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« Un temps pour Elles » au Théâtre des Champs-Elysées ce mardi 8 mars 2022

« Un temps pour Elles » au Théâtre des Champs-Elysées ce mardi 8 mars 2022

10 mars 2022 | PAR Yaël Hirsch

A l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, le festival Un temps pour Elles en coproduction avec le Théâtre des Champs-Elysées nous a invités à redécouvrir 2 siècles de compositions au féminin avec de grands interprètes : Elsa Dreisig, Philippe Jaroussky, le Quatuor Modigliani… « Une histoire de la musique au féminin » était une soirée de découvertes où la plupart des pièces étaient jouées pour la première fois.

Fondatrice de l’association Elles – Women Composers et du Festival Un temps pour Elles qui a eu lieu la première fois à l’été 2020 au Château Rosa Bonheur à Thomery (77), la violoncelliste Héloïse Luzzati s’engage pour la redécouverte de la musique composée par des femmes afin qu’elle soit jouée et enregistrée par de grands interprètes et qu’elle vive auprès de différentes générations du public. Ce 8 mars, au Théâtre des Champs Elysées, le pari était courageux et la salle pleine d’un public curieux, parmi lequel les descendants des femmes qui ont composé la musique et les textes de ce qu’il nous était donné d’entendre. L’ambiance était donc extrêmement heureuse, festive, malgré évidemment un mot et des pensées fortes en direction de l’Ukraine.

En première partie, on a commencé par découvrir une série de chants pour piano voix de Rita Stroh (1865-1941), reconnus par ses illustres pairs (Saint-Saëns, Fauré…) et jouée de son vivant mais oubliée depuis. Ses compositions autour de poèmes de la « Chanson de Bilitis » de Pierre Louÿs interprétés par le duo Elsa Dreisig (d’une puissance de voix marquante dans sa robe tube fleurie très Belle époque) et Romain Louveau nous ont fait entrer dans un univers expressionniste et passionné, tandis que Stéphane Degout, toujours accompagné par Romain Louveau, nous a plongés dans des compositions graves inspirées par Baudelaire.

La fin de la première partie nous a permis de découvrir une jeune compositrice vivante de moins de 30 ans, Lise Borel, dans « Cinq prières de feu », inspirées par des poèmes d’Alicia Gallienne : un univers un peu sorcier et plein de sortilèges auquel le merveilleux Philippe Jaroussky a offert toute l’intensité de sa voix. Après avoir profité d’un bel entracte sans masque et avec la permission d’un verre ou d’un esquimau, nous avons repris place pour découvrir quatre grande compositrices.

La pianiste Célia Oneto Bensaïd, le violoniste Nikola Nikolov et le violoncelliste Xavier Phillips nous ont fait découvrir une très belle pièce de chambre de Charlotte Sohy (1887-1955) : le « trio en la mineur op. 24 ». Un vrai choc esthétique venu directement à nous de la Belle époque et redoublé par le plaisir manifeste des trois interprètes. A noter : Elles – Women Composers a sorti sous son label La Boîte à Pépites un enregistrement pionniers des œuvres de Charlotte Sohy.

Ensuite, c’est « le maître » Pauline Viardot (1821-1910) que nous avons entendue : cantatrice célèbre et célébrée de son temps, elle a également composé des pièces importantes. Ici, ce sont deux œuvres pour piano, violon et violoncelle (Héloïse Luzatti remplaçant Xavier Phillips) et pour violoncelle et piano que nous avons découvertes par la voix d’Elsa Dreisig : « La Nuit!  » nous a enveloppés et, dans un allemand magnifique, « Die Sterne » nous a donné la chair de poule.

On entend son nom en général en dernier quand on étudie « Le groupe des 6 » en Histoire, et l’on n’entend pas aussi souvent Germaine Tailleferre (1892-1983) que ses illustres compagnons d’avant-garde, Georges Auric (1899-1983), Louis Durey (1888-1979), Arthur Honegger (1892-1955), Darius Milhaud (1892-1974) et Francis Poulenc (1899-1963). Et pourtant !

La fantaisie pour cordes et piano une fois remise dans ses gonds par le quatuor Modigliani et la pianiste Marie-Josèphe Jude était la plus puissante rêverie de la soirée. La soirée s’est terminée vers 22h30 avec une autre Fantaisie : Le septuor op. 72 de la mythique Mel Bonis (1858-1937), qui a étudié chez le même maître que Debussy et a été l’une des premières femmes à entrer en classe d’harmonie. Pour ce morceau, deux flûtistes sont entrées en scène : Mathilde Caldérini et Anastasie Lefebvre de Rieux.

Les applaudissement en tonnerre ont été à la hauteur de l’émotion et du répertoire découvert ce soir. Un temps pour Elles aura bien lieu cet été du 10 juin au 10 juillet sur plusieurs sites et la programmation est à découvrir ici après le 30 mars. Il y aura également d’autres dates dont le 27 mars à Taverny, le 23 avril à Montreuil et du 26 au 29 mai à l’Orangerie de Bagatelle.

visuel (c) YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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