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David Bowie : nouveau single, papy fait de la résistance

David Bowie : nouveau single, papy fait de la résistance

02 mars 2013 | PAR Arnaud Berreby

« Beau oui, comme Bowie ! » chantait Isabelle Ajdani sur des paroles de Gainsbourg dans les années 80, période qui vit le britannique schizophrène s’extraire de son esthétisme élitiste berlinois (la trilogie :Low, Heroes, Lodger) pour s’autoriser à fréquenter un mainstream proprement goudronné, bordé de vos haies si bien taillées(Scary Monsters , Let’s Dance)…

 

 

Et puis les années ont passé, blanchissant nos ardeurs, nos santiags sont devenues Weston, nos Tee Shirt « Punk not Dead » arborent désormais le célèbre crocodile vert vaseux qui engloutit goulûment nos rêves de jeunesse dans des marécages fétides et nous qui étions des tigres rugissants à la tignasse arrogante sommes devenus des descentes de lit hirsutes et chauves, nos belles déjantées d’antan désormais hystérisées, colorées et brushinguées se trouvent « très très moches, je-me-déteste- parce-que-j’ai-rien-à-me-mettre » et, pour noircir un peu plus ce tableau, David Bowie est victime d’un accident cardiaque et opéré en 2004, rayant d’un trait d’électrocardiogramme plat une bonne fois pour toutes l’insouciance éthylique de nos vingt ans, comme une injonction d’huissier à jouir à la trique matinale, un coït sur ordre bavarois, un doigt gainé de vaseline bien placé, bon j’arrête on s’est compris…

 

Et puis plus rien. Le silence entretenu par l’artiste lui même pendant toutes ces années qui ne dément ni ne confirme les bruits assourdissants le concernant. Le silence d’abord, puis la rumeur, son corollaire logique : « Bowie ne s’est jamais vraiment remis de cet accident, en fait il est très malade, non plus exactement mourant, bon, pour tout vous dire, il serait déjà mort mais sa maison de disque retarde l’annonce officielle car elle voudrait que cela coïncide avec la sortie du coffret de l’intégrale plus un DVD «  Live After Death » accompagné d’un album Tribute et d’un autre des faces B édition koweitienne super rare etc… Bref, les contraintes du marketing.

A l’heure de l’hyper communication qui voit les artistes s’exposer sur Facebook ou Twitter donnant l’illusion aux 800000 followers de partager un poil d’intimité avec leur idole, Bowie se tait.

Lui, le roi de la provoc, la reine du buzz, affirmant en 1971 lors de la sortie de l’album proto heavy « The Man Who Sold The World » à la pochette campant l’artiste allongé, lascif, en robe modèle « petite maison dans la prairie » : « J’adore m’habiller en fille et d’ailleurs je suis bi-sexuel ! », est désormais aux abonnés absents.

Car l’homme adore précéder voire initier les modes et non les suivre (Fashion , Scary Monsters- 1980) et si l’époque est au déballage, lui fera logiquement le contraire en se refusant à nourrir la bête déjà tellement adipeuse au visage bouffi et impersonnel de ces Mister Nobody de la renommée qui ont adopté avec jubilation la maxime chère à Andy Warhol qui disait que n’importe qui serait susceptible d’avoir son quart d’heure de gloire de nos jours.

Ces personnages surtout connus pour leur notoriété, qu’ont-ils à nous offrir à part la mise en scène de leur petit quotidien vulgaire déjà has been à peine la journée achevée, déballant via l’exercice de l’auto fiction leurs états d’âmes quelconques, le cynisme de leurs aventures sentimentales d’un soir.

Qu’ont-ils sorti de leurs tripes,  se sont-ils un jour, un jour seulement extraits de leur être si banal, de leur condition, ont-ils renié leur race, craché sur leur drapeau, commis le scandaleux, le dérangeant, l‘inadmissible susceptible de nous remuer, là , au fond de nous ?

Bien sûr que non, et les cent mots de vocabulaire qui se bousculent dans leur cerveau ignare ponctués d’onomatopées dans le vent, les « génial, top, fun, cool », ne feront jamais une œuvre.

Cherche supplément d’âme à vendre ou à louer. Bail précaire accepté.

 

Et puis…Et puis au moment le plus inattendu, Bowie, il y a un mois nous balance un premier extrait, intitulé « Where Are We Now », d’un album à paraître le 11 mars.

Le titre est une balade nostalgique aérienne peu convaincante qui ne prend pas vraiment donnant l’impression de longs préliminaires paresseux, sans inspiration, à l’humeur humide et tropicale. On a envie de lui dire « Dis David, cela fait dix années que tu nous asticotes la varice alors c’est quand que tu démarres, dis ? ».

Mais c’était en fait une manœuvre pour nous endormir…

Nous venons de prendre connaissance de l’extrait suivant : « The Stars( are out tonight ) » et là, c’est la claque : un superbe morceau rock, entraînant avec en prime un clip hilarant :

Bowie y est grimé en Bourge old-fashioned (toujours aussi beau gosse par ailleurs) faisant ses petites courses avec mémère (interprétée par Tilda Swinton ), puis promenade en ville toujours avec maman, suivie d’une soirée télé avec comédie à la clef genre « Le gendarme de St Tropez ».

Manque de pot pour notre couple, ils sont dérangés par une musique décapante provenant de l’appartement contigu et le morceau commence alors, chanté par un clone de Bowie jeune époque « Aladin Sane », mince Duc blanc aux cheveux rouges.

Sa voix est agressive, convaincante, reconnaissable comme s’ il nous avait quitté la veille.

Dix années ont passé mais le temps n’a, semble t-il, pas de prise sur cet homme de 66 ans.

« Aladin Sane », donc.

Joli clin d’œil rétrospectif typiquement british et, comme par hasard, nous fêtons dans quelques jours les quarante ans de cet opus…

Nous vous offrons à écouter, extrait de cet album, une version Live rare et majestueuse de « Panic In Detroit », captée à Philadelphie en 1974, avec son groove binaire unique, son sax déjanté et starring un fougueux Carlos Alomar à la guitare et sa pédale wah wah illuminée.

 

Bon, promis, si une tournée Bowie est annoncée, je m’achète une moumoute.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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