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Splendeurs de la Polyphonie Romaine : Un concert dédié à la musique sacrée italienne

Splendeurs de la Polyphonie Romaine : Un concert dédié à la musique sacrée italienne

10 octobre 2022 | PAR Jean-Marie Chamouard

La Seine Musicale propose le 6 Octobre 2022 un concert consacré à la musique religieuse romaine. Léonardo Garcia Alarcon dirige le chœur Accentus et l’ensemble instrumental Cappella Mediterranea. Ils interprètent des œuvres de Luigi Rossi, Alessandro Scarlatti, Gregorio Allegri et Giovanni Giorgi.

A la découverte de la polyphonie romaine avec Léonardo Garcia Alarcon

La polyphonie romaine, inspirée par la contre réforme a influencé la musique religieuse de toute l’Europe aux 16ème et 17ème siècles. Elle reste peu connue, peu jouée actuellement en dehors du célèbre Miserere de Grégorio Allegri, popularisé par Mozart. Le concert de ce soir nous fait découvrir, les œuvres religieuses de Luigi Rossi, de Scarlatti de Giovanni Giorgi. Ce dernier a été redécouvert par Léonardo Garcia Alarcon et sa messe en Fa est inédite en France. Le programme nous emmène ainsi de la renaissance vers l’époque classique en passant par le baroque romain.
Le chef Léonardo Garcia Alarcon (né à Plata, Argentine, le 5 08 1976) a fondé l’ensemble Cappela Méditerranea en 2005. Il enseigne au conservatoire de Genève et dirige le chœur de chambre de Namur. Ce soir il dirige tout en jouant de l’orgue, debout, sans estrade, parmi les musiciens. Ses gestes sont amples, enveloppants la direction parait rassurante, apaisante. Les placements des choristes sont très étudiés, différents pour chaque œuvre. Ils se déplacent lentement, religieusement, selon une véritable chorégraphie. La Soprano Julie Roset étant malade, elle a été remplacée au dernier moment par la cantatrice Gwendoline Blondeel.

Des œuvres célébrant la semaine sainte

Le concert débute par une œuvre de Luigo Rossi (1597-1653) Son oratorio « per la Settimana Santa », composé entre 1641 et 1645 est l’un des premiers oratorios écrit en italien, le plus ancien consacré à la semaine sainte. Nous entendons le chœur final « Piangete occhi, piangete » (Pleurez, mes yeux, pleurez). Les choristes sont au premier balcon. Ils développent un dialogue paisible avec l’orchestre. Un moment de douceur et de plénitude. D’emblée la voix de Gwendoline Blondeel frappe l’auditeur par sa pureté, par sa limpidité, une voix impressionnante en particulier dans les aigus.
Les deux « Répons » d’Alessandro Scarlatti (1660-1725) sont peu connus, Scarlatti étant surtout célèbre pour ses opéras. Le premier est une complainte mélancolique. Le second, plus joyeux, rend grâce à Dieu « car il a pris sur lui nos péchés »
Puis vient le célèbre Miserere de Grégorio Allegri (1582-1652). Composé en 1638 il est destiné à l’office des ténèbres de la semaine sainte avec un usage exclusif pour la chapelle Sixtine. Jusqu’à ce que Mozart, lors de son voyage à Rome en 1770, écoute l’œuvre à deux ou trois reprises et la retranscrit de tête ! La salle plonge dans l’obscurité, seul l’orchestre est éclairé par un halo jaune qui contraste avec la lumière blanche, bleutée émanant des partitions des choristes. Une ambiance lumineuse propice au recueillement, à la méditation. Le Miserere est une œuvre à Capella, l’influence du chant grégorien est manifeste. Les chants des sopranes et des basses alternent dans une longue prière émouvante. La musique est dépouillée, d’une grande pureté, l’auditeur est gagné par une grande sérénité. La voix cristalline de Gwendoline Blondeel émerge des chœurs. On pourrait imaginer la chapelle Sixtine, dans une quasi obscurité, cette musique divine s’élevant vers les voûtes et vers le ciel.

Le Jean Sébastien Bach italien

Le concert se termine par les œuvres de Giovanni Giorgi (Date de naissance inconnue, décédé en 1762) Il fut maitre de Chapelle à la basilique St Jean de Latran avant de poursuivre sa carrière à la cour de Lisbonne. Nous écoutons d’abord quatre motets. La musique évoque par son rythme, par sa plénitude celle de JS Bach. L’orchestre y tient un rôle important. La messe en Fa est jouée pour la première fois ce soir, en France. Elle est remarquable par sa sensibilité, son expressivité musicale. Après un kyrie paisible et fervent le Gloria est riche de contrastes, de ruptures. Le ténor débute seul le Crédo d’une voix majestueuse. L’annonce de la mort du Christ est émouvante, la musique s’éteint peu à peu, s’interrompant sur une note très grave avant de reprendre dans l’allégresse de la résurrection. Le sanctus est rempli d’une douceur qui se confirme lors de l’agnus dei, les voix féminines dégagent une tendresse toute maternelle. La messe en Fa une œuvre séduisante qui privilégie l’expression des sentiments et dont il émane une certaine modernité annonçant la période classique.

L’auditeur sera séduit par la beauté et la pureté de cette musique. Une musique qui incite à la méditation, à la transcendance. La révélation d’œuvres anciennes et inédites comme celle de Giovanni Giorgi est très émouvante. Le passé semble ainsi renaitre, pour nous, grâce aux recherches et au travail de Léonardo Garcia Alarcon

Visuel : JMC

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Jean-Marie Chamouard

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