Musique

Daphné enchante l’orangerie du jardin botanique de Bruxelles (30/11/2012)

Daphné enchante l’orangerie du jardin botanique de Bruxelles (30/11/2012)

01 décembre 2012 | PAR Yaël Hirsch

Alors qu’elle vient de sortir son album hommage « 13 chansons pour Barbara » (voir notre chronique), le travail de Daphné sur le répertoire de la grande chanteuse disparue il y a maintenant 15 ans a, à l’origine, été conçu pour la scène. Avant un passage très attendu sur la scène parisienne du Café de la Danse le 17 décembre prochain la jeune chanteuse et ses trois musiciens ont rôdé un show magique au Botanique de Bruxelles. Un tour de chansons généreux et bouleversant, salué par une standing ovation.

Pour lire notre interview de Daphné sur son album-hommage à Barbara, c’est ici.

Longue dame brune des années 2010, habillée d’une longue robe noire à emmanchures américaine et léger décolleté plus romantique dans le dos, Daphné est entrée en scène sans effets de style, à l’heure, et en même temps que ses musiciens, avec une simplicité extrême.  Elle qui trouve les plaies à vif de Barbara aussi sublimes que difficiles à vivre, a commencé par la joueuse, la chatte. Un petit « Bois de Saint-Amant » mutin a donc lancé les festivités, puis une farce plus sociale où Daphné s’en donne à cœur joie dans « Si la photo est bonne ». Entre les chansons, jouées, vécues, mais toujours sans forfaiture, la timide elfe à la voix cristalline limite le texte. Elle remercie une fois encore Thierry Lecamp de lui avoir donné l’idée et permis de se lancer dans l’aventure Barbara, annonce que le concert durera le temps que les grandes bougies posées sur le piano de son complice et arrangeur David Hadjadj fondent – ce qui laisse la porte ouverte à bien plus que 13 chansons et enjoint le public bruxellois à se rappeler avec elle les chansons éternelles de Barbara. Puis elle embraye très vite sur l’amoureuse,  sur une note gaie d’abord avec l’enfantin « Ce matin-là ». Les codes qui accompagnent la chanteuse (guitare – violon -violoncelle) rendent l’amour à la Barbara résolument romantique et quasiment virginal. Une hétérodoxie, certes, mais qui convient parfaitement au timbre et à la personnalité  de Daphné. « Du bout des lèvres » devient une ode de timidité douce-amère, et « Gueule de nuit » sonne enfin résolument rétro, avec un chiasme encore accentué par rapport à l’original entre les couplets réalistes années 1930 et les refrains romantiques années 1970.

A peu près à mi-parcours, Daphné rappelle que sur son dernier album, « Bleu Venise », elle avait voulu tuer le père Noël et se met à « lire » (mais aussi à chanter) une des plus jolies chansons (et des plus datées, « smoking de velours vert » oblige) de Barbara : le cruel « Joyeux Noël » sur un adultère de fêtes de fin d’année. En l’absence de Dominique A, ce sont les 4 musiciens de Daphné qui lui donnent joliment la réplique dans « La longue dame brune » qui entame la série des chansons plus tragiques et plus connues : « Ma plus belle histoire d’amour », « Mes hommes », « Marienbad », « Parce que », « La Solitude », « Dis quand reviendras-tu? » et en final « L’Aigle noir ». Sauf pour cette dernière chanson, vraiment mise en scène où Daphné commence de dos et fait doucement 180 ° dans une lumière bleutée, sur des arrangements très dramatiques, le secret de la jeune-femme pour nous bouleverser en l’absence du timbre éraillé et profond de l’originale est de débiter ses textes simplement. En les revivant, en cassant parfois quasi-naturellement sa voix qui semble toujours sur un fil fragile et en donnant toute l’intensité dont elle est capable. Mais toujours soucieuse d’arriver au port : transmettre les musiques, les textes et les émotions de celle à qui elle rend hommage, sans les distordre. Dans « La solitude », elle est carrément bouleversante et « Marienbad » berce le public dans une lumière aussi noire et grise que Daphné a voulu les nuances de l’album, comme au long d’un marais nocturne.

Après un salut aussi sobre que le reste du spectacle, Daphné est revenue seule en scène avec David Hadjadj pour un « Nantes » absolument magistral et puis a terminé, soutenue également par son violoncelliste, par un retour à des  origines moins abyssales avec l’aveu le plus touchant « Je ne sais pas (dire je  t’aime »). La boucle étant bouclée, la salle, suspendue aux lèvres de Daphné se lève, spectateur par spectateur pour offrir à la chanteuse les applaudissements qu’elle mérite. Art, nostalgie, générosité et modestie, c’est à un modèle d’hommage et à un très grand spectacle que les Bruxellois ont assisté hier. Les Parisiens auront la chance de vivre le même moment, le 17 décembre, au Café de la Danse.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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