Musique

Europunk à la Villa Medicis : Retour sur un art de l’urgence

10 février 2011 | PAR Yaël Hirsch

Sous la houlette de Eric de Chassey directeur de la Villa Medicis et commissaire de l’exposition, la Villa Medicis expose jusqu’au 20 mars l’art lié au mouvement musical punk. Si le Punk est considéré d’origine américaine avec les Ramones, c’est sur la partie européenne du mouvement qu’Europunk se concentre : de la seconde moitié des années 1970 à la fin des années 1980 la France, le Royaume Uni, la Hollande, l’Italie, la Suisse et les Pays-Bas ont vécu à l’unisson de cette musique contestataire, qui s’est accompagnée de toute une série de publications : Dessins, collages, fanzines, pochettes de disques… Stricto sensu, il n’y a pas d’art punk puisque ce contre-mouvement refusait toute institutionnalisation et vivait dans l’instant. Et cependant, l’urgence du message à porter a engendré une forme particulière, qui se retrouve dans le graphisme des cds, des affiches et des fanzines. Guidée  par Eric Débris, chanteur du groupe Métal Urbain, graphiste des pochettes d’albums du groupe désormais mythiques et DJ de la soirée d’ouverture, toutelaculture.com était au vernissage d’Europunk, le 20 janvier dernier. Compte rendu.

L’exposition se déroule sur deux étages, séparés par une longue rampe blanche dans laquelle des drapeaux sont accrochés. En une dizaine de salles le visiteur ne fait pas un tour d’Europe. Dans une communauté de contestation, l’exposition mélange volontiers les pays pour amener intelligemment à entrer dans l’univers visuel du Punk.

Jamie Reid, The Sex Pistols, God Save the Queen, poster per disco,1977

Au dessus de la Piazza di Spagna, la Villa Medicis est la résidence la plus célèbre et la plus prestigieuse des artistes français à l’étranger. Ce 20 janvier 2011, l’ambiance était encore plus internationale que d’habitude pour un vernissage assez inattendu dans la vénérable institution. Et il faut bien dire que le « no future » des sex pistols résonne particlièrement bien dans l’enceinte de la vénérable Académie de France à Rome où sont passés les plus grands artistes français  depuis 1803… L’entrée se fait par une porte sobre,et qui paraît petite à l’échelle du bâtiment.L’exposition s’ouvre sur les fondateurs européens du punk : les sex pistols. De 1975 à 1978, la musique choc du groupe s’accompagne de visuels tout aussi saisissants. Le maître d’œuvre de cet univers graphique est Jamie Reid. La Villa montre également comment l’apparition des Sex Pistols à la  télévision dans l’émission « So it goes » a  permis au mouvement de toucher un plus large public.

 

Bazooka, Bulletin périodique n°7

La deuxième section de l’exposition se concentre sur le groupe français Bazooka, formé de Christian Chapiron (Kiki Picasso), Jean-Louis Dupré (Loulou Picasso), Olivia Clavel (Electric Clito), Lulu Larsen, Bernard Vidal (Bananar), Jean Rouzaud, et Philippe Bailly (Ti5 Dur). Les membres du groupe se rencontrent aux Beaux-Arts, et Bazooka travaille énormément le graphisme et l’image punk. En 1977, le groupe occupe et subvertit le quotidien Libération. Toujours dans l’optique libertaire et indépendante du mouvement punk, Bazooka productions crée ses propres magazines. Comme l’explique Eric Débris, lui aussi aux Beaux Arts à la même période que les membres du groupe Bazooka, les étudiants en Arts à l’époque étaient fascinés par le Bauhaus. Le graphisme de République de Weimar semblait le moyen le plus efficace pour faire passer le message du mouvement punk.

Eric Débris, Métal Urbain, Paris Maquis

Une fois ces deux grands points de repères posés, la suite de l’exposition montre comment à l’origine le mouvement punk était aussi apolitique qu’a-esthétique. La révolte était le mot d’ordre. Puis, au fil des fanzines et des affiches, le combat anti-capitaliste devient plus explicite. Certains punks n’hésitent pas à mettre les symboles nazis, la pornographie, la scatologie, les bestioles répugnantes sont autant de symboles qui doivent remettre en cause par négativité le système en le secouant. Paradoxalement il n’y a pas eu de vrai mouvement punk en Italie, ce que l’exposition explique par la possibilité d’aller vers les Brigades Rouges pour les jeunes italiens en révolte contre le système. Cette absence troublante est symbolisée juste en dessous d’une pochette d’album de Métal Urbain qui semble lui faire reflet, par un pylône de bois posé à même le sol dans la seule pièce noire de l’exposition. Cette œuvre fait référence à Giangiacomo Feltrinelli, retrouvé mort au pied d’un pylône qu’il avait voulu faire sauter, près de Milan, et qui s’est tué avec ses propres explosifs sans détruire sa cible.

Alors qu’elle s’ouvre avec une vidéo des Sex Pistols, l’expo se clôt sur une télé des « Joy division ». Selon Eric de Chassey, le punk, qui a su pratiquer des jeux d’équilibres entre des aspirations et des forces contradictoires finit par succomber lorsque se glisse dans sa musique et surtout dans son art une dimension nostalgique et gothique. La nostalgie tempère l’urgence, la jeunesse, et la violence du refus, mais le punk n’a pas fini d’inspirer ni la musique, ni le graphisme.

L’exposition Europunk va tourner dans toute l’Europe, avec comme première étape après la Villa Medicis, le Mamco de Genève, du 8 juin au 18 septembre 2011.

Vidéo réalisée par Eric Débris:

Festival Debout les morts! du 12 au 26 février 2011
Le palmarès de la première partie des Victoires de la musique, c’est par ici
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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