Classique
Une belle et virtuose création contemporaine

Une belle et virtuose création contemporaine

03 novembre 2019 | PAR Gilles Charlassier

L’Orchestre Philharmonique de Radio France présente, sous la baguette de Fabien Gabel, la belle création française de Saccades, concerto pour flûte et orchestreque Manoury a écrit pour Emmanuel Pahud.

[rating=4]

Dans le concert dirigé par Fabien Gabel en ce dernier mercredi d’octobre dans l’Auditorium de Radio France, l’Orchestre Philharmonique de Radio France revient à ses fondamentaux en défendant les couleurs de la musique française et son ancrage dans la création contemporaine, avec la première hexagonale du Concerto pour flûte que Manoury a écrit pour Emmanuel Pahud, intitulé Saccades, et créé par le François-Xavier Roth et l’Orchestre du Gürzenich à Cologne en 2018. Après une introduction intimiste avec la Sonate n°2 pour flûte, alto et harpe en fa majeur de Debussy, où dialoguent, respectivement, Magali Mosnier, Christophe Gaugué et Nicolas Tulliez, pupitres solo du Philhar’, la partition de Manoury s’ouvre sur un solo remarquablement mené par le soliste dédicataire. A rebours des tentations anti-concertantes à la mode aujourd’hui qu’il conteste dans le bref entretien consigné dans le livret du programme, le compositeur assume une écriture qui reprend la tradition de l’articulation dialectique entre l’orchestre et l’instrument. Si ce dernier se révèle souvent volubile et maintient l’accompagnement à un rôle discret pendant la première partie, calibré avec une gradation sourde par la direction musicale, il est bientôt rejoint par un foisonnement énergique de timbres et de rythmes. Sans céder à aucune facilité, l’écriture dévoile une séduisante richesse de teintes et de dynamiques, qui étourdit l’oreille sans perdre le fil d’une construction très maîtrisée. Le plaisir des sens rejoint celui de l’intelligence, selon un tropisme que d’aucuns pourraient qualifier de français, et que met en valeur la complicité entre la flûte et l’orchestre.

La seconde partie de soirée est placée sous le signe des attraits et de la fascination de l’imaginaire hispanique exercées sur deux grands musiciens français du début du vingtième siècle qui n’ont pourtant guère traversé les Pyrénées. La Rhapsodie espagnole de Ravel dévoile ici ses atmosphères évocatrices. Après un Prélude à la nuit suspendu, les trois autres mouvements, Malagueña, Habanera et Feria, s’enchaînent avec une vitalité chatoyante, qui fait miroiter les alchimies ciselées de la pièce, avant une Alborada del gracioso roborative mais non dénuée du sourire ironique qui la parcourt, et que Fabien Gabel distille habilement. Le cycle Iberia de Debussy emprunte de semblables voies oniriques, encadrant les mystères des Parfums de la nuit entre le vagabondage de Par les rues et par les chemins et le crescendo final du Matin d’un jour de fête, dont la présente lecture souligne le premier degré pictural. Mais l’écrin de l’Auditorium offre une compensation avantageuse, qui fait oublier la position relativement excentrée de la Maison de la Radio pour les mélomanes de l’est parisien.

Gilles Charlassier

Orchestre Philharmonique de Radio France, Auditorium de la Maison de la Radio, concert du 30 octobre 2019

©Radio France

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Gilles Charlassier

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