Electro
[Chronique] Tapis rouge (sang) pour le premier album de No Ceremony ///

[Chronique] Tapis rouge (sang) pour le premier album de No Ceremony ///

18 octobre 2013 | PAR Bastien Stisi

No Ceremony

[rating=4]

Larmes pop et synthétiques dans le cœur, frissons dans la peau, et tapis rouge sanguinolent déroulé sous les pas du premier album éponyme de No Ceremony ///, à paraître chez PIAS le 21 octobre.

À Manchester, il semblerait que la culture d’un semblant de mystère sur l’identité globale d’un groupe soit le signe avant-coureur d’une réussite assurée. À la manière des anarco-post-rockeurs de WU LYF, qui avaient rendu fous de curiosité la scène indé britannique il y a quelques années en se contentant à leurs débuts de parcelles énigmatiques d’informations évasives, les No Ceremony /// ont su tisser, et sans l’avouer formellement, un subtil voile autour de la personnalité d’un groupe, dont le profane aura cependant rapidement assimilé le tube « Hurt Love », balancé sur la toile il y a deux ans en guise de bombe émotionnelle et synthétique.

https://soundcloud.com/noceremony/no-ceremony-hurtlove-1

Confiné au-dedans de la scène dark-wave internationale par le biais d’une fructueuse et remarquée collaboration raveuse et glacée avec leurs voisins mancuniens de Stay Positive (désormais composé de l’unique Matt Farthing), No Ceremony /// finit par tomber le masque, à afficher le (très beau) visage de ses membres après une multitude de premières parties  positives pour le curriculum vitae (Alt-J, SBTRKT, Zola Jesus, Money…), et fera paraître le 21 octobre un premier album studio éponyme sur un label créé tout spécialement pour l’occasion (NOC///). Pour célébrer l’événement et répandre la bienheureuse nouvelle, le trio s’est entouré de quelques noms de prestige (Joey Santiago des Pixies, Mike Joyce des Smiths) qui devraient affuter encore un peu plus les sens des non convertis au charme ombreux et stroboscopique de ses résidents du nord de l’Angleterre.

Évidemment, pas de cérémonie clinquante ni de paillettes d’apparat sur ce premier opus, mais plutôt une grande messe monolithique et mélancolique dont Victoria et sa clique de prêtres torturés aux manettes s’efforcent de nuancer la noirceur environnante par des pointes élancées d’électro pop étoilée, parfois scintillante.

Synthpop dépressive et lo-fi sous voix vocodée, conversation de piano et de claviers électroniques, mélodies vocales hantées et approfondies, le cœur se brise en neuf morceaux déchirants de faiblesse et de force, et n’émet pas forcément la volonté immédiate de se régénérer instantanément. Dans les déchirures post-dubstep (ou pop-dubstep ?) de « Hurt Love » comme dans les murmures de « Away From Here » ou dans l’électro pop d’outre-tombe de « Feel so Low », habité par des esprits préoccupés par des considérations d’humains bien vivants, il faut bien avouer que l’on ne se sent paradoxalement pas trop mal : s’il y a finalement une cérémonie à envisager, ce sera celle d’un accrochage profond à l’un des plus jolis disques dark-wave aperçu depuis bien longtemps.

Visuel : © pochette de No Ceremony de No Ceremony

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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