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Synesthésie et fusion électrique à l’Ircam Live

Synesthésie et fusion électrique à l’Ircam Live

08 mars 2020 | PAR Caroline Arnaud

C’est dans la grande salle du centre Pompidou, le 5 mars  que nous avons eu le plaisir d’assister au concert de l’Ircam Live dans le cadre de Mutations/Créations 4 . Pour cette édition, le musée d’art contemporain français a travaillé en collaboration avec la Société des Arts Technologiques de Montréal (SAT). Une association qui entretient des rapports entre la musique et le visuel de l’ordre de la synesthésie.

Bien installés dans les fauteuils rouges de la grande salle, nous sommes restés fixés dans notre siège pendant toute la représentation. Depuis le 26 février et jusqu’au 20 avril, le Centre Pompidou s’exerce à briser les frontières entre les disciplines, entre l’art et les sciences mais aussi avec l’ingénierie.

La soirée était organisée en 3 parties, la première commence avec la composition de Aaron Einbond interprétée par Alvise Sinivia. Le piano est ouvert de sorte que le musicien nous le  décortique, nous faisant entendre tous les sons improbables que l’intérieur d’un piano peut faire, le caressant, le tapant ou en tirant sur ses cordes. Une composition particulière qui nous permet de découvrir des sons surprenants. Comme ceux d’un papier d’aluminium froissé qui nous chante la retombée d’une pluie fine, ou au bruit d’un sac en carton que l’on met en boule et qui nous donne l’impression d’entendre un mouvement de terre broyée… Une composition de 12 minutes qui nous révèle où se situe la recherche en musique contemporaine, l’artiste étant lui même un compositeur et artiste performeur travaillant sur le rapport au corps et à l’instrument. Une composition organique qui porte le nom de Cosmologie, avec des sons que l’on ne peut reconnaître, totalement nouveaux, des sons qui résonnent dans la salle, qui apparaissent à un angle pour se déplacer jusqu’à son angle opposé comme un effluve grâce à un système de diffusion Ambisonics.

La deuxième composition, Las Pintas, est une collaboration entre un compositeur de musique contemporaine José Miguel Fernandez et Raphaël Foulon. C’est une expérience fascinante dans laquelle nous sommes immergés. Face à nous un voile courbé nous projette un cercle qui change de couleur, qui se déplace sur le voile tout en restant un cercle et à l’intérieur duquel on retrouve un mouvement incessant de stries ou des lignes courbées aux formes de vagues qui se déplacent dans le cercle. Une représentation visuelle de la musique des  sphères de Pythagore, la notion d’harmonisation de l’univers et des planètes entre elles retrouve une forme visuelle et un son à l’Ircam Live. C’est comme si le visuel servait à donner une forme, une couleur, une matière aux sons de la composition musicale. La prestation a un effet de transe visuelle, la sensation est ainsi  accentuée par les bruits tout autour de nous, indistincts, et qui parfois ressemblent à des piaillements d’oiseaux ou au cri d’une baleine. La texture sonore varie sans arrêt comme les formes projetées qui deviennent parfois similaires à du métal, du papier bulle voir à des fils de laine, l’alliance entre la musique électronique et le visuel est apaisante. Du moins pour cette pièce là. 

La troisième et dernière partie de la soirée est animé par Eric Raynaud, aussi surnommé Fraction avec sa composition Vector Field, une performance audiovisuelle “générative”. Le plasticien sonore nous plonge dans un univers en 3D où la musique est projetée en forme de diagrammes physiques sur un grand mur de projection, des flashs de lumières blanches explosent à travers un nuage de fumée qui se diffuse dans la salle, nous éblouissant, l’écran passe du noir au blanc et nous aveugle. Comme un choc pour les yeux, on continu pourtant à fixer les mouvements fluides et électriques de la musique visuelle qui se joue devant nous. Comme hypnotisés par les mouvements des lignes qui sont créées en live par l’artiste mais aussi par les sons violents et puis doux, des sons stridents et des bruits de mécaniques qui nous déroutent.

Ce show organisé par l’Ircam est agressif en effets visuels mais aussi fascinant, cette expérience peut nous faire penser à des illusions d’optiques comme celles des artistes de l’Op art comme Vasarely ou Bridget Riley. Une nouvelle expérience de l’art, un art de la synesthésie mais aussi  expérientiel dans lequel tous nos sens sont sollicités. La musique est l’expression d’une abstraction absolue qui sans cesse évolue, qui évolue grâce aux technologies et notamment par les recherches menées dans ce domaine. La collaboration entre l’Institut de recherche et coordination acoustique/musique et la SAT est une rencontre importante entre l’art visuel et la musique, qui va impacter l’avenir de ces deux univers dans une pleine fusion. 

Venez expérimenter d’autres associations entre les arts et les sciences avec l’exposition « Neurones, les intelligences simulées » qui prend place au Centre Pompidou jusqu’au 20 avril. 

Visuel: ©CA – Composition, Fraction, Vector Field

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