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Live Report : Grandmaster Flash, un des pionniers du Turntablism à Lyon (29 avril 2011, La Plateforme)

Live Report : Grandmaster Flash, un des pionniers du Turntablism à Lyon (29 avril 2011, La Plateforme)

02 mai 2011 | PAR Aurore Berthe

Dans le ghetto West Bronx (New York) des années 70, des jeunes organisent les premières block parties, rencontres de quartier populaire plus ou moins improvisées de DJ’s et de breakdancers qui se déchainent sur le dance floor. La culture hip-hop naît ainsi. En 1973, Kool Herc, considéré comme le DJ fondateur du hip-hop, a l’idée de jouer seulement les passages les plus rythmés de ses disques de funk et de les enchaîner sur deux platines jumelées. Grandmaster Flash, connaisseur en électronique, perfectionne dès 1974 l’appareillage, en bricolant une table de mixage reliant les deux platines. Grand Wizard Theodore invente, quant à lui par hasard, le scratching. Tous ces DJ’s rivalisent d’adresse et mettent au point les techniques de base de ce qui sera appelé plus tard par DJ Babu (milieu années 90), le turntablism.

Quelle n’était donc pas mon excitation en apprenant que l’un des pionniers de cette culture fascinante se produisait à Lyon ce vendredi soir. Une soirée hip-hop avec DJ Duke (Assassin), Mista Sly (Sunday Circle) et le légendaire Grandmaster Flash.

Flash est connu pour avoir développé les techniques de turntablism, l’art de créer de la musique grâce aux platines à vinyles. Il est notamment l’inventeur de certaines techniques comme le cutting*. Son groupe les Furious Five fait connaître à l’Amérique des années 70, puis à tout un monde, ce qui caractérisera le hip-hop : les beats, les samples, la danse, un mode vestimentaire et une déclamation syncopée.

Je m’attendais donc à du bon old school hip-hop américain, de la technicité spectaculaire (notamment réputé pour scratcher avec ses pieds !), et sur scène un espace d’improvisation propice.

J’arrive à 0h15 dans une salle déjà animée par Mista Sly (Sunday Circle), zut loupé. L’impressionnant DJ Duke, du groupe de rap français Assassin, se cale derrière les platines vers 0h30, pile poil la mise en bouche breakée que je souhaitais. A coup de samples, sélecta hip-hop parfaite, de scratchs et de rythmiques, le public déjà en place s’échauffe plus encore. Deux, trois gars vont même faire une petite démo de breakdance.

Puis, vient l’entrée en scène de Grandmaster Flash. Euphorie dans la salle. Ouverture faisant la part belle au scratch, il envoie d’emblée le cultissime « The Message ». Le Bronx investit la salle lyonnaise, les cous et hanches se cassent, bon démarrage, ça chauffe de beats et de bonnes ambiances old school. Il oscille ensuite entre drum’n’bass/dubstep (voir par ailleurs notre article focus sur le genre) et nous démontre que le papy continue l’histoire du deejaying, et hip-hop/breakbeat en bon technicien mélomane du Bronx. Première coupure de son : problème technique… Quelques instants plus tard, il reprend avec les samples des Beatnuts, le fameux « Shimmy Shimmy Ya » d’Ol Dirty Bastard, (deuxième coupure de son), le terriblissime Gang Starr « Full Clip », « Affirmative Action » de Nas, tous les classiques du hip-hop sont là et se posent les uns sur les autres.

Le scratch devient plus absent mais nous restons accrochés à l’idée d’une prestation turntablist à venir, c’est ce qui le caractérise après tout. Déception… car le reste du set est pour le moins surprenant, la mixité sonore qui caractérise Grandmaster Flash brouille, voire efface ses racines du Bronx. Le choix des titres donne un arrière-goût de supercherie. Que dire quand l’un des pionniers du hip-hop balance du Nirvana (« Smells Like Teen Spirit »), du White Stripes (« Seven Nation Army ») et même du Bee Gees ? Troisième coupure du son, mais que se passe t-il ? Au bout d’une petite heure la foule semble se lasser, la salle comble jusqu’alors se vide nettement. Les breakdancers ne sont plus là. Le son est relancé avec des beats plus entraînants et les mixes de titres old school hip-hop. J’ai envie d’enflammer le dancefloor mais je reste sur ma faim. Un peu perdue par une sélecta marquée par d’abominables moments creux à aller couler une mousse au bar.

Pour résumer : un Grandmaster Flash toujours au rendez-vous et cependant décevant. Son statut de géant du hip-hop passe souvent au second plan de sa prestation live. Il reste un maître tout de même et l’on n’oubliera pas ce son produit dans les 80’s, sans ordinateur mais avec seulement deux platines et une table de mixage, un talent et instinct du groove irréprochables. Et comment lui reprocher sa conscience du monde qui l’entoure et une tentative de métissage musical à sa sauce ? C’est avec sourire que cet artiste hédoniste nous a lancé des « Clap your hands to the beat! » et « Everybody say ho! », devenus des phrases incontournables de la culture hip-hop grâce à son groupe Furious Five et notamment les rimes de leur membre Cowboy. Du plaisir, il y en a eu mais certainement pas assez au vu des attentes.

* Explication technique : en mix, c’est jouer le deuxième titre juste après le premier (un cut) ; en fait, le premier battement du deuxième titre est joué en même temps que le dernier du premier.

Site Officiel Grandmaster Flash

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