Musique

Gildas Rioualen, programmateur : « Astropolis, ça reste une rave ! »

Gildas Rioualen, programmateur : « Astropolis, ça reste une rave ! »

27 juin 2019 | PAR Rodolphe Pete

La plus célèbre et ancienne rave de France est toujours bien debout ! Tel un irréductible village gaulois au fond du Finistère, l’équipe emmenée par Gildas Rioualen (co-fondateur avec Matthieu Guerre-Berthelot et l’un des trois djs de Sonic Crew) organise du 3 au 7 juillet la 25e édition d’Astropolis été, avec toujours la volonté de faire partager ses coups de cœur et de préserver les valeurs fondatrices du mouvement techno. Entretien.

A quelques jours de l’événement, comment se passe la préparation ?

C’est toujours sport ! A l’approche de la date, on passe à une vitesse plus soutenue. On sent monter le stress collectif du bureau. Les journées vont donc passer très rapidement… Avec les années, comme à chaque fois, c’est toujours très soutenu.

25 ans, c’est une date forcément très attendue par tout le monde…

Oui, on nous en parle depuis la fin de la précédente édition, mais je ne me suis pas dit que les 25 ans étaient si attendus que cela. Mais en effet, j’ai bien senti cette énergie depuis l’année dernière. On veut évidemment marquer le coup, d’où par exemple le vendredi à Keroual, en plus de la soirée à la Carène. C’est un site en extérieur fragile, il faut tenir compte de la météo, c’est donc un risque de faire deux jours sur un même site où on apporte tout sur place, avec huit mois de préparation et dix jours de montage. C’est un gros chantier.

Il n’était pas possible d’aller au fort de Penfeld, comme le dimanche des 20 ans ?

Le site est sur les hauteurs de Brest, le son se diffuse largement avec le vent et ça embête beaucoup les riverains. On l’utilise une fois par an, pour Fortress en septembre, mais je ne veux pas saturer les gens et je tiens à garder de bonnes relations avec la mairie avec qui on s’entend très bien.

Quelle était l’idée de la programmation pour ce quart de siècle ?

Je voulais accueillir plus de lives cette année, ce qui est une façon de remettre l’électro comme une culture, de ne pas y voir qu’un dj set de club. On programme ainsi Arnaud Rebotini (« 120 battements par minute »), Max Cooper, Kap Bambino qu’on a toujours soutenu. Jeff Mills revient cette année, mais en live avec Mike Banks, sous le nom de X-102. Je les avais vus au Sonar à Barcelone et X-102 a toujours été un des albums qui ont créé mes fondations. Je l’avais acheté à Berlin en 1992. Quand j’ai su qu’ils s’étaient reformés pour Mutek au Japon, j’ai foncé ! On avait déjà eu Mike Banks dans la cour de Keroual en 2005 avec un spécial Underground Resistance et plusieurs lives. Recevoir Underground Resistance, ça a toujours été un de nos fantasmes… On avait réussi à les motiver, ça a été très compliqué, mais c’était une première approche avec Mike Banks cette année-là. Il a eu l’occasion de revenir en accompagnant Juan Atkins pour le live de Model 500 où ça s’est super bien passé. J’ai été très content de recevoir sa réponse par mail. Je me souviens, j’étais au Vauban pour une soirée avec Oxia quand j’ai regardé mes messages !

Jeff Mills, lui, est un habitué, je garde par exemple un bon souvenir de son après-midi au Vauban où il mixait sur le film « 2001, l’odyssée de l’espace », dans un exercice pas du tout dancefloor, ce qui avait surpris ! On a toujours suivi ses projets.

D’autres noms peuvent parler aussi au public…

Oui, des artistes comme Marc Romboy qu’on accueille en live et qui pour moi est un pionnier. Comme le Hollandais I-F, qu’on avait fait jouer déjà au Rex club à Paris : je suis très content de l’avoir. C’est un son de l’électro qui revient de plus en plus, comme ce que fait par exemple Helena Hauff qu’on a d’ailleurs reçue.

Depuis l’annonce de la programmation, certains ont regretté qu’il n’y ait pas de grosse vedette, type Daft Punk, ou des habitués comme Laurent Garnier… C’est un choix ?

Effectivement, c’est un choix de ne pas avoir des têtes d’affiche emblématiques. On les a toutes faites au fil des années ! Pour cette édition, on a Apparat en live, X-102, beaucoup d’artistes qui ont du talent, comme Skee Mask qui est une grosse révélation, Call Super, Paula Temple, Lakker… Je n’allais pas faire revenir les mêmes chaque année ! Quant à Laurent Garnier, il était là l’an passé et on a pris l’habitude de le faire venir tous les deux ans. On veut les préserver aussi, il faut les garder précieux. On a des artistes comme Nina Kraviz et Marcel Dettmann qui ont été programmés plusieurs fois déjà. En plus, il y a plusieurs festivals dans l’ouest, comme Paco Tyson ou Made, et donc on essaie de ne pas programmer la même chose.

Pour des raisons économiques ou d’agenda, quels sont les artistes qui ne sont jamais passés et dont Astropolis rêve ?

Il y en a au moins deux que j’aimerais faire : d’abord Aphex Twin, qui est devenu franchement hors de nos tarifs, vu notre capacité, et LCD Sound System. Nilhs Frahm aussi, mais là il y a une logistique de concert gigantesque. On aimerait avoir beaucoup d’artistes bien sûr, seulement il faut se mettre en rapport avec l’économie du festival. Astropolis, ça reste une rave ! On a nos coups de cœur et nos passions, on fait face à la critique, sachant qu’on ne peut pas plaire à tout le monde. On est aussi là pour présenter des tendances, être curieux, faire des découvertes et soutenir, on y tient beaucoup, la richesse de la scène régionale avec notre tremplin. Il faut faire confiance au programmateur et à son équipe dans son rôle de découverte : on n’est pas directeur artistique d’une discothèque !

Pratique : www.astropolis.org

Propos recueillis par Rodolphe Peté

(Photo : Rodolphe Peté)

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