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Worakls : « Je ne me prends pas pour un chef d’orchestre »

Worakls : « Je ne me prends pas pour un chef d’orchestre »

12 avril 2019 | PAR Pierre-Lou Quillard

Lors du Festival Chorus des Hauts-de-Seine 2019, il a enflammé la salle du grand auditorium de la Seine Musicale au son de son « Orchestra », une symphonie électronique hors du commun. Nous avons discuté avec Kevin Rodrigues allias « Worakls », ce jeune prodige que nous devions vous faire découvrir !

 

 

Kevin, à 30 ans, vous êtes déjà considéré comme un artiste extrêmement talentueux, un « visionnaire » pour certains. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre parcours ? Sur quels bancs vous-êtes formé ?

J’ai commencé la musique par le piano, quand j’avais 3 ans. J’ai arrêté l’école musicale en chantant vers 11-12 ans. Ensuite, j’ai eu plusieurs formations, de groupes de rock, etc… C’est quand j’ai commencé à sortir en club, vers 18-19 ans, que je me suis mis à la musique électronique. Aujourd’hui, je reviens un peu plus à mes sources en gardant la musique électronique et en insérant mon passé plus orienté … musique classique.

Que signifie « Worakls », votre nom d’artiste ?

Ça vient du mot « oracle », plus particulièrement de quand j’ai commencé à faire de la musique électronique avec un pote, il y a une dizaine d’années. On jouait à une soirée privée, tous les deux et il y a un ami bien éméché qui nous a dit qu’on ressemblait à des oracles, avec nos capuches et les volutes de fumée de cigarette. Ça nous as fait rire et c’est parti de là. 

Vous mélangez les mondes de la musique en faisant cohabiter sur scène le classique orchestral et l’électronique. D’où vient ce projet ?

Ça vient très naturellement de mes goûts.  J’écoute presqu’exclusivement de la musique classique ou de la musique de film dans mon temps libre. J’aime écouter de tout mais c’est vraiment ce qui me plaît le plus. Donc, très naturellement, j’ai eu envie de mettre ces genres musicaux dans mes compositions.

En parlant de musique de film, vous dites vous intéresser à la musique de film et à l’émotion qu’elle procure. Avez-vous déjà composé pour le cinéma ?

Pour le cinéma, j’ai fait déjà quelques courts-métrages. Sinon j’ai fait la musique d’un documentaire pour Ushuaïa récemment. Je m’y essaie un peu, à droit, à gauche. Je prends ça comme un apprentissage du métier, doucement mais sûrement.

N’ambitionnez-vous pas un peu de devenir notre futur Maurice Jarre ou Alexandre Desplat par hasard ?

Pourquoi pas ? Evidemment, je ne vise pas le fait d’être quelqu’un d’autre. Celui que j’aime par-dessus tout, c’est plutôt Hans Zimmer ou John Williams. Effectivement, j’aimerais beaucoup travailler pour le cinéma. A chaque fois que j’ai eu l’occasion, ça m’a vraiment plu. Donc pourquoi pas. Ce n’est pas pour autant que j’abandonnerai la musique électronique ou la scène qui font partie de mon équilibre.

Comment décririez-vous votre univers avec vos propres mots ?

Je pense que c’est une passerelle entre la musique électronique et la musique de film… un mélange des mondes, de périodes, d’univers. Je dirais que c’est de l’électro-orchestral ou de l’électro-symphonique. J’ai un univers assez onirique, épique aussi. C’est un univers qui veut simplement faire voyager et faire ressentir des émotions.

Environ 10 ans d’attente pour cet album, Orchestra, conçu comme un véritable show musical et avec lequel vous tournez depuis quelques semaines.  C’est donc le fruit d’une longue maturation ?

Oui mais c’est aussi parce que j’ai essayé de m’y mettre plusieurs fois et que j’ai été rattrapé par d’autres projets qui me semblaient plus urgents. Dans la musique électronique, à l’heure actuelle, on n’a pas vraiment besoin de faire des albums pour exister. Donc je n’en ressentais pas le besoin même si j’en avais très envie. Je pense que là, c’était le bon moment pour pouvoir passer une étape supplémentaire et pour pouvoir justifier cette tournée avec l’orchestre.

C’est l’orchestre de Fourvière qui vous accompagne, composé d’une vingtaine de musiciens. Est-ce que ça a été facile de porter ce projet pour le moins atypique et de convaincre un tel ensemble ?

Convaincre, non. Je pense qu’ils étaient un peu sceptiques quant à ce qu’ils allaient devoir jouer. C’est vrai que c’est une utilisation des instruments classiques qui peut être assez différente de ce que les orchestres ont l’habitude de jouer. Les difficultés ne sont pas aux mêmes endroits. La musique électronique requiert une précision dans le tempo, la vitesse, les volumes qui ne pardonne pas. Dès que ça n’est pas parfait, tu l’entends beaucoup plus que quand tu es au sein d’un orchestre, entouré de 80 musiciens.

Vous avez composé seul toutes les partitions ? Êtes-vous le chef d’orchestre de tout cet ensemble ?

C’est moi qui ai tout écrit. Je travaille avec Antonin Winter qui est mon violoncelliste et qui m’aide. Mais oui, c’est moi qui écris tout et pas un chef d’orchestre à qui j’ai donné des lignes électro et qui l’a traduit en musique classique. Je pense que pour la réussite du projet, il faut quelqu’un qui qui puisse faire la passerelle entre ces musiciens classiques qui ont des repères et la musique électronique,  quelqu’un qui puisse les orienter. Je ne me prends pas pour un chef d’orchestre par ce que je n’en suis pas un. Il a fallu que j’assume ce rôle mais maintenant, quand les musiciens entrent sur scènes, ils n’ont normalement plus besoin de moi.

Vous avez co-fondé un label de musique électronique intitulé Hungry Music, en 2014. Était-ce pour être plus indépendant ?

Tout à fait. Comme on fait de la musique un peu atypique. On n’avait pas envie de changer notre musique pour coller aux « lignes éditoriales » des directions artistiques des autres labels déjà existants. Donc on s’est dit qu’on allait fonder un autre label pour pouvoir faire ce qu’on veut, en fait … Être libre.

Enfin, dans la vidéo teaser de ce projet, vous expliquez avoir voulu créer l’aboutissement de ce que vous voulez représenter dans la musique, mais que ce n’est qu’un commencement. On peut donc vous demander s’il y aura une suite à Orchestra ? Allez-vous prolonger la tournée ?

Tout à fait, on vient de recaler des dates pour la France et aussi pour l’Europe. On va faire la Hollande, l’Allemagne, la Suisse, la Belgique, peut-être l’Espagne… On a recalé des dates en France parce qu’on était complet sur toute la tournée et je pense qu’il y a des gens qui aurait voulu voir le show. On repassera au Zénith de Paris en novembre, à Toulouse, au Zénith aussi… Il y a des très belles dates qui arrivent. J’ai hâte d’y être. Pour l’occasion, je pense que je vais encore ajouter de l’effectif, et changer encore des choses dans le show.

Et on a hâte de vous revoir. Merci beaucoup d’avoir répondu à nos questions et très bonne tournée à vous.

 

Propos recueillis par Pierre-Lou Quillard  le 10/04.2019

 

 

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