Classique

Un prélude à nouvelle saison pianistique de Radio France

Un prélude à nouvelle saison pianistique de Radio France

15 octobre 2019 | PAR Jules Bois

Ce dimanche 13 octobre se tenait à l’auditorium de Radio France un récital de piano – de Bach à Philip Glass -. Six pianistes étaient invités à se produire, à savoir Vanessa Benelli Mosell, Bertrand Chamayou, Selim Mazari, Jean-Frédéric Neuburger, Alain Planès et Vanessa Wagner. L’occasion d’écouter un large panel de pianistes jouant un vaste répertoire !

Le concert était présenté par l’aimable Clément Rochefort, actuellement chroniqueur pour Radio France, accompagné par Pierre Charvet, délégué à la création musicale de Radio France. Ce que nous allions écouter était en quelque sorte une introduction à la nouvelle saison, expliquant le grand nombre de pianistes invités et la diversité du répertoire.

D’abord entrait Vanessa Benelli Mosell, pour nous jouer Rachmaninov, Variation sur un thème de Corelli. D’un toucher très vif et précis, les variations des fameuses Folies d’Espagne impeccablement exécutée prenaient vraiment toute leur ampleur dans les Allegro et les Vivace. Le toucher de la pianiste accordait en revanche peu de temps aux Adagio et Andante pour installer leur musicalité.

Venait ensuite Alain Planès, pour jouer Ravel et ses Valses nobles et sentimentales. Le plus frappant peut-être, après Rachmaninov joué par Vanessa Benelli Mosell, était le toucher serein et feutré du pianiste. Ayant peu les sonorités d’une valse, la pièce mystérieuse et expressive ne se laissait cependant pas aller au sentimentalisme. Composées en 1911, ces sept danses n’avaient d’ailleurs pas trouvé leur public. D’abord attribuées à Satie ou à Kodaly, la transcription pour orchestre fut encore plus mal accueillie. La faute à une écriture pleine de nouveauté dont Les bitonalités surprennent encore aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, Alain Planès en a proposé une interprétation merveilleuse dont il fut difficile de se tirer.

En blanc et noir pour 2 pianos de Debussy était interprétée par Bertrand Chamayou et Jean Frédéric Neuburger. Leur duo ne venait d’ailleurs pas de nulle part. Jean Frédéric Neuburger est compositeur et ses pièces, jouées par de nombreuses formations et solistes, sont régulièrement jouées par Bertrand Chamayou. Cette pièce à l’ambiance assez sombre, fut composée aux prémices de la Grande Guerre, qui affecta beaucoup Debussy, n’arrangeant rien à sa maladie. Le virtuose et la tessiture inquiétante du morceau restaient intacte dans l’interprétation des deux pianistes.

Après l’entracte, Vanessa Wagner nous proposait le Concerto italien en fa majeur de Bach, suivit de la très courte Étude pour piano n°9 de Philip Glass. Le rythme articulé propre à de nombreuses pièces pour clavier de Bach se retrouvait parfaitement dans cette magnifique et incontournable partition. Mais celui-ci aurait pu être plus enjoué à certains moment, notamment au premier mouvement. En totale rupture avec le morceau précédent, Vanessa Wagner jouait à la suite l’Étude pour piano n°9 de Philip Glass. Difficile à interpréter, ou tout du moins facile à noyer dans l’océan imposé par la mélodie entêtante, l’étude était vraiment jouée avec brio. Chaque motif était parfaitement posé, modulé, et les applaudissements nourris de l’audience ont confirmé le succès du jeu de la pianiste.

Le jeune Selim Mazari quant à lui, jouait Variations sur le ballet « Das Waldmädchen » de Beethoven et la Pavane de Georges Enesco. Cette variation sur l’air de la Danse russe extraite du ballet Das Waldmadchen de Wranitzky est une pièce très intéressante. Elle décline son thème original pas à pas, laissant le temps à l’auditeur de saisir les subtilités de ces variations de plus en plus virtuoses. Et quelle belle pièce que la Pavane de Enesco ! Selim Mazari était très juste dans ses nuances, si importantes dans ce morceau rêveur et intense.

Pour conclure ce concert, venait une dernière pièce pour deux pianos Mineral pianos composée en 2011 par Yves Chauris. Sa récente révision était spécialement dédiée au duo de pianistes présents : Bertrand Chamayou et Jean-Frédéric Neuburger, et créée cette soirée là ! Une pièce presque sur mesure donc. Dans le style propre à Yves Chauris ce morceau était très dur, presque violent. Jouant quasi exclusivement dans les aigus ou les graves, l’exercice était par moments plus physique que musical. Les deux pianiste passaient d’un extrême à l’autre du clavier, abattant leurs doigts sur des accords puissants, inharmoniques et effrayants. Une pièce intéressante mais difficile à écouter, surtout après Beethoven et Enesco.

Seul bémol, l’acoustique un peu sèche peinait à retranscrire toute l’intensité du jeu des pianistes. Mais la générosité de ce récital de piano n’a pas manqué de plaire, nous laissant découvrir un large panel de jeux et de registres pianistiques. Vous pourrez retrouver ces pianistes tout au long de la nouvelle saison de Radio France !

Visuel : © Radio France/Christophe Abramowitz

 

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