Musique

Entretien avec Hawksley Workman, épisode 4 : No Beginning No End

02 octobre 2010 | PAR Sarah

Depuis son passage en mai dernier à Paris, Hawksley Workman a conquis les cœurs de la rédaction de la boite à sorties. Nous avons donc décidé de vous faire découvrir en 4 épisodes cet artiste hors normes qui mérite beaucoup plus de reconnaissance. Vous pouvez retrouver les 3 premiers épisodes par ici :

Live report : cliquez-ici
Episode 1 : We Will Still Need A Song
Episode 2 : Striptease
Episode 3: Piano Blink
Merci à Hawksley pour sa disponibilité et sa bonne humeur… ce fût un réel plaisir de le rencontrer si longtemps et évoquer tous les sujets des 4 épisodes.

Voici le 4ème et dernier épisode de notre rencontre avec Hawksley Workman. L’artiste évoque ici sa relation spéciale avec son pianiste Mr. Lonely et des ses diverses collaborations avec Marion Cotillard, Johnny Halliday, Jane Birkin et Kylie Minogue. Hawksley se livre aussi sur son pays d’origine, le Canada. Enfin, on termine l’entretien avec une dernière question inattendue !


Tu parles beaucoup de Mr. Lonely sur scène et tu en dis beaucoup de bien. A quel point est-il important pour toi ?
Oh… même en dehors de la scène, c’est un super type. Mr. Lonely est quelqu’un de très calme, bon et intelligent. Alors que moi, je n’ai pas de contrôle de ma vie, je suis excentrique. Lonely est très méthodique : quand on est en voiture dans Paris, je conduis et il regarde la carte. Lui se souvient des horaires de nos avions. Il me permet de garder les pieds sur terre. Je ne sais vraiment pas ce que je ferais sans lui. On se connaît depuis si longtemps au point que, pour moi, il est plus un frère qu’un ami ou un musicien. C’est mon frère… Il m’a vu au plus haut et au plus bas, sans jamais me juger. Je pense que c’est parce qu’il me respecte en tant que compositeur. Il y a un truc marrant quand on part en tournée : parfois, je vais le chercher chez lui pour aller à l’aéroport et sa femme me dit « Lonely est ton mari maintenant, jusqu’à ce qu’il rentre et qu’il redevienne le mien ». Quelque part, c’est vrai. Il m’apporte un certain équilibre dans ma façon de vivre. Je ne sais pas si tu peux voir cela sur scène… tu le ressens comme ça ?

Non pas vraiment. En fait, on voit bien ton côté excentrique sur scène, mais ce qu’on voit de Lonely, c’est qu’il est un super musicien et qu’il y a une réelle connexion entre vous.

Nous nous sommes rencontrés dans un groupe où j’ai été engagé pour la batterie et lui pour le piano. Je lui ai dit un jour que j’allais composer un album. Il m’a dit « super, passe moi un coup de fil à ce moment là et on jouera ensemble ». Je me souviens encore de notre premier concert, nous n’avions pas du tout répété. Nous avons seulement joué. Et ça l’a tout de suite fait ! A ce jour, j’ai encore du mal à comprendre comment nous avons fait pour jouer 700 shows ensemble. Ça veut dire qu’on a été 700 fois dans les coulisses ensemble, qu’on a voyagé 700 fois en voiture, en train, en avion, en bateau pour arriver dans les salles. On a vécu tant de choses ensemble : on a raté des avions ensemble… on n’a pas couché ensemble… enfin si. Une fois, après un concert à Dublin, on a dormi dans le même canapé car on n’avait pas d’argent. Aujourd’hui, je fais des cauchemars à penser qu’un jour Lonely me dise qu’il est trop fatigué et qu’il est temps pour lui d’arrêter de partir en tournée. Il a des enfants. Je ne sais pas ce que je ferais ce jour là, car aujourd’hui il fait complètement partie d’Hawksley Workman. Si je viens un jour jouer à Paris sans lui, les gens se demanderont où il est.

Justement… à ton dernier concert, c’est Mr. Lonely qui est monté sur scène en premier pour jouer un medley des tes morceaux au piano. J’ai adoré. Mais seuls les fans de la première heure ont pu apprécier cela.

Exactement. Pour moi, c’était un cadeau pour les vrais fans. Quand je regardais le public, j’arrivais à devenir ceux qui connaissaient les chansons du medley : ce sont eux qui connaissent les albums et les musiques. Ils reconnaissent une chanson et sont contents. Les autres devaient sûrement se demander ce que c’était et où était Hawksley Workman.

J’ai lu que tu as collaboré avec Johnny Hallyday et Kylie Minogue. Qu’as-tu fait exactement avec eux ?

J’ai écrit une chanson pour Johnny Halliday il y a très longtemps. Peut-être 7 ans. Je ne l’ai jamais rencontré ; c’est une sorte de Michael Jackson pour la France. Pour Kylie, j’ai écrit des chansons, mais elle ne les a jamais enregistrées. J’ai aussi écrit pour Jane Birkin et Marion Cottillard.

Marion Cottillard apparait dans le clip de « No Reason To Cry Out Your Eyes ». C’était juste un hasard ou bien te connaissait-elle avant cette vidéo ?

