Electro

[Chronique] « Tomb For Two » de Lebanon Hanover : cold-wave glacée et veines lacérées

[Chronique] « Tomb For Two » de Lebanon Hanover : cold-wave glacée et veines lacérées

29 avril 2014 | PAR Bastien Stisi

Entre new wave affreusement sombre et post-punk curtisien (livré avec la corde), Lebanon Hanover livre un troisième album qui fait passer No Ceremony ///, Tristesse Contemporaine et tous les adeptes récents de cold-wave mélancolique pour des animateurs trop rigolos de kermesses provinciales.

[rating=4]

Lebanon Hanover - Tom For TwoUne boîte à rythmes, une basse, un synthé, un duo qui rivalise de vocalités spectrales, et la tristesse est jouée : minimale et sans emphase, la cold-wave de Larissa Iceglass, de William Maybellin, et de leur projet Lebanon Hanover atteint avec Tomb For Two une résonance dépressive encore jamais égalée au sein d’une discographie pourtant loin d’être excessivement joviale (suffit de citer les titres des deux premiers albums pour s’en convaincre, The World Is Getting Colder et Why Not Just Be Solo…)

Énoncées dans la langue de D.A.F. et dans celle de Robert Smith, les compositions de Tomb For Two rivalisent d’ambiances délétères et cafardeuses, requiem gothique et synthétique qui trouvera son paroxysme ultime sur le post-punk et abyssal « Gallowdance », tube prozaïque de dancefloor réservé avant tout aux enfants les plus mal en point de Werther.

La voix de William semble celle d’un mort soudainement redevenu vivant, oppressante comme une lame directement immiscée dans la gorge (« Midnight Creature », « Tom For Two »). Celle de Larissa appartient sans doute à une cantatrice d’un lendemain post-apocalyptique, directement adressée aux survivants sans visages d’un monde saccagé et sans espoirs (« Sadness Is Rebellion », « I Believe You Can Survive »). Ensemble, ils sont les amants shakespeariens de Vérone qui auraient troqué le poison et le poignard contre le synthétiseur et la boîte à rythmes, ou peut-être une version couplée de Curtis période pré Closer dont ils imitent souvent le timbre et les sonorités (on s’y croirait sur « Autofocus Has Ruined Quality »), et même jusqu’à la pochette de l’album, qui rappelle directement celle, mortuaire et blafarde, du deuxième et dernier album de Joy Division, paru quelques semaines après le suicide de son emblématique fondateur.

« Il n’y a qu’un problème philosophique véritablement sérieux, c’est le suicide », affirme Camus dans le Mythe de Sisyphe. Et en ce qui concerne la cold-wave ?

En concert ce vendredi 9 mai à l’Espace B.

Lebanon Hanover, Tomb For Two, 2014, Mecanica Records, 34 min.

Visuel : © pochette de Tomb For Two de Lebanon Hanover

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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