Musique

Feloche, frappadinguecalifragilidelicious !

16 janvier 2010 | PAR Aaron Zolty

Il pourrait sentir l’alligator à plein nez, les marais de Bâton Rouge, avoir le pantalon et l’accordéon diatonique de Clifton Chénier, avoir été nourri au biberon de la mandoline dans une cabane de la banlieue de La Fayette. Il n’en est rien. Féloche, né sous le signe du Poisson, évite les requins, frètent avec les caïmandolines, voyage de sa chambre, de la tête et de la scène sur Seine. Obsession? Une seule : la musique qui sue. Féloche, c’est notre cadeau de ce début d’année: un quatre titres fait à la main at home dans l’œil du typhon international, Philippe Cohen Solal et son label Ya Basta. (Gotan project, David Walters) .

album_feloche_frontFéloche, issu d’un La Fayette plein de câlins cajuns, bercé par des grands-parents lui chantant à la veillée du Clifton Chénier, c’est de l’ordre de la quatrième dimension, le rêve éveillé, le voyage sidéral, le dépassement de soi. Mais peut être est-ce là la démarche paradoxale du génie de la chambre, qui projette films, photos de famille, sons électro, accordéons approximatifs, obsédé par la perfection entre ordinateur et baignoire. Voici donc les premiers titres de cette vie cajun diffusés par Naïve, intitulé simple qui n’a d’égale que l’élégance de Félix, une très petite trentaine et douze ans de vase clos à tripoter les boutons de son ordinateur, chahuter les raccourcis, interroger les équalizers, s’essayer à la trompette, au mélodica. A le voir sur scène, cheveux hirsutes, bouille rayonnante, Léa Bulle et Christophe Malherbe sur la même piste, tous montés sur alligators mécaniques, mandoline en bandoulière, sample, loops et drums d’équerre, le Mississipi est son domaine, celui du funk cajun qui sue. A l’origine, la world music, universelle par nature, est conçue par des gens du crû et dépasse les frontières de la renommée (Anouchka Shankar, David Walters, Féla Kuti, Youssouf n’dour, Césaria Evoria, Oum Kalsoum…). Il est rare qu’un artiste, français ou non, s’approprie une contrée inondable à l’exception du Rock Parc anglophone et quelques pâles incursions pour un titre ou deux dans la bossa nova.

Jouer cette musique « do it yourself » sur scène est une performance. Retrouver à trois le son de trente-deux pistes de console relève de la difficulté primitive. Comment passer du complexe au simple ? Comment traduire cette vivacité électro-acoustique, ce feu d’artifice rythmique et réussir à nous inviter à faire tanguer les barques plates à coups de square danses? A l’origine, cet original-là, la scène il la maîtrise parfaitement en tant que guitariste. Du haut de ses vingt ans, il arpente l’ex-URSS avec le groupe Ukrainien punk (vous avez bien lu) VV. Et, face aux stades staliniens et autres soldats rouges armés, il se produit face à des milliers de spectateurs de Moscou à Kiev en première partie de Samantha Fox, chanteuse pop à forte poitrine s’ébaudissant dans une piscine peuplée de mâles, du groupe VRD ou encore de Non Tropo. Le cajun en cage, ne l’est plus. Notre poète à la voix teintée de Charlélie Couture et d’Higelin dans BBH 75 (à rééditer d’urgence) fait tanguer toutes les barques plates du Mississipi rendues à nos pieds. Il joue du haut du port, face à l’Atlantique ; le regard porté au loin vers nos cousins d’Amérique. Dans sa poche qui devient son musée, Sophocle, Socrate, les mythes grecs, quelques souvenirs de conservatoire de trompette, une bande originale de François de Roubaix, une obsession musicale sans guérison potentielle, une mandoline fétiche qui délivre ces câlins funks.

Ce sont des chansons-ponts, venues d’un enfant-phare à l’âme baignée d’anciens bagnards et de mariages forcés. Le psychobily est total. Les doigts de Christophe Malherbe slappe, frappe entre et sur les cordes basses comme un OVNI descendu des Stray Cats. Quant à Léa Bulle, artiste à part entière, elle élève la tension acoustique à son summum. Elle donne le son, l’environnement, le délirant électrique, le pianistique tonitruant, la trompette enivrante, nous rappelant ainsi le bon temps où devant sa fanfare La Zbouba, elle arpentait la rue des festivals off de sa voix aux colorations yiddish colorées…

« Laisse-moi trinquer au grand soir, laisse-moi ignorer les grands crûs ». Par modestie peut-être, mais Féloche est un très grand crû, auquel on croit. Une robe claire, feux follets dealers de bonheur à consommer sans modération, natif d’une terre de vents et de feux. Feloche est un poisson. Darwin avait raison.

Féloche, « La vie Cajun », Yabasta/ Naïve, sortie le 26 juin.
En concert à la boule noire le 27 janvier.

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Aaron Zolty

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