Classique
Salon Queen Mary à la Cité de la Musique: toutes les facettes du diamant Purcell

Salon Queen Mary à la Cité de la Musique: toutes les facettes du diamant Purcell

30 septembre 2020 | PAR Lise Lefebvre

L’ensemble Les Talens Lyriques, dirigés du clavecin par Christophe Rousset, a enchanté la salle par une interprétation d’airs et de suites de Purcell, fougueuse, nuancée, élégante.

Le public était au rendez-vous pour ce concert, exécuté sur des instruments d’époque, exposés au Musée de la musique. Il a débuté par l’image insolite de la mezzo-soprano Ann Hallenberg montant sur scène avec des béquilles. Chantant assise, elle a commencé très fort avec If music be the food of love, très ornementé par rapport aux interprétations habituelles, et y a fait merveille, par l’excellence de sa diction, la beauté de son timbre chaleureux et de son phrasé. Fait assez rare, elle a pris le parti de s’adresser directement au public, en supprimant le quatrième mur, créant ainsi une complicité qui n’a fait qu’aller croissant jusqu’à la fin de la soirée. On a pu ainsi admirer la profondeur de graves jamais poitrinés dans le sublime O solitude, frissonner devant sa peinture saisissante de la folie dans l’étonnant mad song qu’est Bess of Bedlam, ou goûter les douceurs de Sweeter than roses, enivrante évocation d’un baiser, qui, heureusement, fut aussi donné avec un certain humour.

Autour de cette artiste exceptionnelle, les instrumentistes constituaient un écrin de premier choix. Forts d’une écoute mutuelle sans faille, ils ont fait résonner magnifiquement la viole de gambe (Atsushi Sakaï), le luth (Karl Nyhlin) et le clavecin (Christophe Rousset). Clavecin exceptionnel, puisqu’il est le fac-similé d’un instrument datant de 1691, trop endommagé pour qu’on en joue. Christophe Rousset y a joué deux suites de Purcell, la première empreinte d’une mélancolie souvent présente chez Purcell, la seconde très dansante, se terminant par un hornpipe très tonique. Le toucher délié et le style élégant du claveciniste y ont fait merveille.

Le très connu Music for a while a terminé le concert, porté par une Ann Hallenberg dont, à nouveau, l’intelligence et le plaisir du chant et du partage ont frappé et transcendé la salle. En bis, l’ensemble a offert Thrice happy, un épithalame écrit pour The fairy queen, et le magnifique Fairest isle, extrait de King Arthur. Avant de laisser le public ravi peser la portée des paroles qui ouvrent Music for a while: « La musique pour un moment trompera nos soucis »… Dont acte!

Crédit visuel: @Jean-Marc Anglès

 

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Lise Lefebvre

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