Electro
[Chronique] Le « Contrepoint » électrique de Nicolas Godin

[Chronique] Le « Contrepoint » électrique de Nicolas Godin

10 septembre 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Nicolas Godin fut la moitié d’Air. Avec   Jean-Benoît Dunckel  ils ont commis sept albums, imposant les voix vocodées accolées aux nappes enivrantes comme une règle d’or. Le 18 septembre, Nicolas Godin sort, « après quatre ans de travail » dixit Because, une œuvre d’art qui s’écoute à l’ancienne, du début à la fin, et avec une belle concentration s’il vous plait. Contrepoint se dévore comme une balade dans l’histoire de la musique.

[rating=5]

D’abord il y a un nom : Contrepoint. La référence à la technique est directe, un contrepoint est pour faire simple, une superposition de lignes mélodiques. Ensuite il y a une idée : faire une œuvre qui répond exactement à la définition de ce terme. Il faut écouter Contrepoint comme on lit un livre de la page une « Orca », au point final « Elfe man ». Entre les deux on s’évade.

D’abord dans le temps. Les huit morceaux qui composent Contrepoint trouvent leur inspiration dans la musique classique allemande du XVIIIe siècle. Il ose une très belle relecture de « Widerstehe doch der Sünde » de Johann Sebastian Bach. Transformant ainsi  cette aria en une œuvre à la fois baroque et lyrique. Cette étonnante traduction  vient apporter du grave, en ouvrant non pas sur des violons mais sur des tambours. Il nous promène aussi sur la planète. Au Brésil, pour « Clara », une bossa qui nous emballe sérieusement. En Italie avec « Quei Due », un morceau très 80 qui additionne une synthé-pop avec une voix sexy (forcement) en italien.  Le tempo est plus charnel qu’amical. « Andiamo casa » nous susurre-t-elle pour ce titre qui pourrait être la bande-son d’un nouveau Emmanuelle.

Quand on écoute Contrepoint, il ne faut pas perdre de vue le commencement. « Orca » est un tel choc qui laisse sur place. Il s’agit  d’un menuet qui aurait avalé un punk assez daft.  « Orca » donne la ligne directrice que l’on retrouvera tout le temps, même sur le très jazz « Club nine », ou sur Glenn (Nicolas Godin ne tait pas son admiration pour Glenn Gould) qui reflète l’ambiance d’un jeu vidéo.  Godin s’amuse, compose et agrège. Il n’a peur de rien ici et Bach Off au tempo funk nous donne à entendre le speed de cliquetis, des bruits d’eaux, une synthé progressive, des accumulations afro.

Cet album qui navigue du jazz au classique en passant toujours par l’électronique électrise les orgues et les sensations.

Contrepoint nous enveloppe à l’image d’ « Elfe man », un finish beau comme dans le film d’amour le plus kitsch. Godin nous arrache de nos rêves de midinettes adoratrices d’Air à 15 ans, en ajoutant la part de fantastique qui aurait sa place dans un film d’horreur. De quoi nous rappeler que Bach a composé « Widerstehe doch der Sünde » pour le Carême, il ne faudrait pas perdre de vue que tout cela est une affaire d’introspection.

Nicolas Godin, Contrepoint,  sortie le 18 septembre 2015, Because, 33 minutes

Visuel : ©Because

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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