Electro

[Chronique] « 60° 43 Nord » de Molécule : au cœur de la tempête, la source

[Chronique] « 60° 43 Nord » de Molécule : au cœur de la tempête, la source

04 février 2015 | PAR Bastien Stisi

Parti enregistrer, en plein hiver et durant cinq semaines, un album inédit au cœur des mers de l’Atlantique Nord, Romain Delahaye, alias Molécule, donne tout son sens au terme d’électro organique. Écoute attentive, performance absolue, et plongée maritime.

[rating=5]

Cinq semaines sur un chalutier, un équipage adapté, un périple mené de Saint-Malo aux mers multiples de l’Atlantique Nord entreprit sans escales aucunes. Et des vagues bleutées couvertes d’écume à venir, que l’on contemple (et que l’on craint parfois) à perte de vue.  On ne parle pas ici de pêche aux thons, malgré les apparences premières, mais bien de pêche aux sons. Et plus particulièrement de celle menée par l’explorateur Molécule (DJ, producteur et donc navigateur) parvenu avec cet incroyable voyage retranscrit sur 60° 43 Nord (paru chez le très libre label Mille Feuilles, qu’il a créé) là où rien n’a encore été modifié. À la source du son, en pleine mer.

Sur ce livre-disque qui s’accompagne d’un carnet de photos et d’un recueil de textes réalisés lors de la traversée maritime, aucune sonorité, qu’elle soit électronique ou organique, n’a été ajoutée au retour. Tout émane directement de ce home studio intégré au chalutier (microphones, table de mixage, synthétiseurs, guitare, boîte à effet) qui aura permis, en plus d’une composition ambiant et technoïde instantanée, la captation des humeurs d’une météo parfois considérablement hostile.

Et ces humeurs des flots se ressentent sur 60° 43 Nord, comme si l’on se retrouvait directement immiscé au cœur de cet océan souvent tortueux (« Abysses »), parfois ombrageux (« 8 zl 40 »), parfois dangereux (« Bailey »), parfois apaisé (« Le Jardin »), finalement libérateur (« Le Lac »). Plus incroyable encore, la faculté qu’a l’album à s’envisager parfaitement sur les dancefloors, comme sur ces instants où l’ambiant inquiète se mute en techno deep (« Hébrides ») ou frontale (« Shannon »), à l’image de ce « Rockall » et de son vent violent qui nous infiltre à l’intérieur même d’une tempête anxiogène, semblable à ce que savent produire les écoutes prolongées de Mondkopf,  ou de Gesaffelstein. Dans la cale humide d’un bateau comme dans la cave bruyante d’un club, la recette fonctionne.

S’isoler pour composer, et se confronter au danger pour le faire. On saluera la démarche autant que le rendu, et la performance humaine que représente l’élaboration d’un projet aussi courageux autant que les plages hyper expressives qui s’accumulent sur un album grandiose, un objet qui s’avère être le plus inquiétant de ce début d’année. Inquiétant, car follement vraisemblable.

Molécule, 60° 43 Nord, 2015, Mille Feuilles, 75 min.

Visuel : © pochette de 60° 43 Nord de Molécule

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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