de même le plaisir de prendre des risques, et de découvrir des artistes inconnus, « parce que c’est déjà payé ». De ce point de vue, il ne faudrait pas que l’algorithme enferme trop l’utilisateur dans ses préférences!

De même, il ne faudrait pas que le service s’arrête à des concerts dans des « petites » salles ou d’artistes ayant « du mal à remplir »… Certes, c’est ce qui permet la découverte, mais il faudrait aussi pourvoir s’offrir un beau concert sans prise de risque une fois de temps en temps, comme on peut aller voir un blockbuster avec sa carte ciné… Or, si on comprend bien le business model de GuestMe pour les « petits concerts » (qui peuvent être grands par la qualité, rien de dénigrant à cela!), les producteurs et diffuseurs ayant intérêt à remplir même à prix négociés, on imagine que GuestMe pourrait avoir des difficultés à proposer Rihanna, Metallica, Adele, Jay Z, etc. quand le prix de la place est au double de l’abonnement… GuestMe assure « travailler avec les productions dans une logique de partenariat global pour soutenir à la fois les artistes installés et les artistes en développement », mais il reste à voir si ce modèle est soutenable et si les « grosses » productions joueront le jeu, dans un système qui pourrait tout de même être gagnant-gagnant… surtout dans une ère où la rémunération des artistes et des maisons de disque ne se fait plus tant sur la musique enregistrée que sur le live, tant que la rémunération du streaming sera dérisoire.

Tout de même, les premiers concerts jusqu’ici offerts aux utilisateurs de GuestMe laissent bien augurer de la suite, avec de beaux noms comme Vitalic, Birdy Nam Nam, Nouvelle Vague, Jeanne Added, the Peacock Society Festival… Cela laisse rêveur: et si on tenait là, pour tout de même 396€ par an, la plus chouette façon d’occuper ses soirées libres? En tous cas, côté anglosaxon, Jukely, qui fonctionne sur le même modèle ou presque, a l’air de bien prendre. Il y a fort à parier que cela sera aussi le cas à Paris!

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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