Classique

Soirée anniversaire pour l’Orchestre de Montpellier

Soirée anniversaire pour l’Orchestre de Montpellier

18 novembre 2019 | PAR Gilles Charlassier

Pour célébrer les quarante ans de l’Orchestre national Montpellier Occitanie, Valérie Chevalier a programmé trois week-ends de festivités musicales, qui s’ouvre par un concert dirigé par Michael Schønwandt le 15 novembre dans la grande salle du Corum.

[rating=4]

Créé en 1979, par une volonté politique ambitieuse qui avait voulu doter la capitale languedocienne d’une formation symphonique de premier plan, l’Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon – devenu depuis Orchestral national Montpellier Occitanie – célèbre cette année ses quarante ans, non seulement au cœur de la métropole qui accueille chaque été depuis bientôt quatre décennies le Festival de Radio France, mais également de rayonnement dans un territoire désormais étendu des bords de la Méditerranée aux massifs des Pyrénées et du Massif Occitanie. Pour fêter cet anniversaire, Valérie Chevalier, à la tête de l’Opéra Orchestre national Montpellier depuis cinq ans, a voulu un programme à la mesure des identités multiples d’une phalange qui, plus que jamais, dépasse les frontières entre les répertoires et les publics. La première soirée, le gala des quarante ans, le 15 novembre, dans la grande salle de l’Opéra Berlioz au Corum, prend naturellement une tournure quelque peu solennelle, avec les allocutions des représentants des différentes tutelles de l’institution – ville, région, Etat. Le maire rappelle la pacification au sein des effectifs de l’orchestre, après quelques années tourmentées, grâce au travail conjoint du chef principal, Michael Schønwandt, et de la directrice artistique de la maison, qui a permis à la formation de retrouver sa place parmi les grands acteurs de la vie musicale française, sinon au-delà, ce dont témoignent les notes, plus que les discours. S’il ne correspond pas nécessairement à certains archétypes des cotillons souvent en usage pour le Nouvel An, le programme dirigé par Michael Schønwandt résume, au-delà de sa dramaturgie presque académique variant autour du canevas triptyque ouverture-concerto-symphonie, l’investissement d’un large répertoire, des classiques romantiques à la création contemporaine, sans interdire la séduction immédiate et sensible, ni oublier les enjeux actuels de la société, alchimie fait l’identité de la maison.

A deux jours d’une table ronde autour du livre Compositrices, l’égalité en acte, paru cette année aux éditions MF, c’est, de manière sans doute symbolique, une page d’une des plus grandes compositrices d’aujourd’hui, finlandaise qui vit désormais en France, que s’ouvre le concert. En une dizaine de minutes, Ciel d’hiver, de Saariaho, offre aux musiciens montpelliérains l’opportunité de mettre en avant une belle plasticité de la pâte sonore, authentiquement symphonique, homogène sans oublier l’expressivité évocatrice, sous la battue d’une baguette attentive à la fluidité picturale de la pièce. Sans renier l’originalité et l’exigence, cette commande de Musique Nouvelle en Liberté au Théâtre du Châtelet en 2014 s’affranchit des clivages de l’avant-garde, pour le plus grand chatoiement des oreilles, avant le rituel du concerto. A rebours de la confrontation athlétique qui résume parfois l’ouvrage, le Troisième Concerto pour piano en ré mineur opus 30 de Rachmaninov privilégie, sous les doigts de Nelson Goerner, une certaine complémentarité, pour mieux moduler la progression dramatique et formelle. Les premières mesures de l’Allegro non tanto s’affirment dans une quasi osmose entre les deux pôles, soliste et orchestre, avant que la vigueur du premier s’intensifie, sans verser cependant dans l’exhibition. La coda se distingue par une musicalité équilibrée. L’Adagio ma non troppo se tourne vers des teintes plus douces et intimistes, dénuées de la guimauve sentimentale que certains badigeonnent sur le mouvement, quand le Rondo finale jubile d’une virtuosité maîtrisée, avec un clavier libérant les énergies sans écraser le partenaire orchestral. En bis, le Bailecito de Guastavino distille quelques fragrances latinos. Après l’entracte, un spicilège puisé dans trois des suites que Prokofiev a tiré de son ballet Roméo et Juliette laisse éclore les timbres et les textures, que Michael Schønwandt fait évoluer avec un sens de la narration comblant avec naturel les discontinuités mineures induites par le recueil. Face à ce grand classique palpitant d’émotions, le plaisir du plateau et celui de la salle se rejoignent. C’est bien une soirée de fête.

Gilles Charlassier

Gala des 40 ans de l’Orchestre national Montpellier Occitanie, Opéra national de Montpellier, Opéra Berlioz, Le Corum, 15 novembre 2019

©Marc Ginot

Arras Film Festival Jour 4 : The Father sacré par le jury
Concours Long-Thibaud-Crespin (piano) Palmarès
Gilles Charlassier

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *