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Réouverture des salles, le directeur de l’Opéra de Paris s’exprime sur France Inter : « La culture est cruciale, comme la santé, comme pouvoir se nourrir ».

Réouverture des salles, le directeur de l’Opéra de Paris s’exprime sur France Inter : « La culture est cruciale, comme la santé, comme pouvoir se nourrir ».

05 mai 2020 | PAR La Rédaction

Le directeur de l’Opéra de Paris, Stéphane Lissner était l’invité de la matinale de France Inter ce matin. Se voulant rassurant (pas de faillite, malgré un déficit « autour de 40 millions d’euros »), il a réagi au rapport du Professeur François Bricaire actuellement étudié par le gouvernement, qui préconise des mesures sanitaires nécessaires à la réouverture des salles. Il réfléchit à avancer les travaux prévus et à repousser encore de trois mois après la rentrée l’ouverture de l’Opéra de Paris. Il a également appelé les politiques à définir un nouveau plan, une nouvelle vision, un nouveau projet.

L’Opéra de Paris et ses deux grandes salles (Garnier et Bastille, respectivement 2100 et 2700 places) représentent 1700 salariés, une centaine de corps de métiers, environ 400 représentations par an, 900 000 spectateurs, et un budget de 220 millions d’euros, dont 93 millions de subventions. Les dotations de l’État ont baissé de 10 % durant ces dix dernières années, l’autofinancement est monté à 60 % alors que le budget a augmenté pour passer à 225 millions d’euros en 2019 avec le mécénat de l’Arop – le cercle des amis de l’Opéra – et la billetterie. Si, début novembre 2019, lors une précédente interview sur France Inter, Stéphane Lissner rassurait déjà le public sur la pérennité de l’Opéra de Paris, il appelait néanmoins à ne pas « perdre l’exigence », la capacité à engager les plus grands artistes internationaux ni à « perdre notre position internationale ». Il mettait en garde : « si vous n’avez pas un minimum de moyens et que vous vous adressez de plus en plus au secteur privé, vous changez la nature du service public et vous mettez, par conséquent, l’établissement en danger ». Des propos qui résonnent aujourd’hui, à la lumière de cette crise particulière que traverse le secteur culturel.

Ce matin, Stéphane Lissner était à nouveau invité à s’exprimer sur la même antenne, et a débuté par ces mots : « la culture est cruciale, comme la santé, comme pouvoir se nourrir », ajoutant « depuis 25 ans, les diminutions régulières du financement de la culture nous amènent aujourd’hui à une crise qui est révélée par le virus ». Il est ensuite revenu sur les restrictions, le pacte de stabilité, le fait que pour les collectivités, la culture n’est pas prioritaire, ce qui a pour conséquence future de remplacer peu à peu la diversité, l’innovation, la création par une forme de globalisation, de marchandisation, ce qui, pour lui, est « très préoccupant ». Il a ajouté que la mission de service public de l’Opéra diminue de jour en jour et que « l’on se privatise peu à peu » car la diminution de la dotation de l’État impose d’être dans une course permanente aux recettes supplémentaires. La mission consistant à transmettre au plus grand nombre le plus grand répertoire – donc non seulement La Traviata ou La Flûte enchantée, mais également Jenufa ou Wozzeck – est menacée. Contrairement à ce qui s’est passé en France, il a également rappelé que les Opéras de Munich, à Milan, à Vienne, à Berlin ont été soutenus à nouveau, après la crise de 2007, une fois que les économies nationales sont reparties.

Selon le directeur, les conséquences budgétaires « sont dramatiques pour l’entreprise » qui a déjà « vécu des secousses extrêmement violentes au moment de la réforme des retraites, avec des pertes très importantes de l’ordre de 15 millions d’euros ». Ainsi, avec ces crises successives, la maison parisienne se retrouvera, pour la première fois depuis très longtemps, sans fonds de roulement à la fin de l’année et avec un déficit de l’ordre de 40 millions d’euros. Toutefois, Stéphane Lissner rassure néanmoins : « il n’y aura pas de faillite », l’État ayant rappelé au dernier conseil d’administration qu’il sera toujours derrière l’institution publique.

Stéphane Lissner s’est aussi exprimé sur la façon dont l’Opéra de Paris va pouvoir à nouveau accueillir les publics, en ce temps de pandémie. Alors qu’aucune date n’est avancée avant l’automne pour des jauges aussi importantes, le directeur a réagi au protocole proposé par le Professeur François Bricaire, actuellement toujours à l’étude. Il le qualifie « d’impraticable », aussi bien pour le public que pour les artistes ou les salariés de l’Opéra. Il a considéré, par exemple, impossible de supprimer l’entracte pour un opéra de 5 heures comme Tristan et Isolde ou de faire rentrer 2700 personnes dans l’enceinte Bastille en respectant les distances. Assurer la circulation à l’intérieur du bâtiment comme l’accès aux toilettes, où se pressent toujours un grand nombre de personnes, paraissent également extrêmement compliqués. Imposer une distance dans une fosse d’orchestre lui semble « impossible », de même que, sur scène, pour les artistes du chœur. Cette distance est éventuellement envisageable pour les solistes sur scène, mais il faut alors entièrement repenser les mises en scène: « Il faut être lucide : en ce qui concerne l’Opéra de Paris, on ne peut pas proposer de spectacles au rabais dans lesquels l’exigence artistique serait mise à mal ». « Obligé de constater qu’aujourd’hui, pour respecter les règles de sécurité qui (lui) semblent évidentes et absolument nécessaires », le directeur ne peut pas imaginer rouvrir l’Opéra de Paris, il réfléchit donc à la possibilité d’avancer les travaux initialement prévus pour l’été 2021. La question sera posée au prochain conseil d’administration durant lequel il proposera peut-être de fermer l’Opéra encore durant deux ou trois mois à la rentrée…
En ce qui concerne les spectacles annoncés, prenant l’exemple de La Walkyrie, dont la première aurait dû être donnée lundi 4 mai et qui devait être reprise en début de saison prochaine, il a indiqué que la question des répétitions se pose. Stéphane Lissner a ainsi expliqué que si les décors et costumes de l’ensemble de la Tétralogie ne pouvaient pas être terminés à temps, la maison ne serait vraisemblablement pas en mesure de présenter le cycle en novembre.

Enfin, il a appelé à ne pas oublier les intermittents – plus de 200 personnes à l’Opéra – qui sont dans une situation catastrophique. Il a comparé leur situation et leur précarité avec celles des personnels soignants. Considérant que la culture est « un ciment social, un devoir pour nos politiques », Il a exhorté à un changement profond pour la culture, sinon le futur s’annonce « très sombre ». Pour lui, après les deux grands moments pour la culture que furent les ministères Malraux et Lang, « rien ne s’est passé », le ministère de la Culture est invariablement dans les « ministères perdants des arbitrages budgétaires » et les petites rustines comme le Pass Culture ne suffisent pas. Il estime que les citoyens attendent, de l’État et des Régions, un nouveau plan, une nouvelle vision, un nouveau projet et exprime une forme de résistance partout en France. Au moment où Emmanuel Macron doit s’exprimer, il rappelle qu’il faut écouter les acteurs culturels.  « Vous vous êtes beaucoup trompé, reprenez-vous Messieurs les politiques !  » a-t-il asséné à la fin de son intervention.

© Presidenza della Repubblica / wikimedia commons libre de droits

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La Rédaction

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