Classique
Festival Radio France Occitanie Montpellier : Le Festival Autrement

Festival Radio France Occitanie Montpellier : Le Festival Autrement

24 juillet 2020 | PAR Victoria Okada

L’un des plus grands festivals d’été de la musique classique en France, le Festival Radio France Occitanie Montpellier a dû annuler d’abord l’intégralité, soit plus de 160 concerts. Mais le changement des conditions sanitaires et autres paramètres ont finalement permis d’en rétablir 12, tous organisés en plein air. Répartis sur deux jours, les 18 et 19 juillet, ces concerts ont procuré un véritable plaisir.

Après l’annulation complète de l’événement, le conseil administration du Festival Radio France Occitanie Montpellier a décidé d’organiser un « Festival autrement ». En maintenant les dates initialement prévues (du 10 au 30 juillet), « La Radio du Festival » installé à Montpellier permet aux auditeurs de vivre les concerts grâce aux émissions variées : archives de concerts, entretiens inédits auprès artistes et professionnels, playlists thématiques, coulisses du Festival et quelques captations en direct de concerts. Par ailleurs, France Musique a enregistré dès le déconfinement des récitals et concerts essentiellement à l’Auditorium de Radio France à Paris et les diffuse tous les jours à 12 h, en plus de concerts d’archives à 14h et à 20h.
Nous sommes partis à Montpellier pour le week-end et avons entendu 6 concerts : Quatuor Hanson, Quatuor Anches Hantées, Les Tromano pour le samedi 18 juillet ; Ingmar Lazar, Christian-Pierre La Marca et Nathanaël Gouin en duo et Félicien Brut et Edouard Macarez en duo également pour le dimanche 19.

Lorsque nous sommes arrivés au jardin de la Maison des Relations Internationales pour le concert de 15 h 30, à la proximité immédiate du Corum, le lieu principal du Festival en temps habituel, une ambiance festive était déjà installée. Dans un cadre verdoyant, le Quatuor Hanson interprète le quatuor à cordes de Debussy. Pour cette œuvre qui exige un silence et une bonne résonance, les chants de cigales sont un peu trop vigoureux, mais les quatre musiciens défient les conditions du plein air, y compris le fort rayon de soleil d’après-midi, pour transmettre la beauté. La sonorité onctueuse et les expressions douces cèdent au moment venu à celles plus sévères, plus inquiétantes ou plus ardentes, tout en gardant toujours une dose d’élégance dans une maîtrise étonnante.

Le Quatuor de clarinettes Anches Hantées propose le programme « Opéra sans diva », composé d’arrangements de musiques orchestrales extraites d’opéras célèbres. Au programme, Verdi (La Traviata), Saint-Saëns (Bacchanale de Samson et Dalila), Puccini (Suor Angelica), Khatchaturian (Galop de Mascarade) et Goldmark (La Reine de Saba) et bien d’autres compositeurs. Ces ingénieux arrangements sont interprétés dans un magnifique équilibre entre différentes tessitures et sonorités selon les clarinettes soprano, alto, ténor et basse, profitant de variétés de l’épaisseur et des couleurs. De brèves explications des pièces jouées mais aussi des instruments attirent davantage d’attention, rendant le concert convivial.

Le dernier concert à la Maison des Relations Internationales est assuré par Les Tromano, un trio de violon/accordéon/contrebasse. Les musiciens arrangent librement des pièces connues de la musique classique (et des musiques d’autres styles), sans hésiter à ajouter des parties originales. Ainsi, il joue le 2e mouvement de la 8e symphonie de Beethoven avec le métronome, dans la continuité d’une petite histoire sur Beethoven obstiné par ce nouvel outil ; le 3e mouvement de la 1re symphonie de Mahler (le thème de Frère Jacques) avec une fin très inventive ; ou encore « Precipitato » de la 7e sonate pour piano de Prokofiev en invitant les spectateurs à compter la mesure de 7 temps… Les commentaires sont plaisants, proches d’un « talk-show » et démystifient joyeusement ces œuvres.

Le dimanche, on change de lieu pour Château d’O, à 20 mn en tramway du centre-ville. Des sièges en gradins entourent la scène de trois côtés, et ici aussi, sous un soleil ardent, les cigales rivalisent dans leurs chants. En premier lieu, le pianiste Ingmar Lazar donne un récital Haydn (dernière sonate en mi-bémol majeur Hob. XVI : 52) et Beethoven (sonate n° 16 en sol majeur op. 31-1). L’interprète se montre particulièrement poétique dans le mouvement lent de chaque sonate, où le chant ample évoque un instrument à cordes ou à vent selon les moments. Dans le premier mouvement de la sonate de Beethoven, il prend largement du temps entre les trois accords qui clôturent chaque séquence du premier thème — séquence avec les motifs aux notes pointés — faisant écho aux effets de syncope que l’on vient d’entendre. Cela surprend quelque peu au début, mais l’intention d’exprimer l’humour de Beethoven devient vite amusante.

Christian-Pierre La Marca et Nathanël Gouin prennent ensuite la place pour deux sonates pour violoncelle et piano de Beethoven (n° 2 et 4) avec, entre les deux, des « pièces de bis » de Dvorak (Le calme de la forêt), Saint-Saëns (Le cygne) et Rimski-Korsakov (Le vol du bourdon). La sonorisation qui devient nettement audible vers la fin du récital précédent est encore plus accentuée, si bien que dans la 2e sonate de Beethoven, le violoncelle est amplifié comme s’il s’agissait d’une musique d’ambiance, ce qui est un peu gênant. Hormis cet inconvénient qui s’est arrangé par la suite (mais pas complètement), les deux interprètes, qui étaient initialement programmés pour leurs propres concerts respectifs, partagent la scène dans une très bonne entente et « confrontent » cordialement leurs personnalités musicales ; La souplesse du violoncelle et la consistance du piano créent une harmonie stimulante.

Nous avons juste eu le temps d’écouter le début du concert suivant par Edouard Macarez (contrebasse) et Félicien Brut (accordéon). Ce dernier est un excellent orateur qui sait capter l’audience et ce jour-là aussi, il se sert pleinement de son arme pour fasciner le public, en plus de leur complète et immédiate imprégnation dans la musique.

Ces concerts en plein air étaient un réconfort pour tous, les musiciens, le public et les organisateurs. D’ailleurs, à chaque présentation de concert, Jean-Pierre Rousseau, président du Festival Radio France Occitanie Monpellier, répétait le formule désormais consacré : « Cela fait du bien de vous voir, de nous retrouver ! » Ces retrouvailles étaient agrémentés d’un marché de produits locaux qui valorisent d’autant plus cette région ensoleillée. 

Photo : Quatuor Hanson, Quatuor Anches Hantées et Les Tromano à la Maison des Relations Internationales © Luc Jennepin ; Ingmar Lazar, Christian-Pierre La Marca/Nathanaël Gouin et Félicien Brut/Edouard Macarez à Château d’O © Marc Ginot

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