Musique

Entretien avec une étoile montante du Jazz Français : Baptiste Herbin

Entretien avec une étoile montante du Jazz Français : Baptiste Herbin

06 septembre 2011 | PAR Neil Saidi

Le saxophoniste Baptiste Herbin nous reçoit dans les locaux du facteur d’instruments Henri Selmer dans le 11ème arrondissement.

TLC : Comment est née ton envie de faire de la musique ?

Baptiste Herbin : J’avais des parents qui écoutaient de la musique donc c’est comme ça que je suis tombé dedans, à 4 ans j’ai voulu faire du sax mais je n’avais pas les dents qu’il fallait pour ça, il me manquait les dents de devant. Donc j’ai fait un peu de piano, j’ai appris à lire la musique et j’ai commencé le saxophone au collège à l’âge de 11 ans, ça n’a pas été directement une vocation mais plutôt quelque chose de naturel. Mon frère faisait de la musique, il jouait du piano, il est aujourd’hui accordeur de piano. C’est un peu plus tard que j’ai décidé de me consacrer à la musique, en classe de première. Au départ je voulais faire Artiste Plasticien comme mon père, mais je me suis vite rendu compte que ce n’était pas fait pour moi.

Quels sont les saxophonistes qui t’ont le plus influencé ?

Charlie Parker évidemment, c’est un des premiers que j’ai entendu, on m’avait offert un disque, mais quand j’avais 12 ans je n’étais pas très réceptif à sa musique, ça me paraissait un peu complexe, le saxophoniste qui m’a mis dedans quand j’ai commencé c’est plutôt Maceo Parker, c’était facile de comprendre ce qu’il jouait. C’est aussi Maceo qui m’a incité à faire de l’alto, au départ je voulais faire du ténor et quand j’ai entendu Maceo je me suis dit que c’était de l’alto que je voulais jouer. J’ai beaucoup écouter les anciens tenors, Lester Young, Ben Webster, Coleman Hawkins, également Cannonball Adderley à l’alto, c’est vraiment sur ceux-là que j’ai passé du temps à faire des relevés. Quant aux saxophonistes actuels, j’écoute par exemple Kenny Garrett ou Stefano Di Battista. J’essaye aussi d’écouter d’autres musiques, du funk, du rock, du Hip-Hop, pour ne pas m’enfermer.

Et en ce moment qu’est-ce que tu écoutes ?

En ce moment j’écoute pas mal de bop, Chet Baker, Gerry Mulligan, mais c’est parce que j’ai un concert la semaine prochaine autour de leur musique. Mais de manière générale j’écoute des musiques variées. Dernièrement j’étais à New York donc j’ai pu voir ce qui se passait un peu sur la scène New Yorkaise, voir les jeunes musiciens qui tournent là-bas, issus de la génération Chris Potter et compagnie, qui, il faut le dire, ont des projets originaux. J’ai vu un concert de « James Farm », le quartet de Joshua Redman qui m’a beaucoup plu, je pense que c’est sur ça qu’il faut se pencher en ce moment.

Connais-tu le groupe Kneebody ? Un groupe assez actif sur la scène New Yorkaise.

Oui je connais, avec le saxophoniste Ben Wendel. C’est un peu dans cette mouvance là qu’il y a des choses à faire, je ne suis pas un grand fervent de ce genre de musique mais je trouve ça très intéressant à étudier, il faut vraiment se pencher dessus. Le bebop c’est bien mais des musiciens comme Chris Potter, Joshua Redman ou Ben Wendel, après avoir étudié le bebop, ont su aller plus loin. C’est ce que j’ai essayé de faire dans mon dernier album, tout en essayant de trouver une unité musicale que je suis toujours en train de chercher. Il y a beaucoup de choses dans ce disque, de la musique malgache, du bebop, de la bossa, il y a un boléro, ça sort au mois d’octobre.

De qui es-tu entouré ?

Je suis entouré d’André Ceccarelli à la batterie, de Pierre de Bethmann au piano et de Sylvain Romano à la contrebasse.

Belle équipe.

Oui j’ai cette chance de les avoir à mes côtés pour ce premier album, ce sont uniquement des compositions. Pour un deuxième jet on essayera de faire quelque chose de différent.

As-tu une idée de ce que tu veux faire ?

Je pensais à un quintet, mais en ce qui concerne le projet musical, mon séjour à New York m’a donné quelques idées, je pensais à un truc plus traditionnel au départ et maintenant je me dis que ce serait peut-être mieux de se pencher sur un quintet à la Miles avec des compositions pas forcément Jazz, avec une équipe qui puisse être polyvalente, j’y réfléchis.

As-tu joué à New York ?

Oui pour une VandoJam, c’était assez bebop. Puis je me suis baladé un peu, j’ai été voir Roy Haynes, j’ai aussi revu Maceo, il jouait dans un petit club donc j’ai foncé, en France il joue uniquement pour des gros festivals, j’ai également écouté des Big Bands, du classique. J’ai été à des jams avec des groupes très intéressants qui ouvraient la Jam, c’était une scène très riche.

Qu’est-ce que tu as senti comme différence avec la scène Parisienne ?

La différence première, c’est quelque chose que j’ai dit à tout le monde quand je suis rentré, c’est que chacun a un « truc », une personnalité très marquée. Les musiciens n’essayent pas de se ressembler. Ils arrivent à échapper aux influences, qu’ils soient plus ou moins forts au niveau de la technique, de l’assise rythmique, et malgré quelques points faibles par rapport à ce qui se fait en France, où je trouve que techniquement le niveau est assez elevé, ils ont « quelque chose ». Chez eux c’est vraiment au niveau du son, de la sensation, de la fraîcheur sonore. Par exemple quand j’ai vu le quartet « James Farm », avec Joshua Redman, Aaron Parks, Eric Harland et Matt Penman, les compositions n’étaient pas si aventureuses que cela, mais c’était vraiment le son qu’ils en faisaient et cette originalité sonore qu’ils arrivent à donner qui est spécifique à New York. Les musiciens New Yorkais sont toujours à la recherche de nouveaux sons, sans jamais quitter l’Histoire, alors qu’en France on va retrouver des héritiers qui s’identifient et qui trouvent leur propre voix plus tard.Une autre différence c’est qu’il y a beaucoup plus de lieux pour jouer là-bas, énormément de musiciens, je n’avais jamais vu autant de saxophonistes de ma vie, qui étaient tous aussi bons les uns que les autres. On ne peut pas s’ennuyer, tous les soirs on peut aller jammer quelque part ou aller écouter un concert.

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Neil Saidi

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