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Soirée Berio à l’Intercontemporain

Soirée Berio à l’Intercontemporain

14 novembre 2019 | PAR Gilles Charlassier

Sous la houlette de son directeur musical, Matthias Pintscher, l’Ensemble Intercontemporain présente une soirée consacrée à l’un des grands compositeurs italiens du vingtième siècle, Berio, conçue en partenariat avec le CNSMD de Paris et son orchestre d’étudiants.

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Creuset de l’excellence en termes de répertoire contemporain, le bien nommé Ensemble Intercontemporain s’associe avec le CNSMD de Paris pour un soirée où la formation spécialisée se mêle à l’Orchestre du Conservatoire, dans la lignée d’une pratique pédagogique née avec la phalange pour immerger les étudiants dans la réalité du concert symphonique public. Le programme donné dans ce que les habitués appellent toujours la Salle des concerts de la Cité de la musique, voisine de la Philharmonie, est entièrement consacré à Berio, l’un des grands noms de ce qu’il est coutume d’appeler l’avant-garde au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, où l’on croise Stockhausen, Ligeti ou Nono. Si son corpus explore généreusement les ressources de la voix (il a été marié à la cantatrice Cathy Berberian), il n’a pas négligé le répertoire instrumental et orchestral ainsi qu’en témoigne son recueil de Sequenzas – à l’exception de la légendaire n°3, écrite pour soprano.

En guise d’apéritif roboratif, la Dixième du recueil, pour trompette et piano résonnant, est confiée à deux solistes de l’ensemble. Accompagné par le clavier discret et efficace de Hidéki Nagano, prolongeant en un halo l’écho du cuivre, qui à intervalles réguliers, tourne le pavillon vers le cœur de la table d’harmonie du piano, Clément Saunier met en valeur la polyvalence technique d’une pièce virtuose, mais sans ostentation inutile. Julien Blanc rejoint ensuite la pianiste de l’EIC pour le Concerto pour deux piano et orchestre. Sous la direction équilibrée de Matthias Pinstcher, l’entropie de la page se développe avec un appréciable sens de l’arche formelle, depuis le long duo augural, qui suspend l’attention de l’auditeur, jusqu’à la coda apaisée aux confins du murmure, en passant par un dialogue animé avec les pupitres et la pâte de l’orchestre.

Après l’entracte, la Sequenza VIIb, pour le saxophone alerte de Rui Ozawa, prélude à la Sinfonia, écrite pour le cent-vingt-cinquième anniversaire du New York Philharmonic, en 1968. Le directeur musical de l’Intercontemporain privilégie une lecture organique, plutôt que de souligner le foisonnant tissu de citations. Après une mise en place progressive, les deuxième et quatrième mouvements dévoilent une belle décantation. La plasticité des textures et des timbres soutient la dynamique du troisième, palimpseste-hommage sur le scherzo de la Deuxième Symphonie de Mahler qui constitue le cœur de l’oeuvre, en fusionnant l’hétérogénéité assumée du matériau dans le langage original de Berio – en ce sens fidèle aux intentions du compositeur, même si cela laisse moins de temps à la sagacité ludique de l’auditeur. Compensation des approximations des Synergy Vocals, dommageables surtout dans la paraphrase mahlérienne, le finale dégage une vitalité aussi maîtrisée qu’étourdissante.

Gilles Charlassier

Concert Berio, Ensemble Intercontemporain et Orchestre du Conservatoire, Salle des concerts, Cité de la musique, Paris, 12 novembre 2019

©EIC

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