Classique
Une clôture sous le signe de la redécouverte et de l’Europe musicale

Une clôture sous le signe de la redécouverte et de l’Europe musicale

09 octobre 2019 | PAR Gilles Charlassier

Creuset de redécouvertes de pages oubliées de la musique baroque, le festival d’Ambronay referme sa quarantième édition avec la redécouverte du Te Deum de Bononcini, sous la baguette passionnée de Giulio Prandi et son ensemble, le Coro e Orchestra Ghislieri.

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Depuis désormais quatre décennies, Ambronay a révélé de belles partitions endormies dans les bibliothèques. L’une des redécouvertes les plus frappantes de ces dernières années reste Il diluvio universale de Falvetti, en 2011, par Leonardo García Alarcón et ses musiciens de la Cappella Mediterranea, qui, après une tournée de cinquante dates jusqu’à Buenos Aires, revient sur les fonds de son baptême contemporain, dans une soirée marquée par une émotion singulière. Le lendemain, la clôture de la quarantième édition fait également retentir la magie des symboles, troquant les rives de la Méditerranée pour un autre carrefour musical du Siècle des Lumières, Vienne, avec la première moderne du Te Deum de Boncinini.

Dernière partition de son auteur, commandée par l’impératrice Marie-Thérèse, l’oeuvre illustre le mélange caractéristique de l’époque entre style ancien contrapuntique suivant les codes de la musique sacrée et inspiration opératique. A la tête de son ensemble, le Coro et Orchestra Ghislieri, Giulio Prandi éclaire avec un bel instinct cet éclectisme assumé. La variété dans l’effectif orchestral et le continuo souligne une diversité quasi picturale des numéros, alternant la lumineuse sérénité chorale, l’exaltation polyphonique et l’intimité de la foi, portée par les quatre solistes. L’alto homogène de Marta Fumagalli se révèle complémentaire au soprano aérien de Rachel Redmond, quand l’éclat calibré du ténor de Raffaelle Giordani côtoie la solidité de la basse Matteo Bellotto. Si la simplicité fluide de l’ouverture séduit, on retiendra le flamboyant « Tu, devicto mortis aculeo » ou encore un finale chatoyant. Entre tradition et renouvellement, la pièce résume le cosmopolitisme de l’Europe musicale des Lumières que Haendel, Saxon formé en Italie et installé à Londres, condense de manière exemplaire.

C’est ainsi, qu’en regard de la recréation de Bononcini, Giulio Prandi propose, après l’entracte, trois Coronation Anthems de l’auteur du Messie. My heart is inditing déploie une générosité de la pâte chorale, équilibrée entre les couleurs et le souci de la ligne. La solennité de la section centrale prépare le rayonnement d’une conclusion où se reconnaît la cohérence déliée des Ghislieri. Repris en second bis à la fin du concert, le bref Zodok the Priest – cinq minutes – se distingue par une remarquable densité. Le lit de cordes du prélude instrumental couve la ferveur de l’unique strophe, dans une célébration qui se referme par une éblouissante fugue sur l‘ « Amen, Alleluia », où respirent l’investissement et la souplesse des choeurs. Quant à The King shall rejoice, il confirme l’alchimie entre sens de l’architecture formelle et spontanéité expressive des musiciens italiens.

A édition anniversaire, clôture exceptionnelle. Les Ghislieri est rejoint, pour le bis, un extrait du Dixit Dominus de Galuppi, par un choeur de quarante amateurs – parmi lesquels se glisse le directeur du festival, Daniel Bizeray – préparés depuis le mois de juin par Pierre-Louis Rétat et Cécilia Knudsen dans le cadre du projet « Avis aux amateurs ». A Ambronay, la musique est placée sous le signe du partage, et brave les frontières.

Gilles Charlassier

Festival d’Ambronay, week-end de clôture, octobre 2019

©Bertrand Pichene – CCR Ambronay

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Gilles Charlassier

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