Musique

Fanny Ardant habite la peau de Cassandre.

Fanny Ardant habite la peau de Cassandre.

31 octobre 2011 | PAR Bérénice Clerc

Jeudi 27 octobre, La Cité de La Musique accueille Cassandre de Michael Jarell, monogramme pour comédienne, ensemble instrumental et électronique. Fanny Ardant était Cassandre sur les notes exquises et précises de l’Ensemble intercontemporain dirigé, avec souplesse, à mains nues par Susanna Mälkki.

Les premiers froids rodent dehors, La Cité de la Musique se gorge de monde des parterres au balcon, compositeurs et musiciens célèbrent se glissent parmi les spectateurs au coté du directeur de la salle en costume austère sourire aux lèvres comme lors des grands moments.

Une fois le public assis, la salle comble fait silence quand la lumière se fait plus douce et que les musiciens trouve leur La commun.

Susanna Mälkki,  entre vêtue de noir, en veste longue comme un petit soldat de plomb à la tête blonde, suivie de Fanny Ardant, divine en robe noire les bras couvert d’un voile transparent pour laisser la peau vibrer.

Fanny Ardant est déjà Cassandre, dès les premières secondes les notes s’élèvent avec justesse et précision, tel un instrument, dirigé parfaitement par le chef, la voix de la comédienne trouve sa place entremêlée dans le son des cordes, des vents, du piano et des percussions. Souffrance de Cassandre, le drame se déroule devant les spectateurs sans emphase, juste la vérité du mode parlé sur un lit de musique millimétré pour mieux livrer la chute de celle qui voit l’avenir avant les autres mais que personne ne croit.

Apollon s’est épris d’elle, la plus belle des filles de Priam, roi de Troie, et d’Hécube, et lui offre l’art de la prédiction si elle consent à se donner à lui. Cassandre accepte, mais une fois initiée se dérobe au Dieu, qui lui cède alors le don de prophétie mais non celui de la persuasion : personne ne croit sa parole. Apollon possède Cassandre par le verbe. Rare figure héroïque féminine, mais figure embarrassante, Cassandre ne cessera d’opposer la voix de la vérité à la fausseté de la justice et de la politique des hommes

dont elle dénonce mensonges et crimes. Ce récit de Christa Wolf, monogramme de la solitude d’une femme attendant la mort après avoir devinée et vécue celle de tous ses proches offre à Michael Jarell une partition de mots  hors-chant.

L’accord initial de sept sons fige le point de non retour, sur les résonnances de cet accord des 18 musiciens Cassandre entame son récit pour laisser une trace, parler pour exister, rester consciente et témoigner de la vie pour descendre vers la mort. Tous les degrés de la musique parlée son parcouru, murmures, gémissements, étonnements, cris, menaces dans un débit parfois quasi surnaturel aux rapidités puissante faisant l’effet d’un nuage de mots. Jamais Fanny Ardant ne perd pied, toujours précise elle vole sur les notes, suit Susanna Mälkki à la perfection, la justesse de son jeu force l’admiration tant il serait possible de vriller dans l’émotion facile.

La musique elle aussi tout en retenue engage chaque musicien sans répit pour un son d’ensemble aux balances d’une densité émouvante aux évocations transcrites par la parole.

Abîme musical, tapi de notes tissant une vie brisée via la coexistence fragile et parfois déroutante du son et du verbe socle du drame.

Susanna Mälkki et l’ensemble Intercotemporain livrent une musique somptueuse, âpre, enivrante et parfois complètement surréaliste dans une tension constante pour servir la comédienne toujours sur le fil solide de la portée.

Théâtre, texte, musique tout y est, un véritable opéra parlé sans décor ni renfort spectaculaire pour un voyage magnifique au pays des mythes.

Une vraie réussite menée par Fanny Ardant, Susanna Mälkki et l’ensemble Intercontemporain  en grange forme.

 

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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