Electro

[Live report] Factory Floor, Jon Hopkins et Four Tet à Villette Sonique

[Live report] Factory Floor, Jon Hopkins et Four Tet à Villette Sonique

06 juin 2014 | PAR Bastien Stisi

Cette semaine, l’espace reliant la Porte de la Villette à la Porte de Pantin enfile le costume du Festival Villette Sonique, et propose une alternance de concerts gratuits (ce week-end) et payants, tous aussi indé que stimulants.

Pas de gratuité hier soir, mais un concert qui affiche complet tout de même : dans la Grande Halle de la Villette, on se presse entre jeunes gens branchés et gamins très vite défoncés, on s’interroge sur l’horaire de passage du héros de la soirée (« Four Tet programmé à 22h30 ? ça va quand même faire bizarre… »), on assiste d’abord au live des Londoniens de Factory Floor, faiseurs d’une dance musique robotique mais déclinée par deux humains et une humaine (elle, balance parfois quelques cris et verbes émanant de ténèbres numériques).

Factory Floor : du noir sur le dancefloor

Le trio broie du noir, en fait de l’électro, décline son album éponyme, sale, capiteux, synthétique, mélange d’ethnies industrielles, post curtisiennes et post païennes. Les morceaux s’étiolent, s’émancipent brillamment de leur carcan studio, s’étirent jusqu’à ne plus vouloir finir (« Fall Black »), émasculent, aussi, les tympans de ceux qui auraient oublié d’enfiler des bouchons dans les oreilles (on ne se fera plus avoir…)

Jon Hopkins : arty et appliqué

Une jeune fille un peu maladroite nous demande où il est possible de trouver de la MD entre les deux sets. On tente d’expliquer qu’écouter Factory Floor, et bientôt Jon Hopkins, avec une attention soutenue, suffit largement à entrer en lévitation cérébrale. Peine perdue. Il n’est que 21h30, mais vu l’ambiance, un poil camée et jouvencelle, on se croirait dans un club orienté techno et électro intelligible, dans les alentours de 3 heures du matin. C’est donc au tour de Jon Hopkins, lui aussi résident londonien (en fait, tous le seront ce soir), de faire son apparition sur le très (trop ?) grand espace de la Grande Halle.

Le britannique est seul sur scène, simplement entouré du traditionnel Macintosh et de quelques machines, et déverse une électro deep, féerique, inquiète, aérienne et cependant toujours collée au sol. Lors de ses phases les plus virulentes, le Monde donne l’impression de devoir imploser. S’il devait le faire, cela se passerait toutefois forcément avec une douceur remplie de paradoxes.

Son parcours d’élève studieux et appliqué au Royal College of Music de Londres se ressent dans ses prestations scéniques, et notamment par sa manière de faire défiler derrière lui les clips accompagnant les morceaux qui s’exécutent avec force et délicatesse dans les enceintes d’une salle bondée et littéralement transcendée. On verra les clips de « Open Eye Signal », de « Collider », et aussi le prisme informe qui illustre son album Immunity se tordre et se métamorphoser en cadence, donnant au live une dimension visuelle qui contribuera grandement à son excellente qualité.

Four Tet : sans histoires et décevant

Le show de Four Tet, débuté vingt minutes plus tard et pourtant très attendu, sera décevant. D’ordinaire proche d’une électro (brillante) qui trouve aussi bien sa place dans les laboratoires que sur les dancefloors, Kieran Hebden (dans le civil), proposera les compositions de son dernier album Beautiful Rewind (« Gong », « Parallel Jalebi », « Unicorn »), mais peinera à les faire décoller pleinement, malgré quelques instants de grandeurs évidentes.

Le public, cobaye attentif, répond d’abord présent, avant que quelques-uns (les plus exigeants sans doute) ne se décident à quitter le lieu avant la fin d’un set sans histoire, et avec tout de même quelques regrets.

Ce week-end, Villette Sonique se poursuit, avec Ty Segall à la Grande Halle et James Holden au Cabaret Sauvage ce vendredi (concerts payants), Pachanga Boys et Crystal Ark ce samedi (gratuit), et Jagwar Ma dimanche (pour ce dernier concert, gratuit, il faudra arriver tôt).

La programmation complète est à retrouver sur le site officiel de Villette Sonique.

Visuel : (c) Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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