Oui, on sortait pas mal ensemble avec des amis quand je vivais à Paris. On dinait… c’est super sympa cette époque : je sortais beaucoup et elle était souvent là. Tout ça, c’était avant qu’elle devienne une grande star. La chanson « French Girl in LA » de mon dernier album « Meat » parle d’elle. J’étais à Los Angeles pour jouer à un concert de charité pour Cartier et on m’a demandé d’écrire une chanson pour Marion. C’était juste 2 semaines avant qu’elle ne gagne son Oscar. C’était très drôle pour moi de voir cette belle Française en Californie après tout ce qu’on a vécu. Elle semblait tellement Américaine… et ça contrastait tellement avec la personne que j’ai connue 7 ans auparavant et qui ne faisait que des films d’auteur. Et là voilà maintenant, toujours overbookée, entourée de gens, nommée aux Oscars… c’était étrange. Et je voulais célébrer cela car ce n’est pas banal de rencontrer quelqu’un dont le destin est d’arriver au top. J’ai été témoin d’un moment très spécial : je ne lui ai pas parlé depuis longtemps !


Parlons de tes origines canadiennes. Tu viens de Muskoka. C’est où exactement ? Vis-tu toujours là-bas?

J’ai toujours une maison là-bas, mais je n’y vis pas. Je vis à Toronto. Muskoka est à 3 heures de route au Nord de Toronto. C’est très beau. C’est sauvage et très paisible à la fois avec tous les lacs. J’ai toujours mon studio dans ma maison et ma famille est toujours là-bas… mais je n’y vais plus très souvent.

Où étais-tu quand le Canada a remporté la médaille d’or de Hockey aux derniers Jeux de Vancouver ?

J’étais sur le canapé et je buvais du vin avec ma copine en regardant le match. Beaucoup de Canadiens te diront que c’était un moment émouvant. Moi je dirais plutôt excitant. Mais oui, c’était un super moment.

Un jour j’ai rencontré un Canadien dans un pub et nous avons discuté. On a parlé d’Hawksley Workman, mais il ne connaissait pas du tout. A quel point es-tu connu au Canada et dans les autres pays ?

C’est au Canada qu’il y a le plus de gens qui me connaissent. Ce n’est pas du niveau de Nickelback, de Sum 41 ou Avril Lavigne. Si tu parles de Céline Dion à un Candian, il saura de qui tu parles. Hawksley Workman, tout le monde ne connaît pas forcément. Quand je joue au Canada, je remplis tout de même des salles de 1000 à 2000 personnes. C’est grand, mais pas tant que ça. Je peux toujours marcher dans la rue tranquillement. De temps en temps, environ 1 fois par semaine, on me reconnaît. Ce n’est pas la Workman-mania non plus. Il y a d’autres pays où je marche plutôt bien : France et Australie. En Norvège aussi. A New-York et Los Angeles aussi… je connais beaucoup de songwriters au Canada qui galèrent… ce n’est plus mon cas, j’ai beaucoup de chance. J’ai une maison, une voiture, une belle vie…


Tu parles bien français ?

Plus maintenant. Quand je vivais du côté de Bastille, oui, je parlais beaucoup. Mais je peux commencer à bien parler français quand je bois beaucoup de vin.


Ah… quand on est bourré, on parle toutes les langues !

(rires) ça, c’est bien vrai !


Qu’as-tu fais après ton dernier concert à Paris ?

Nous sommes allés à Londres pour faire un concert. Je me marie dans 2 semaines, alors j’ai emmené ma future femme dans des endroits typiquement français. On a déjeuné à Pigalle dans la brasserie où j’ai déjeuné la première fois à Paris il y a 10 ans ! Je me suis remémoré ce moment. C’est chez nous maintenant. J’ai fait mon jogging ce matin en longeant la Seine jusqu’à Notre Dame sans me perdre !

Que puis-je te souhaiter pour le futur ?

De rester créatif… de rester heureux… je ne sais pas. Je pense que je vais déménager quelques temps à Los Angeles. Attention c’est la minute ennuyeuse : je veux être un homme bien, intelligent et un super mari. Il y a plein de petits rêves que je souhaite réaliser. La Musique a occupé une telle place dans ma vie qu’il y a des choses que je n’ai pas pu faire, comme avoir un chien, ou faire de la bonne cuisine. J’aimerai aussi parler couramment français.

Dernière question, accroche-toi. Je n’ai jamais acheté un seul de tes t-shirts. Ils sont horribles. C’est la pire chose que tu fais.

Vraiment ?

Il y en a peut-être 1 ou 2 qui sont potables, les autres sont très mauvais. C’est pour ça que je voudrais savoir qui conçoit les t-shirts Hawksley Workman ?

(rires)… Vraiment ? Fuck ! Je ne le savais pas… Je ne suis pas très impliqué dans la création des t-shirts. Elle est vraiment drôle ta question. Je vais y réfléchir, mais je ne sais pas qui les fait en réalité. C’est vraiment très drôle ce que tu me dis là. On va essayer de faire mieux.


Merci Hawksley… c’était très important pour moi car je suis un de tes plus grands fans. Tu es mon Manu Katché (cf. épisode 3 de la rencontre).

(rires)… merci pour ça. Merci encore pour cette interview. C’est très rare pour moi des interviews aussi personnelles. D’habitude, les journalistes font simplement leur travail en me demandant pourquoi j’ai mis telle ou telle photo sur la pochette. L’interview était cool ! Et… j’ai bien noté que tu n’aimes pas mes t-shirts. Et moi non plus d’ailleurs, je n’aime pas mes t-shirts. Un jour, j’en ai conçu un et ça a été celui qui a fait les plus faibles ventes !

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